Envoyé spécial en Afrique du Sud

C’est une évidence, ici, chaque Sud-Africain, quelle que soit sa condition sociale, retire une énorme fierté du choix opéré par la Fifa de leur confier le premier Mondial sur le sol africain. Et chacun d’entre eux éprouve la même ambition de faire de ce tournoi une énorme réussite, afin de gonfler l’attractivité du pays et de battre en brèche les stéréotypes négatifs à propos de l’Afrique. Lorsque la Coupe du Monde est évoquée, les yeux des plus pauvres font des étincelles. " Mais d’après les premiers éléments de mes recherches, l’organisation de cet événement n’améliorera que très sensiblement le niveau de vie de ceux-là ", certifie Peter Alegi, un professeur de l’université du Michigan qui a rédigé plusieurs ouvrages sur l’Afrique du Sud.

Il n’a été que légèrement bonifié jusqu’à présent et le gouvernement sud-africain a confié le développement des infrastructures aux entreprises et conglomérats appartenant aux blancs. Et s’ils ne profiteront pas des retombées, les pauvres ne vivront pas mieux l’événement en lui-même puisqu’ils seront incapables d’acheter un ticket. C’était déjà le cas pour cette Coupe des Confédérations où les billets les moins chers étaient délivrés contre 6 euros (70 rands) alors que le salaire moyen par jour de la moitié de la population n’atteint pas les 15 rands. Ce le sera d’autant plus pour le Mondial où les tickets coûtent 13 euros minimum pour les Sud-Africains (c’est 53 euros minimum pour les autres). Au mieux, ils vivront le Mondial dans les Fans Parks mis sur pied par la Fifa.

Mais finalement, les plus chanceux ont pu profiter de cette Coupe des Confédérations largement moins attirante, puisque des tickets ont été distribués gratuitement pour remplir les stades. " Je n’ai jamais été aussi heureux. C’est juste dommage que j’ai bénéficié de cette chance parce que la Fifa a tancé le comité organisateur sur le taux de remplissage des stades. Sans ces critiques, je n’aurais pas reçu une entrée. Ce n’est pas un geste du cœur envers nous ", a exprimé, dans un quotidien national, un habitant des "townships" de "Jo’burg" après avoir assisté à Egypte - Italie. Ce n’était pas par pitié, ni par volonté. Juste par intérêt.