Un petit miracle. En arrivant à coincer une interview dans son agenda semainier, Johan Walem aura cette fois dû se glisser dans les petits espaces, habilement manœuvrer. Jouer des coudes somme toute, à l’inverse du joueur qu’il était : "Je ne suis pas le seul qui ne compte pas mes heures. Et puis, je prends un plaisir énorme à faire ce que je fais ! Quand l’équipe nationale vient vous chercher, vous savez que l’opportunité ne se représentera peut-être pas deux fois même si l’on me dit parfois que comme entraîneur de division 1, j’aurais pu gagner cinq ou six fois plus que ce je reçois aujourd’hui. Mais il y a un moment où il faut pouvoir être en accord avec sa philosophie. Et puis, en tant qu’ancien joueur, on a souvent eu l’occasion de mettre de l’argent de côté." Alors, tout en gardant dans sa garde-robe des costumes et casquettes aux couleurs diverses et variées ("Mais quand je suis consultant pour Belgacom TV, vous n’imaginez le nombre d’enseignements que j’en tire pour mon travail avec les espoirs"), Johan Walem aura depuis près d’un an repris en charge le destin des Diablotins. Celui des Praet, Bruno, Malanda, Batshuayi, promis aux feux de la rampe et au lustre des championnats étrangers mais condamnés pour l’heure à vivre dans l’ombre des Diables et de leur génération dorée. Johan, c’est un peu le paradoxe de la génération d’Espoirs que vous conduisez. Son talent est unanimement salué mais elle risque d’être barrée pour des années par des Diables hors de portée. Si mes joueurs réfléchissent comme cela, ils se trompent. Ils doivent partir du principe que le saut vers le groupe A est possible et certains le feront, j’en suis persuadé. Vous savez, on est sur un travail à long terme. Avec l’Euro Espoirs, les JO, les échéances sont programmées dans deux ans, trois ans, quatre ans. Il faut bien se rendre compte que la génération actuelle des Diables est aussi passée par toutes ces étapes intermédiaires. Mon travail consiste précisément à les amener jusque-là. Mais n’aurait-on pas intérêt à connecter davantage les Espoirs avec les Diables ? Histoire de leur montrer que la porte n’est pas fermée. On ne va pas les faire loger dans le même hôtel mais les deux groupes sont connectés ! Marc Wilmots et moi avons par exemple opté pour un code de conduite commun sauf sur un point. La présentation s’est faite devant les Diables et les Diablotins. Sauf sur un point ? Les amendes. On ne peut pas demander à des jeunes joueurs, même si leur statut en club est parfois déjà bien établi, de payer la même somme que des joueurs évoluant dans les plus grands championnats étrangers. Là-dessus, on a dû se modérer. (sourire) Justement, vous gérez un groupe d’espoirs très hétéroclite. Les nouvelles stars du championnat comme Praet et Bruno y côtoient les plus anonymes De Belder ou Ntambwe. Cela ne crée jamais de tensions ? Non dans la mesure où pour moi, ils partent tous sur un pied d’égalité. Pour reprendre l’exemple de De Belder, il n’a peut-être pas la même notoriété que Praet mais je connais pertinemment ses qualités. Pendant des mois, on a fait le tour des jeunes, en se centrant sur une soixantaine de joueurs. La liste est aujourd’hui réduite à environ 25 noms. Ils doivent tous se dire que leur présence ne doit rien au hasard ! Maintenant, il est clair qu’on ne parle pas à tous les joueurs de la même façon. Et cela n’a rien à voir avec leur statut. C’est juste une simple question de tact et de psychologie. Mais vous avez à gérer des profils très différents. Pour le dire autrement, il y a des joueurs en formation et des produits finis ? Il n’y a aucun produit fini. Si j’avais à ma disposition des joueurs à la croissance terminée, ils ne seraient plus avec moi. Ils seraient tellement forts qu’ils auraient déjà rejoint le groupe des Diables. Or, ce n’est pas le cas. Il y a une marge de développement qui existe encore pour tous les joueurs que j’ai sélectionnés. C’est le message que j’essaie aussi de leur faire passer. Mais vous, Johan, vous n’avez ces joueurs que quelques jours à votre disposition. Cela doit parfois être frustrant lorsque vous savez où vous pouvez les faire progresser. C’est pour cela que la collaboration avec les clubs est en train de se développer. Je ne suis pas naïf. C’est un travail qui va encore prendre quelques mois mais je crois que les jalons de cette collaboration sont déjà posés. Quand je vois que le code de conduite que nous avons monté a été signé par tous les clubs de D1 et de D2, je me dis que tout le monde tire désormais dans le même sens. Il en ira de même pour la mise en place du calendrier international ou pour la réforme des sélections. Auparavant, on avait l’habite de mettre tous les jeunes dans leur catégorie d’âge peu importe leur état d’avancement. C’est quelque chose qui va changer. Je ne veux pas obliger un Dennis Praet à aller jouer un match amical avec les moins de 19 ans au fin fond de la Slovénie alors qu’il est titulaire à Anderlecht. L’important est de mettre les clubs, les joueurs et la fédération autour de la table. Et de fédérer Le Johan Walem, entraîneur des Espoirs anderlechtois, qui s’était opposé à Ariel Jacobs semble bien loin. Vous êtes devenu plus diplomate ? Je suis sans doute devenu plus diplomate, c’est normal. J’apprends tous les jours dans ce métier. Il faut forcément corriger le tir à certains endroits comme je l’ai fait aussi comme joueur. Mais on a monté toute une histoire autour de ce qui s’est passé à Anderlecht alors qu’Ariel Jacobs et moi avons toujours eu une bonne relation. C’est quelqu’un pour qui j’ai beaucoup de respect. J’ai simplement voulu faire avancer mes idées sur le développement des jeunes à un moment parce que je pensais que c’était dans leur intérêt. Mais il n’a jamais été question de guerre de tranchées. Parmi les joueurs que vous poussiez comme entraîneur des Espoirs anderlechtois, il y avait entre autres un certain Hervé Kage. Son retour au premier plan aujourd’hui vient aussi vous récompenser. Je n’aime pas sortir de noms du lot mais des joueurs comme Hervé ou Zigui Badibanga ont des qualités exceptionnelles. L’important pour eux est de pouvoir se débarrasser de tous les problèmes qui peuvent les encombrer en dehors du football. Alors, oui, quand je vois Hervé revenir en forme aujourd’hui, cela me fait plaisir. Ce sont des joueurs avec qui je suis resté en contact. Cela m’est arrivé de prendre mon téléphone quand je sentais qu’ils étaient dans le creux. Ce sont des talents qu’on ne peut pas gâcher. Même chose pour un René Sterckx qui dispose d’un talent fou. J’espère simplement que ses blessures le laisseront en paix. Johan, vous avez aujourd’hui une grosse part administrative dans votre travail quotidien mais on sent bien que rien ne remplace chez vous l’attrait du terrain. Je le redis, j’apprends énormément dans ce travail "de bureau" et je m’y plais. Mais c’est vrai que c’est le terrain qui m’attire. Je vois bien au moment de faire mon sac pour rejoindre les Espoirs en stage ou en préparation de match que l’adrénaline recommence à monter. Du coup, on se dit que vous auriez du mal à résister aux sirènes des clubs de division 1 qui pourraient venir vous chercher. Les choses sont assez simples puisque la question ne s’est jamais posée. J’avais certaines touches au moment où j’étais aussi en pourparlers avec la Fédération et j’ai finalement opté pour mon poste actuel car je sentais qu’il y avait un véritable projet. Et jusqu’à présent, tout est conforme à ce que je pensais. On ne m’a pas trompé sur la marchandise (sourire). J’ai un projet sur le long terme ici mais j’ai toujours dit aussi que je voulais que mon après-carrière soit plus belle que ma carrière. C’est un lieu commun mais dans le football, on ne sait jamais de quoi le futur sera fait.