Sorenstam n'a pas tout perdu

La Suédoise participait la semaine dernière au tournoi masculin de Fort Worth. Riche d'une expérience inestimable, elle ne retentera sans doute pas l'aventure.

Serge Fayat

Elle a quitté Fort Worth, vendredi dernier, sans le moindre chèque. Annika Sorenstam, la première femme à tenter l'aventure sur le circuit masculin depuis la pionnière américaine Babe Didrikson Zaharias en 1945, n'a pas réussi à franchir le cut du Bank of America Colonial Invitational, le tournoi texan du calendrier PGA. La Suédoise, cela dit, est repartie riche d'une expérience aussi inoubliable qu'inestimable. «J'ai eu deux numéros de téléphone, sourit-elle. C'est pas mal...»

Les deux appartiennent à Aaron Barber et Dean Wilson, les «rookies» qui l'accompagnèrent tout au long des deux tours qu'elle disputa. «Je suis fier d'avoir pu jouer avec elle. Elle a un très gros potentiel », confia d'ailleurs le second nommé, tandis que Jay Williamson, un habitué du circuit nord-américain, se déclara prêt «à échanger mes swings contre les siens.»

En une petite semaine, Annika Sorenstam a gagné un statut de superstar qui lui échappait en dépit d'une domination à la Tiger Woods. Victorieuse de treize trophées la saison dernière et huit l'année d'avant, la Suédoise a provoqué des scènes rarement vécues le long des fairways. La masse de reporters et de photographes se bousculant aux abords des greens dépassa ainsi largement le nombre de spectateurs qui la suivent généralement sur le circuit féminin.

«Je suis épuisée mentalement, expliqua-t-elle à l'issue de ses deux tours. Je me suis testée du début à la fin et tel était le but de ma participation. La longueur de mes coups ne fut pas le problème, mais bien toute cette excitation qui entoura ma présence. Je me sentais comme décortiquée au microscope. J'ai terminé très loin des leaders, mais il s'agissait d'une première tentative. Je suis fière de l'avoir fait.»

«Rêver les pieds sur terre»

Avec des cartes de 71 et 74, la reine du circuit féminin n'a pas fait tache sur le parcours texan. Il n'empêche, ses 145 coups ne lui ont pas permis d'obtenir mieux qu'une 96e place et de devancer 11 messieurs. Un résultat qui amènera sans conteste de l'eau au moulin de Vijay Singh, l'ancien vainqueur du Masters, qui avait décidé de ne pas participer à une épreuve s'assimilant à «une farce».

«Je ne désire pas lui ôter ses mérites, mais parfois, il faut rêver avec les pieds sur terre», glissa, pour sa part, Fulton Allem, tandis que Mark Calcavecchia expliqua que «le Top 10 du circuit féminin serait balayé chaque semaine» s'il s'inscrivait dans des tournois masculins.

Malgré le soutien du public, les louanges de divers de ses adversaires, et une place à la Une de la presse américaine, Annika Sorenstam ne veut pas retenter l'aventure. La Suédoise compte profiter de cette expérience pour asseoir plus encore sa domination sur le golf féminin où, à 32 ans, elle compte 43 victoires dont 4 en Grand Chelem.

«Je ne recommencerai pas mais je m'en souviendrai toute ma vie, a-t-elle déclaré. Je suis très honorée d'avoir pu être là mais je sais d'où je viens. Je vais y retourner, forte de toute l'expérience accumulée cette semaine. Je veux gagner des tournois et établir des records, et cette semaine va m'y aider.»

Dès jeudi, elle renouera avec le circuit féminin (LPGA) à Aurora, dans l'Illinois.

© Les Sports 2003


P>Ils furent nombreux, les passionnés de golf, à suivre la semaine dernière, via la télévision, les journaux ou Internet, le parcours d'Annika Sorenstam au tournoi de Fort Worth. La Suédoise n'a finalement pas réussi à franchir le cut, mais cela ne l'a pas empêchée de gagner l'admiration et l'estime de multiples personnalités, parmi lesquelles un certain George W. Bush. «Je suis fortement impressionné, avait ainsi déclaré, vendredi passé, le président américain, depuis son ranch de Crawford, au Texas, au sortir d'un entretien avec le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi. Je suis derrière elle, je la soutiens. J'espère qu'elle franchira le cut. J'espère la voir samedi et dimanche.» L'événement ne se produisit donc pas, mais on n'a sans doute pas fini, dans les club-houses, de parler de la prestation d'Annika. Après tout, comme le déclara son compatriote Jesper Parnevik, «c'est une semaine historique! Nous avions déjà le Requin (NdlR: surnom de l'Australien Greg Norman), le Tigre (NdlR: surnom de Tiger Woods), et maintenant nous avons Superwoman...»