S i d'aventure, il se réveille demain (NdlR: lisez jeudi) matin avec vraiment l'assurance, c'est lui qui décidera. C'est lui qui sent sa blessure. Il jugera en son âme et conscience. C'est sa sensation!´ Roger Lemerre a répondu par une pirouette aux questions des journalistes, désireux de savoir si Zidane sera en mesure de jouer contre l'Uruguay, aujourd'hui. Le capitaine des Bleus, Marcel Desailly, a été quant à lui plus précis: `Il n'y a pas d'incertitude dans le groupe. Tout le monde est au courant de ce qui va se passer. C'est seulement vous, la presse, qui n'êtes pas forcément informés. On a le droit de garder une stratégie contre l'adversaire, ou des réserves par rapport au docteur sur la blessure de Zizou, qui lui-même ne divulgue pas son état de santé.´

Une saison éprouvante

Le dilemme du meneur de jeu madrilène est grand: le staff technique souhaite sa présence, conscient de son essentielle importance sur l'échiquier, mais le staff médical le lui déconseille fortement... Outre-Quiévrain, la cuisse de Zidane ponctue toutes les conversations, reléguant au second plan les conflits du monde entier. Et les foudres médiatiques commencent à s'abattre sur Roger Lemerre, coupable de mauvaise gestion, et sur le groupe France. Blessé, gravement ou pas, Zinedine Zidane paie un lourd tribut aux rencontres à répétition, le lot des stars. Cinquante-trois matches à son actif, avant le voyage asiatique. Depuis 1998, et la Coupe du monde brandie, plus de 210 rencontres officielles...

En quittant la Juventus pour Madrid, avec l'étiquette de joueur le plus cher de l'histoire (73 millions d'€), Zizou a focalisé l'attention de tous les acteurs du foot espagnol: les dirigeants du Real, qui avaient misé beaucoup en cette saison du centenaire; les supporters merengues, fanatiques pour la plupart, socios avides de connaître ses moindres faits et gestes; les journalistes ibériques, en quête perpétuelle de l'info, vitale ou marginale, traqueurs de tranches de vie, publique mais aussi privée, souvent paparazzi de mots. Tous acteurs, fomenteurs d'une pression lourde, trop lourde à supporter, que le Français avait pourtant évacuée de la meilleure des manières, par son but, magnifique et historique, offrande pour une victoire en Ligue des Champions.

Erreurs fatales

Alors, Zidane s'est dispersé. La fiesta du Real fut royale. Zizou s'en délecta sans modération, en ne cachant pas son immense bonheur. Le lendemain de la fête, il se prépara à une autre. Familiale, cette fois. Pour la naissance de son troisième fils. Pendant ce temps-là, ses équipiers de l'équipe de France préparaient leur Mondial, peinaient face aux Diables et prenaient le chemin aérien du Japon. Arrivé tardivement en Asie, Zidane, à peine remis de ses émotions, de son voyage et du décalage horaire, s'aligna face à la Corée, le dernier préparatif, passage obligé pour disputer l'ouverture asiatique. Et, lorsqu'apparut sa première douleur à la cuisse, Zizou demanda son remplacement... tout en continuant à sprinter. Erreurs fatales, qui le priveront sans doute d'un deuxième match de ce Mondial 2002.

© Les Sports 2002