Un commentaire de Guillaume Woelfle. 

Du foot, de l'argent, un joueur talentueux et un pays qui souhaite jouer les premiers plans sur la planète foot dans les années qui viennent : on secoue bien fort et, ce qui en sort, c'est ce qu'on pourrait désormais appeler 'la Saga Witsel'. Chaque jour, on croit toucher encore un peu plus l'épilogue de ce feuilleton. Aujourd'hui, on touche surtout le fond en matière d'hypocrisie.

Telle une bonne série télévisée, cette saga a duré six mois. En juillet dernier, la Juventus fait les yeux doux à Axel Witsel, médian talentueux du Zénit St-Petersbourg. L'ancien joueur du Standard est charmé, son club un peu moins car il manque quelques millions. Normal life dans le milieu du football. Les joueurs sont des produits que vendeurs et acheteurs négocient, rien de neuf sous le soleil (qu'il soit italien ou russe). Notre fait n'est pas là.

Le deal capote lors des dernières heures du mercato en septembre 2016. Depuis, les rumeurs vont toutes dans le même sens, le régulateur du jeu des Diables rouges ira à la Juventus, que ce soit en janvier 2017, ou en juin prochain. Même le joueur le disait: "Mon arrivée à la Juve n'est plus qu'une question de temps".

Et puis arrive une offre folle de la Chine. 20 millions d'euros de dédomagement pour le club russe, et jusqu'à 18 millions d'euros par an pendant quatre ans pour Witsel. 18 millions d'euros par an. Trois fois plus que ce que la Juventus, club historique, disons même emblématique du football européen, proposait (six millions d'euros). 1,5 million d'euros par mois : comptez pour cela, 2 belles villas à Uccle par mois ou 440 mois de salaire moyen d'un Belge. Bref, confortable. Et dans la logique de marché, de produit, d'acheteur et de vendeur, on serait même tenté de dire "bien joué" à Witsel.

Ce qui dérange, c'est la justification d'Axel Witsel, ce lundi matin, cité par le quotidien italien Tuttosport."D'un côté, j’avais une proposition d'une grande équipe, un top club (...) la Juventus. De l'autre, j’avais une offre que je ne pouvais pas refuser pour le futur de ma famille."

"Pour le futur de ma famille". Comme si Axel Witsel avait à s'inquiéter pour le futur de sa famille et que le choix d'un employeur pouvait influencer sa qualité de vie et celle de sa famille. On en viendrait presque à le plaindre de ne s'être vu proposer "que" six millions d'euros par le club italien. C'est tout simplement insultant. Sans tomber dans une logique populiste qui conviendrait à critiquer le joueur simplement pour l'argent qu'il gagne (on l'a dit, notre propos n'est pas là), il est insultant de communiquer de cette façon. Avec de tels mots, Witsel nous propose un bond dans le temps. Il nous renvoie dans le décor de Germinal, époque à laquelle les mineurs de la fin du XIXe siècle vont à la mine tous les jours pour nourrir leur famille. Et Witsel se considère l'un d'eux.

C'est insultant pour des gens qui vont effectivement travailler pour nourrir leur famille. C'est insultant pour des gens qui, effectivement, regardent le salaire lorsqu'ils ont la chance de recevoir deux offres de contrats différentes. C'est lâche de faire reposer son propre choix de carrière sur sa famille qui aurait besoin que Papa gagne assez d'argent.

La communication est insultante, lâche mais aussi et surtout hypocrite sur le plan sportif. Witsel ne donne pas la vraie raison de ce choix : l'enrichissement personnel. Qu'il le dise et l'assume, c'est le principe de comparer des offres. Mais qu'il n'implore pas la pitié en disant qu'il doit mettre "sa famille à l'abri".