Defour, Batshuayi et Thorgan Hazard ont tous été cités avec plus ou moins d'insistance du côté de Saint-Guidon. Finalement, seul David Pollet a débarqué au stade Constant Vanden Stock. Un bilan négatif que concède le manager du Sporting.

Parlons du mercato. Est-ce la plus belle ou la plus horrible période de l’année ?

En janvier, elle fut plutôt horrible. Je m’étais mis en tête de réaliser une belle opération avec soit Thorgan Hazard, soit Steven Defour, soit Michy Batshuayi. Au final, je n’y suis pas arrivé.

On peut donc parler d’échec…

Oui, car je n’ai pas atteint mon objectif. Les supporters m’ont adressé mille reproches. Pourtant, j’ai vraiment tout tenté dans les limites du correct. Pendant 2 mois, j’ai planché sur le cas Hazard. Chelsea voulait bien valider l’opération. Zulte-Waregem a tout fait capoter. Je salue la maturité de ce joueur. En mon âme et conscience, je n’ai rien à me reprocher. Je me suis fixé une ligne rouge à ne pas franchir. J’ai refusé de tuer l’éthique.

Et pour les deux autres ?

Pour Defour, revenir en Belgique constituait un pas en arrière. L’ambition sportive a été un frein à la transaction. Quant à Batshuayi, le problème venait de sa clause libératoire qui était financièrement trop élevée.

Finalement, Pollet a débarqué en dernière minute. A-t-il signé pour calmer la colère des supporters qui ne voyaient rien venir à l’horizon ?

Non, pas du tout. Vu les départs enregistrés par Charleroi, j’ignorais que ce garçon était sur le marché. Tous les clubs de D1 le voulaient. Il a opté pour Anderlecht. Dès son premier match, il a justifié son transfert. Dans le noyau, nous voulons que tous les postes soient au moins dédoublés. Comme nous ne disposions que de Mitrovic en pointe de l’attaque, nous devions attirer un autre attaquant.

N’avez-vous pas la sensation que les agents ont brouillé les cartes en s’épanchant tous les jours dans les journaux ?

Quand on parle avec un gamin de 14 ans, il est déjà conseillé par un agent ou son papa. Nous devons tenir compte de ce paramètre. Certains sont honnêtes. D’autres non.

Si vous deviez vous évaluer de 0 à 10 sur votre mercato de janvier…

Je me mettrais un zéro car je n’ai pas attiré l’un des trois plans A.

Aviez-vous déjà connu de telles périodes de turbulence ?

Quand nous avions vendu Boussoufa à Anzhi, nous avions terminé le championnat en troisième position. Les supporters étaient déchaînés. En 10 ans, j’ai remporté six titres. Nous avons fini à trois reprises en deuxième position. J’en déduis que nos transferts n’étaient pas si mauvais (rires). Nous pouvons encore faire mieux, mais je ne peux pas me battre avec le passé.

C’est-à-dire ?

Tout a changé. Quand je voyais le Racing White affronter Anderlecht, le Sporting figurait parmi les 15 ou 20 meilleurs budgets de clubs de football européens. Désormais, nous pointons autour de la 250e position. En Belgique, nous avons raté une étape vers la modernité. Prenez un exemple très simple : les droits télés. Avec 70 millions, nous sommes fiers. Al Jazeera a fait une offre en France de 600 millions. L’Angleterre a atteint le milliard. Le dernier club de Premier League dispose du budget d’Anderlecht.

Donc, tout se résume à une question d’argent ?

Regardez la Ligue des Champions. Seuls les noyaux riches se battent pour le titre. Prenez aussi les clubs de l’Europe de l’Est. Il faut s’en méfier de plus en plus. Vous pouvez affronter un club inconnu, mais où un milliardaire a injecté des millions.

Finalement, lors des mercatos, vous devez réaliser des miracles avec des queues de cerise…

Je reçois une enveloppe dont le montant est tenu secret. Anderlecht est trop grand pour le marché belge, mais est trop petit pour l’Europe. Nous guettons des bons coups pas chers. Prenons le cas de Dieumerci Mbokani. A Monaco, il ne jouait plus. Nous étions ravis d’attirer un joueur de ce calibre pendant que Monaco était soulagé de se libérer d’un gros salaire.

Ces dernières années, quelques gros transferts ont renfloué vos caisses : Kompany, Lukaku, Mbokani ou Biglia, pour n’en citer que quelques-uns. Comment avez-vous investi ces millions ?

Nous avons construit un centre de formation à Neerpede qui nous a coûté 10,5 millions. Rajoutez quelques millions pour les travaux du Parc Astrid. Nous avons toujours réinvesti tout de suite ces montants pour assurer la pérennité du club. Parfois, nous nous sommes trompés dans certains achats de joueurs.

Remontons un instant dans le passé. Après avoir vécu plus d’une vingtaine de mercatos, quels ont été vos plus beaux coups sur le marché ?

Mes deux plus gros transferts se nomment Vincent Kompany et Romelu Lukaku. Le premier sortait de notre école de jeunes. Nous le vendons à Hambourg pour 12-14 millions. Aujourd’hui, je suis fier de voir son parcours. Dans une certaine mesure, nous l’avons aidé à devenir le capitaine de Manchester City qu’il est actuellement. Quant à Lukaku, nous l’avons vendu pour près de 17 millions.

Vous êtes aussi à l’origine de la filière argentine…

J’ai mis sur pied un département en Argentine. J’y ai passé énormément de temps. Actuellement, nous voyageons moins car la multiplication des chaînes de télévision nous offre la possibilité de visionner les jeunes talents depuis notre canapé. Les Biglia, Pareja, Suárez ou Frutos ont marqué l’histoire du club. Biglia a filé à la Lazio Rome. Suárez a empoché un Soulier d’Or. Frutos, aussi, a été excellent même s’il a arrêté sa carrière à cause d’une vilaine blessure.

Humainement, avez-vous été marqué par un transfert en particulier ?

Nous avions laissé partir Anthony Vanden Borre à la Fiorentina pour 4 millions. Quand je l’ai revu il y a un an, il touchait le fond. Nous l’avons remis sur les rails à Bruxelles. Son expérience sert d’exemple pour les jeunes. J’espère que Marc Wilmots l’emmènera à Rio cet été.

Votre prochain coup se nomme-t-il Hazard l’été prochain ?

Je suis charmé par la mentalité de ce joueur. Sa gestion de la saga m’a vraiment épaté. J’espère qu’il évoluera un jour au Sporting.