Que ce soit grâce à Daniel Van Buyten ou Timmy Simons ou encore à notre arbitre international Frank De Bleeckere, les Belges sont encore en lice cette saison en Ligue des Champions. L'arbre ne doit cependant pas cacher la forêt. Le niveau du football belge a tendance ces dernières années à prendre un autre chemin que celui de nos voisins européens.

Frank De Bleeckere a côtoyé les meilleurs joueurs européens cette saison dont Drogba, Ballack, Deco, Ronaldinho, Beckham, Van Nistelrooy, Roberto Carlos, Kahn, Cristiano Ronaldo,... La liste est encore longue. Il a eu sous son autorité les plus grands clubs d'Europe avec Chelsea, le Real Madrid, le Bayern Munich, l'AC Milan, Machester, l'Inter, Benfica, le Sporting de Lisbonne et Valence. Il a déjà à son actif 23 matches de C1. Sans oublier son épopée lors de la Coupe du monde en Allemagne. Présélectionné pour l'Euro 2008, il se murmure qu'il est en bonne position pour arbitrer la finale de la Ligue des Champions 2007 qui aura lieu à Athènes le 23 mai. Un tel parcours en Belgique fait figure d'exception ces dernières années.

Quel est votre secret pour expliquer une telle ascension dans un milieu impitoyable ?

J'ai toujours travaillé sans relâche ma condition physique. Chaque jour, je me lève à 8h pour mes entraînements. Mais, pour tenir la distance dans ce métier, il faut un équilibre parfait entre le travail, la famille et le football. Être arbitre est un boulot à temps plein.

Un boulot qui vous a procuré de belles émotions déjà...

Je garde énormément d'excellents souvenirs à commencer par un certain Turquie-Suisse en phase préliminaire du Mondial 2006. Le match fut tendu avec beaucoup de spectacles. J'avais dû siffler un penalty après 27 secondes. Sinon, en Coupe du Monde des - de 17 au Pérou, j'ai arbitré la finale entre le Brésil et le Mexique. Et bien sûr, mes quatre matches lors du dernier mondial occupent une place à part dans mon coeur. Plus proches de nous, les matches de C1 sont de grands moments d'émotion.

Comment analysez-vous l'évolution du football européen ces dix dernières années ?

Tout se professionnalise. Le football est devenu un grand business. Chaque détail a son importance. La télévision prend une grande part du marché. De nos jours, lors d'un match de C1, il y a 20 caméras au bord du terrain. Pour les arbitres, l'évolution n'est pas toujours évidente car elle génère de grandes pressions. Parfois, sur un plateau de télévision, après 20 ralentis, les commentaires ne sont pas unanimes sur une action.

Et sportivement...

Le jeu est de plus en plus rapide. Les automatismes sont bien huilés. Sur le plan tactique et technique, la C1 ne laisse rien au hasard.

Justement, en parlant de C1, vous êtes bien esseulés. Pensez-vous, vu votre expérience à ce niveau, que les clubs belges ont encore leur place dans cette compétition ?

Oui, bien évidemment. Nous avons un rôle à y jouer. Notre pays possède toujours de grands noms. Quand je siffle en Europe, les gens me parlent d'Anderlecht, de Bruges, du Standard voire de Malines. Les Diables Rouges sont aussi connus.

Le football belge, à la lecture des résultats, semble à la traîne...

Il est vrai que les résultats ne sont pas positifs. Pourtant, nous avons de bons joueurs. En D1, de jeunes joueurs sont très prometteurs. Pour le moment, nous assistons à une génération plus faible, mais pas perdue.

Pour les arbitres, l'évolution est aussi importante ?

Nous devons nous adapter. Nous formons une troisième équipe qui a besoin d'automatismes. Le rôle de l'arbitre est vital. Chaque décision est décortiquée par les médias. Nous devons vivre avec les critiques. Mais, le football est un sport fantastique et être arbitre est merveilleux.

Concrètement, comment cela se passe-t-il lorsque vous partez pour diriger une rencontre ?

Je pars toujours trois jours. La veille du match, je m'entraîne dans le stade et vais dormir à 22h30. Le jour du match, à 10h se tient un meeting où tout le monde est présent pour définir les maillots,... Cela dure 30 minutes. Ensuite, avec mes assistants, nous visitons la ville tout en mangeant des pâtes à midi. Vers 17h30, nous retournons à l'hôtel. Nous arrivons au stade 1h30 avant le coup d'envoi. Là, nous donnons nos consignes aux acteurs du match. Chacun se prépare. Je vérifie les drapeaux, les cartons jaunes et rouges. Ensuite, je me prépare physiquement durant 20 minutes. Je reviens en Belgique le lendemain matin.

Officiez-vous toujours dans les divisions inférieures ?

Je suis motivé pour tous mes matches. En quelques jours, je peux très bien passer d'un stade de 80000 personnes à un match de D2 entre Dessel et Courtrai. À ce sujet, j'ai une philosophie. Tous les matches durent 90 minutes et opposent onze joueurs à onze autres joueurs. L'arbitrage m'a tant donné en 22 ans que je n'arrêterai pas demain. Le jour où je prendrai ma retraite, je resterai dans ce milieu.

Et le futur ?

Il me reste cinq ans. Je suis dans la présélection des prochains Championnats d'Europe en Autriche en 2008. La décision tombera en décembre de cette année.