ÉCLAIRAGE

L'événement est de taille. Pour la première fois en 58 ans, une femme va participer, de jeudi à dimanche, à un tournoi professionnel du circuit américain masculin (PGA Tour). En clair, la Suédoise Annika Sorenstam, meilleure joueuse du monde, va disputer le tournoi de Fort-Worth, au Texas, qui réunit le gratin du golf mondial. Sans condition et sans privilège, en prenant le départ des back tee hommes et en essayant de passer le cut !

De nombreuses voix se sont élevées pour critiquer cette immixtion d'une femme dans le cercle très fermé et un tantinet macho du circuit PGA! «C'est ridicule! Sorenstam prend la place d'un autre joueur qui doit gagner sa vie sur le Tour. Je ne vois pas ce que ce genre de parodie peut apporter au golf» s'est récemment exclamé le Fidjien Vijay Singh qui a préféré déclarer forfait plutôt que de s'abaisser à croiser les fers - et les bois - avec la championne scandinave.

Tel n'est pas l'avis de Tiger Woods qui s'est félicité, au contraire, du parachutage de Sorenstam parmi l'élite masculine. «Je ne partage pas le point de vue de Singh. Je suis sûr qu'il s'agira d'une super-expérience pour tout le monde...» a confié le numéro un mondial. Il est clair que cette curieuse entorse aux traditions est, d'abord, un coup médiatique. Près de 600 journalistes sont accrédités à ce tournoi texan contre une centaine l'année passée! Et les télés américaines, qui raffolent de ce genre d'événements, prévoient des records d'audience!

Enjeu sportif caché

Mais derrière l'aspect purement business se cache aussi un enjeu sportif. Sorenstam domine le circuit féminin avec une rare insolence. On ne peut qu'être curieux de la voir à l'oeuvre dans un tournoi masculin, sur un parcours (par 70 de 6400 mètres) préparé pour les hommes (tees, roughs, emplacements des drapeaux,...)

De coutume, la Suédoise

drive à plus de 250 mètres, est d'une précision diabolique dans le petit jeu et putte avec une régularité horlogère sur les greens. Qu'en sera-t-il cette fois, sous pression? Et puis comment ne pas faire le rapprochement entre la présence d'Annika Sorenstam à Fort Worth et le petit vent de révolte qui a soufflé lors du dernier Masters concernant l'interdiction faite aux femmes d'être membres de l'Augusta National?

Quoiqu'il arrive, rassurons les joueuses inscrites ce week-end dans leur compétition: même si la femme est l'avenir de l'homme, elles pourront toujours partir des tees de départ dames...

© Les Sports 2003