AUGUSTA Bras gauche tendu, la tête légèrement penchée, le regard de Phil Mickelson ne quitte pas la course de cette petite balle blanche qui, capricieuse, va même s'offrir une demi-virgule autour du trou avant de s'y réfugier. C'est fait, c'est fini, c'est gagné. Phil Mickelson saute en l'air de joie et le public, lui, comme un seul homme, déchire d'un cri strident ce silence pesant qui n'a cessé d'accompagner l'ultime putt de ce 68e Masters, première levée de l'année du Grand Chelem.

Un dernier putt qui offrait donc à Mickelson cette première victoire dans un Major, lui qui a déjà figuré huit fois sur le podium d'un tournoi majeur, dont quatre fois dans ce Masters d'Augusta. A 33 ans, grâce à un birdie réalisé au 18e trou, voilà donc le gaucher de San Diego admis d'un le cercle, restreint, des grands champions. Mais que d'émotions n'a-t-il pas dû digérer avant de donner vie à ce rêve qui l'a toujours habité.

Car sa victoire, en effet, Mickelson est vraiment allé la chercher, lui qui comptabilisait encore trois coups de retard sur Ernie Elst au trou n°12, là où le Sud-Africain venait de signer un eagle qu'on aurait pu croire décisif. Mais l'Américain s'accrocha à sa rage de vaincre, réalisant par la suite 4 birdies pour grignoter progressivement son handicap et, donc, dépasser Els, lequel ne comptabilisa plus que des pars, sur le fil de la gloire. «Durant tout le parcours, je n'ai pas arrêté de me répéter: C'est ma journée. Aujourd'hui, c'est le jour, a expliqué le vainqueur une fois vêtu de la fameuse veste verte décernée chaque année au champion. C'est une sensation incroyable. Je vais revenir tous les ans!»

Beau joueur, Ernie Els, convenait que l'Américain, dimanche, était le plus déterminé et le plus fort mentalement. Le seul reproche qu'il pouvait s'adresser est de n'avoir peut-être, pas osé prendre un gros risque sur le 18 e et dernier trou. «J'ai eu ma chance. Je jouais bien. Phil m'a battu. Il a réussi un putt grandiose là (NdLR: sur le 18). C'est un trou difficile. Il mérite de gagner.»

L'invité-surprise sur le podium se nomme K.J. Choi, un Coréen dont c'était seulement la 2e participation au Masters et qui a rendu, comme Mickelson, une carte de 69 pour finir à 3 coups. Le Coréen, très solide dans tous les secteurs de son jeu, devance l'Allemand Bernhard Langer, qu'un double-bogey au trou n°15 a liquéfié quand il pouvait imaginer rejoindre Jack Nicklaus dans la légende en devenant, à 46 ans, le vainqueur le plus âgé de ce Masters. L'Allemand a finalement hérité de la quatrième place, à égalité avec l'Espagnol Sergio Garcia, bien revenu dans le coup ce quatrième et dernier jour. Au niveau des anecdotes, dans cette ultime journée palpitante à souhait, on aura encore noté deux hole-in-one au trou n°16 réalisés à... dix minutes d'intervalle. Quant à Tiger Woods, perpétuellement en délicatesse avec son swing, il a hérité de la 22e place à 11 coups du vainqueur et deux coups au-dessus du par.

après tant d'années

de frustration, le voilà

enfin victorieux dans

une levée du Grand

Chelem. A Augusta,

le mâitre, cette fois,

c'était bien lui... (REUTERS)

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