Ce doit être cela que le regretté Stendhal appelait à sa façon la "cristallisation". Même si les moins poètes diront toujours qu’il fallait bien qu’un jour les pièces finissent par s’assembler, quelque chose s’est définitivement passé mardi soir sur la pelouse du Heysel.

Un gazon que certains avaient à juste titre parfois jugé maudit, un gazon dont les Diables (par l’entremise de Philippe Collin) avaient autrefois menacé de débarrasser tel un plancher, mais sur lequel plus personne ne songeait cette fois à maugréer.

Les bras levés, applaudissant le public belge, Marc Wilmots sera sans doute resté sur le dernier cliché pris lors de cette soirée. En ayant récolté à la fois l’adhésion du public et celle de son groupe, le sélectionneur national n’aura désormais plus qu’un seul danger à affronter : celui de sa propre popularité.

Sans doute conscient plus que nul autre des jalousies que celle-ci pourrait entraîner, Wilmots s’empressait hier de dégonfler ses mérites personnels : "Le cimetière est plein de personnes indispensables, dit-il. Marc Wilmots n’est pas important. C’est le succès de mon staff, de mes joueurs, du public. Je reste dans l’ombre. Mes joueurs sont les vedettes. Si j’ai un accident demain, l’équipe nationale n’arrêtera pas d’exister."

Mais les Diables s’empresseraient sans doute de débarquer à ses côtés avec un ballotin de pralines sous le bras : "C’est vrai qu’il y a un côté famille. J’espère juste que dans 15 ou 20 ans, ils viendront me chercher pour aller manger un bout ensemble."

La métaphore familiale finira pourtant par toucher ses limites. D’abord, parce qu’une certaine presse ne lâchera pas la peau de Wilmots avant de le voir déballer la Coupe du monde face à l’Hôtel de Ville de Bruxelles.

Ensuite parce que les joueurs "excédentaires" (les blessures de Fellaini et de Lukaku apparaissent rétrospectivement comme une aubaine sur le plan de la gestion des troupes) reviendront tôt ou tard dans la partie. Avec leur pointe d’orgueil. Avec leur mot à dire aussi.

Hier, chacun se demandait déjà qui paierait (en mars ou avant) le retour au premier plan de Marouane Fellaini : "Il ne doit pas s’inquiéter. S’il est "fit" et qu’il joue bien à Everton, il sera titulaire en équipe nationale, c’est clair."

Entre tous les pronostics, la victime désignée semblait déjà porter le nom de Moussa Dembélé.

Le cas de Lukaku lui devrait être relativement plus facile à régler. Réduit à attendre au vu de la forme de Christian Benteke, l’ancien Anderlechtois n’a jamais eu pour habitude de faire valoir sa mauvaise humeur : "Il devait se reposer deux à trois semaines selon mon staff médical. Visiblement, il jouerait peut-être ce week-end avec West Bromwich. Ils ont peut-être trouvé un remède miracle. On verra qui a raison. J’espère le récupérer en bonne santé."

Jusqu’à présent, le système de rotation semble avoir parfaitement fonctionné. Mais pour le faire tenir jusqu’en 2014, Marc Wilmots devra faire valoir toute son habilité. Considéré comme le cas numéro 1, la gestion d’Eden Hazard devrait finalement être la moins compliquée. Bonne pâte, le prodige de Chelsea n’est pas du genre compliqué. "On a une relation de père et fils. J’analyse ses matches pour qu’il s’améliore, pas pour le critiquer."

Un peu forcé par certains traits, le lien familial n’avait pourtant rien de "chiqué".