SANDWICH Thomas Bjorn ne passera pas ses vacances à la plage: il ne veut plus entendre parler de sable! Alors que la victoire dans ce 132e British Open lui tendait les bras, le Danois a été victime d'un maudit bunker sur le 16e trou - un par 3 d'apparence assez facile - du diabolique links du Royal St.George's Club, dans le Kent.

Certes, sa sortie de bunker n'était pas facile. Mais de là à s'y reprendre à trois fois pour poser la balle sur le green pentu, il y avait de la marge. Et Dieu sait si, à l'arrivée, ce double bogey eut des conséquences dramatiques pour le joueur scandinave. Au départ du quinzième trou du dernier jour, Bjorn semblait avoir la victoire en poche. Pointé à cinq coups sous le par, solide comme le roc, rien ne semblait pouvoir freiner sa juste consécration.

Mais le British Open n'est pas un tournoi comme un autre. Là où, ailleurs, il aurait sans doute su gérer son avance, le Danois ne put, là, conserver son sang froid. Bogey sur le 15, double bogey sur le 16, bogey sur le 17: en l'espace de trois trous, il céda sous le poids conjugué de la pression et de la malchance.

Ben Curtis n'en demandait pas tant. D'une régularité horlogère tout au long du tournoi (pas un seul double bogey), ce jeune Américain de 26 ans, qui participait à son premier tournoi du Grand Chelem et qui était coté à 1000 contre 1 chez les bookmakers londoniens, allait profiter de ce scénario improbable pour remporter l'une des plus incroyables victoires de l'histoire du tournoi!

Pas de caddy personnel

Songez que ce joueur de Columbus, dans l'Ohio, ne dut sa qualification à ce British qu'à une 13e

place acquise au Western Open la semaine dernière!

Arrivé le dernier à Sandwich, sans repère ni caddy, il en est reparti avec la célèbre coupe sous le bras et, en prime, un chèque d'un million d'€, cinq fois plus que le montant total de ses gains depuis ses débuts professionnels en 2000!

«Je ne réalise pas ce qui m'arrive. Je n'avais jamais mis les pieds en Angleterre, ni joué une seule fois sur un links de ce genre. Je savais juste qu'il fallait, si possible, éviter les bunkers» confia l'Américain, ému jusqu'aux larmes après son triomphe!

C'est le genre d'histoire dont les Anglais raffolent et qui restera dans les annales. Jamais depuis 1975 et le succès d'un certain Tom Watson, un joueur n'avait remporté l'Open à sa première participation!

Mieux: Curtis a été le seul joueur à terminer le tournoi sous le par (à -1)! Bjorn et Singh ont bouclé les 72 trous avec le par tandis que Tiger Woods et Davis Love III, quatrièmes, ont dû se contenter d'un score de +1! Dans ce cadre, soulignons que le numéro un mondial n'a jamais réussi à remporter un Grand Chelem alors qu'il n'était pas en tête avant d'aborder le dernier parcours dominical. Il n'y est de nouveau pas parvenu du côté du Kent, au contraire du jeune inconnu de l'Ohio...

© Les Sports 2003