Entretien

L’Anversois Jean de Vooght, âgé de 65 ans, a été élu président de la Fédération Royale Belge de Golf (FRBG) en avril dernier. Membre émérite du Royal Antwerp, le père du Touring-pro Didier de Vooght (champion d’Europe amateur en 1997) est lui-même joueur depuis 57 ans, et possède d’ailleurs toujours un excellent handicap (6.8). Il nous livre son analyse sur la situation actuelle du golf belge.

En trois mois, vous avez eu le temps de faire le tour du "propriétaire". Quelle est la situation actuelle de la Fédération ?

L’organisation est assez solide, même si cela manque parfois de professionnalisme sur certains aspects. Les finances sont saines, grâce à l’excellent travail réalisé par mon prédécesseur Philippe Relecom. Notre budget annuel tourne autour du million d’euros et est pour l’instant en équilibre. Nous ne devrons normalement pas augmenter la cotisation fédérale prochainement. Nous avons par ailleurs dépassé la barre des 50000 affiliés, alors que nous étions à peine 20000 au début des années '90

... mais la Belgique est en retard à ce niveau par rapport notamment à nos pays voisins !

C’est exact, si l’on compare par exemple notre situation à celle des Pays-Bas (près de 350000 golfeurs, NdlR). Nos voisins ont décidé, au niveau politique, d’investir dans le golf, en le démocratisant via la création de golfs publics et en facilitant les permis de construire. Ce qui n’est pas le cas chez nous,.

Comment dès lors augmenter le nombre de golfeurs en Belgique ?

Cela passe principalement par les clubs. Il reste de la place au minimum pour 50-100 membres supplémentaires par club, y compris dans les plus grands ! Il n’y a plus de clubs avec de listes d’attente. Si chaque club dit la vérité, il doit avouer qu’il est demandeur pour accueillir de nouveaux membres.

Et au niveau sportif, quelle est la situation ?

Au niveau de nos meilleurs amateurs, nous sommes pour l’instant à notre place au niveau européen, ce que viennent de confirmer les championnats d’Europe par équipes. Nous avons terminé en première poule en catégorie Boys et Girls (-18 ans), avec apparemment un très bon état d’esprit de nos jeunes représentant(e) s. Le résultat fut moins bon en Ladies et en messieurs, qui se sont retrouvés en deuxième poule (places 9 à 16, NdlR) et qui n’ont pas été performants en match-play. Ces derniers n’étaient il est vrai pas très "frais" avant de partir, alors qu’ils ont dû jouer les deux derniers tours du National Strokeplay, par forte chaleur, sur le parcours de l’Empereur. A ce niveau, nous devrons sans doute revoir quelque peu notre calendrier pour la prochaine saison.

La relève est-elle assurée ?

Je ne pense pas que nous ayons un creux dans les catégories d’âge. Le "Kids Tour" fonctionne très bien grâce au formidable travail d’Albert Vermeiren. Mais nous devons accrocher le bon wagon dans les prochaines années, et ne pas nous contenter de notre niveau actuel.

Comment améliorer dès lors notre niveau ? Avec un coach national ?

Nous n’avons pas les moyens d’engager un "top-gourou" pour nos meilleurs amateurs, mais nous étudions la possibilité de faire appel à un consultant expérimenté. Par ailleurs, il faut absolument recréer une structure d’entraînement pour nos meilleurs amateurs. Dans ce cadre, nous sommes en train de mettre sur pied un comité sportif, qui sera composé de huit personnes (dont notamment Florence Descampe au niveau francophone, Stefan Boschmans au niveau néerlandophone, et Chris Morton au niveau de la PGA of Belgium), chargé d’améliorer la situation sportive au niveau amateur. L’idée est aussi d’employer les Touring-pros actuels afin d’encadrer les entraînements cet hiver des joueurs, sur base de nos équipes nationales existantes.

La situation des Touring-pros n'est cependant pas très brillante...

En effet. Depuis le succès de Nicolas Vanhootegem au Telenet Trophy, ils n’ont plus réussi de réelles performances, à l’exception de Colsaerts, qui est un peu la lumière dans l’obscurité. Au niveau de la Fédération, nous n’avons cependant pas de rôle à jouer concernant les performances des pros. Nous gérons simplement le système d’échange d’invitations sur le Challenge Tour, mis en place via l’organisation du Telenet Trophy, dont l’édition 2010, qui se déroulera à Rinkven, est confirmée.

Ce système d'invitations fonctionne-t-il bien ? Certaines personnes, dont les pros eux-mêmes, le remettent en cause...

Les invitations sont données en fonction d’un classement effectué en fin de saison dernière. Nous allons continuer à gérer ce système, même s’il faut peut-être le revoir et se mettre autour de la table avec les pros s’il faut crever un abcès. Mais vous savez, il ne faut pas croire que ces invitations sont données "à la tête du client". Mais certains pros se désistent parfois en dernière minute, soit pour des raisons de santé, ou même pour des raisons financières ! Trouver un remplaçant en dernière minute n’est pas toujours facile

Comment faire sortir dès lors les pros de l'impasse actuelle ?

Je le répète : ce n’est pas à notre Fédération d’amateurs à gérer leur niveau de performances. Mais nous pouvons bien sûr les aider. Actuellement, quand un de nos meilleurs amateurs passe pro - ce qui est toujours une décision personnelle - c’est souvent la descente aux enfers, car il manque de soutiens financiers. Mon désir est que tous les Touring-pros actuels se regroupent, comme certains le font d’ailleurs déjà avec une structure comme Topcat, et s’entraînent régulièrement ensemble cet hiver.