Dans les années '60-'70, à la récré, si l'on ne "tenait" pas pour le Standard (matricule 16, 1898) ou (l') Anderlecht (matricule 35, 1908), on n'avait aucune chance de jouer au ballon.

Oui, la rivalité entre les deux formations phares du championnat de Belgique a marqué l'histoire (du football national) même si, ces dernières années, la plupart des confrontations entre les "Rouches" et les "Mauves" n'ont pas eu, faute d'enjeu sportif, le même relief que naguère. Dimanche soir, ce sera une tout autre histoire.

L'affiche a toujours soulevé les passions. Les joueurs, anciens et actuels, des deux maisons n'hésitent pas à placer leurs duels un cran, voire davantage, au-dessus de celui qui les vit ou les voit affronter le Club de Bruges, l'autre ténor historique de la D1.

Le choc des styles

A quoi tient ce phénomène qui a traversé les décennies sans faiblir ? A divers paramètres.

La personnalité des dirigeants des deux clubs n'y est pas étrangère. De grandes figures comme Constant Vanden Stock à Bruxelles et Roger Petit à Liège avaient beau se manifester beaucoup de respect, cela n'empêchait pas l'ambition, ce qui donnait évidemment une dimension particulière à leurs rencontres, par équipes interposées.

Sur le banc se trouvaient par ailleurs des entraîneurs prestigieux et avisés, qui préparaient leurs affrontements comme des parties d'échecs à haute tension.

Et puis, il y a le choc des styles. La marque de fabrique des "Mauves" a toujours été l'élégance technique.

Pas d'applaudissements pour un joueur qui n'aurait pas enfilé son smoking avant de fouler la pelouse. Pas d'intérêt pour autre chose que les matches de gala. Ce fut, en tout cas, longtemps le cas avant que la chute de niveau du football belge incite le public anderlechtois à davantage de mansuétude.

Du côté de la Cité Ardente, on a toujours préféré les guerriers, les travailleurs, les volontaires, les jusqu'au-boutistes. Un maillot rouge, ça devait se mouiller sinon Sclessin grondait.

Certes, il y a eu des artistes en bord de Meuse et quelques déménageurs en banlieue bruxelloise, mais le fond de jeu des deux formations demeure très différent.

La capitale et la cité rebelle

Et l'on continuera longtemps à réserver un sort funeste aux "traîtres" qui font le voyage dans un sens ou dans l'autre, comme ce fut le cas d'un Thissen, d'un Renquin, d'un Tchité ou d'un Mbokani.

Ce qui fait surtout le sel de la rivalité, c'est cependant la nature des supporters. A Liège, le public est bouillant, fort en gueule, presque méditerranéen.

Il règne à Sclessin une ambiance dont on dit qu'elle donne une idée de l'enfer. La fidélité du fan liégeois est indéfectible. Elle s'exprime par tous les temps et ne faiblit pas dans l'adversité.

A Bruxelles, on se montre plus froid, plus gourmet, plus exigeant, plus versatile. Sans doute, le club bruxellois n'aurait-il pas conservé sa popularité si sa traversée du désert avait été aussi longue que celle de son rival.

Anderlecht serait un club bourgeois, très largement fréquenté par les Brabançons flamands le Standard, une grande famille wallonne, populaire, chaleureuse, fédératrice, hostile à la morgue de la capitale.

Deux conceptions de la Belgique s'affronteraient donc. D'un côté les "dikkeneke", de l'autre, les hommes de coeur d'un côté le smoking, de l'autre le bleu de chauffe d'un côté la fantaisie et la gouaille d'un Roger Claessen, de l'autre le sérieux et l'élégance un peu austère d'un Paul Van Himst.

Tout cela est largement exagéré mais, quand même, quand on y réfléchit bien...

© La Libre Belgique 2008