Les défenseurs de la thèse de la "patte de lapin" du sélectionneur belge ont disparu en même temps que les rêves américains. Pourtant, au-delà de nos frontières, le prétendu génie tactique de Marc Wilmots est loin de convaincre les analystes français. Propos déconseillés aux amoureux du sélectionneur.

Il aura fallu 120 minutes, une trentaine de tirs cadrés et une qualification pour les quarts de finale pour que les critiques s'éteignent et fassent place à un concert ininterrompu de louanges, consacrant Marc Wilmots comme le héros parmi les héros d'une nation qui n'avait plus connu un tel nirvana footballistique depuis la fabuleuse épopée de 1986.

Pourtant, rares sont ceux qui ont mis en évidence la corrélation logique entre les boulevards laissés dans l'organisation défensive américaine en perte de balle et l'amélioration de la spectacularité du jeu belge, avant tout basée sur l'amour des grands espaces de joueurs comme De Bruyne, Hazard et Lukaku (qu'il était à ce titre, étonnant de ne pas voir débuter, malgré l'excellente prestation d'Origi).

Les Belges ont-ils vraiment séduit au-delà de nos frontières ? Si d'aucuns ont vanté un match terriblement spectaculaire face aux Américains, digne des joutes les plus rythmées de Premier League, les analystes tactiques restent toujours sur leur faim quand à la partition jouée par les Diables rouges. Trois Français férus de tableau noir ont accepté d'analyser pour LaLibre.be les quatre matches de la Belgique depuis son arrivée au Brésil : Florent Toniutti (Eurosport), Sébastien Chapuis (Canal +) et Raphaël Cosmidis (Cahiers du Football) passent au scanner le système Wilmots.

Marc Wilmots et Dries Mertens (BELGA) © Belga

"Un melting-pot de tous les soucis tactiques"

"La Belgique est probablement l'une des équipes qualifiées pour les quarts de finale qui ressemble le moins à un collectif qui fonctionne" déclare d'emblée Sébastien Chapuis. "Au niveau des choix de joueurs, le fait d'aligner un back four de quatre défenseurs centraux réduit considérablement la possibilité d'étirer en largeur le bloc adverse pour laisser les offensifs entrer davantage à l'intérieur du jeu. La défense est probablement le secteur où le fait d'aligner les quatre meilleurs joueurs en même temps est le plus apparent."

"Ensuite, on a un manque évident de liant au milieu", poursuit l'analyste qui sévit dans The Specialists sur Canal +. "Entre les deux destructeurs que sont Fellaini et Witsel, et De Bruyne qui sert de rampe de lancement en accélérant dans l'axe, mais qui ne fait pas toujours les bons choix et oriente peu le jeu. Il y a peu de rotation, et très peu de projections vers l'avant de la part de Fellaini."

"En fait, la Belgique est un peu un melting-pot de tous les soucis tactiques de cette Coupe du Monde" reprend Raphaël Cosmidis. "Le problème des latéraux est semblable à celui de l'Allemagne, et celui de l'entrejeu trop destructeur rappelle les problèmes du Brésil."

Marc Wilmots et Eden Hazard (Photonews) © Photonews

Une équipe surcotée?

"Je n'ai jamais été convaincu par la Belgique" explique Florent Toniutti. "On promettait l'enfer à la France quand on les a croisés en amical, et ça avait accouché d'un 0-0 équilibré. Ici, j'ai vu trois matches : contre l'Algérie, j'ai vu une équipe incapable de créer le danger sur attaque placée et un Hazard mal utilisé. Face à la Russie, c'était un match équilibré qui a basculé sur une perte de balle de Fayzulin. Et contre des États-Unis fatigués, même si on a vu du mieux avec un De Bruyne qui a porté l'équipe offensivement, il a fallu attendre les prolongations et vous avez tremblé."

"La plupart des joueurs qui composent cette équipe sont franchement moyens", opine Sébastien Chapuis. Et de prendre l'exemple de Mirallas et Mertens, "dont l'excès de superflu dans le jeu assombrit le peu de choses véritablement efficaces qu'ils réalisent."

"Là, je ne suis pas d'accord avec Sébastien" intervient Raphaël Cosmidis. "Mertens, par sa qualité de dribble, crée des différences tout seul, et on a vu que c'était indispensable dans cette Coupe du Monde ou les collectifs brillants sur le plan offensif sont rares, pour ne pas dire inexistants. Je n'ai d'ailleurs pas compris la titularisation de Chadli contre l'Algérie alors que Mertens est excellent avec le Napoli."

En grande discussion avec Romelu Lukaku (BELGA) © BELGA

"N'importe quel coach aurait fait ces changements"

"Le coaching de Marc Wilmots, à ce niveau-là, c'est du basique. Surtout l'entrée de Fellaini contre l'Algérie" poursuit Cosmidis. "N'importe quel coach aurait fait ces changements" valide Florent Toniutti. "Il n'y a aucun génie dans ses choix de coaching. Les entrées de Fellaini et de Mertens contre l'Algérie, c'est de la pure logique."

Et Origi alors? "J'ai un avant-centre qui fatigue, je mets l'autre. Il marque, tant mieux. Voilà le raisonnement" poursuit l'analyste d'Eurosport. "Après, il y a le fait d'avoir pris Origi dans les 23. Je pense que Wilmots voulait un Benteke-like et que Divock Origi était le seul candidat véritable dans ce rôle."

"Sur Origi, c'est difficile d'en donner tout le crédit à Marc Wilmots" abonde Sébastien Chapuis. "Sa présence est conjoncturelle, et ses entrées au jeu veulent plutôt dire "n'importe qui, mais pas Lukaku face à un bloc bas" parce que Lukaku manque clairement de mobilité et que ses lacunes techniques ont été exposées au grand jour dans les deux premières rencontres."

"Je pense que Benteke a souvent été oublié dans les grands absents de la Coupe du Monde" ajoute Raphaël Cosmidis. "Pour moi, il est beaucoup plus intéressant que Lukaku: il est meilleur techniquement et c'est un excellent pivot, avec une vraie qualité de passe."

La trouvaille Divock Origi (BELGA) © BELGA

Marc le grand frère

Marc Wilmots n'aurait donc, à en croire nos analystes, qu'une part extrêmement limitée dans les succès rencontrés par les Diables depuis trois semaines. "C'est vrai que pour l'instant, son parcours est presque parfait, mais il n'a rencontré aucune adversité. Vu l'opposition, la Belgique a fait le minimum en atteignant les quarts de finale" explique Toniutti. Une analyse que rejoint Sébastien Chapuis: "Marc Wilmots a certainement son expérience de joueur à transmettre, celle de "premier Belge international", mais il a eu de la réussite en raison du talent individuel de certains joueurs (Hazard en poules, Lukaku contre les USA) et du relatif faible niveau de l'opposition. Pour moi, il n'a pas grand-chose d'un grand tacticien à première vue. Il dégage plutôt une image de grand frère avec un peu de réussite."

Et Florent Toniutti d'ajouter, pour conclure :"Maintenant, Raymond Domenech est allé en finale de la Coupe du Monde, et il n'a jamais été un génie du football."


Propos recueillis par Guillaume Gautier