Bizarre, vous avez dit bizarre ! Cette année, le Masters se dispute du 12 au 15 novembre. Depuis sa création, en 1934, le mythique "Major" se déroulait systématiquement au mois d’avril avec les couleurs du printemps en toile de fond. Reporté en raison du Covid-19, il aura, cette fois, les feuilles mortes de l’automne pour décor. La lumière du jour sera différente, les balles rouleront moins sur les fairways, les greens seront aussi un peu moins rapides. Il devrait faire frisquet le matin. Et, en prime, l’épreuve se déroulera à huis clos. Mais la pandémie n’a pas touché à l’essentiel : la magie du lieu. Bienvenue à l’Augusta National Golf Club, à deux heures de route d’Atlanta, en Géorgie.

Véritable jardin botanique, le parcours est une vraie carte postale. Fermé durant la moitié de l’année pour veiller son entretien, il est manucuré par une soixantaine de jardiniers à plein temps qui n’hésitent pas, le cas échéant, à couper le gazon avec des ciseaux !

Les passionnés qui regardent le tournoi à la télévision s’attardent d’abord sur le décor : une ambiance bucolique avec le gazouillis des oiseaux en fond sonore. Mais derrière cette façade se cache un "championship course" d’une tout autre dimension, un peu comme si le diable s’invitait au paradis !

Le défi suprême

Sous ses allures si poétiques - chaque trou porte le nom d’une fleur - l’Augusta National est, en réalité, un vrai monstre. Bobby Jones ne l’avait pas caché en le dessinant au début des années trente avec l’architecte écossais Alister MacKenzie : il souhaitait concevoir un parcours obligeant le joueur à signer systématiquement le coup parfait sous peine de collectionner les bogeys. Ainsi dit, ainsi fait. Avec ses fairways en pente, ses bunkers couleur linceul et ses greens rapides comme le marbre, Augusta est au golf ce que Paris-Roubaix est au cyclisme : le défi suprême !

Réservé à ses 300 membres triés sur le volet (le montant de la cotisation est tenu secret), le club géorgien est l’un des plus fermés du monde. Ici, le greenfee n’existe évidemment pas. Le visiteur est juste autorisé à entrer au Pro-shop pour acheter un souvenir. Fréquenté jadis par le président Eisenhower et aujourd’hui par Bill Gates ou Warren Buffet, Augusta a longtemps été interdit aux Noirs, à l’exception des caddies. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Sous la pression, après bien des débats, le club a également récemment ouvert ses portes à deux femmes : Condoleezza Rice, ancienne Secrétaire d’État, et Darla Moore, célèbre business woman. Mais il vit toujours en dehors du temps, reclus dans sa tour d’ivoire. C’est Wimbledon à la puissance dix !

Le Masters est imprégné jusqu’à la moelle de cet ADN si particulier. N’en déplaisent aux télévisions, aucun panneau publicitaire n’est accepté le long des greens et des fairways. Les caméras sont même maquillées de feuillages verts pour ne pas dénaturer l’environnement ! De la même façon, les caddies sont priés de porter l’uniforme : une combinaison entièrement blanche et une casquette verte avec le logo de l’Augusta National.

Le vainqueur hérite, lui, de la légendaire "green jacket", réservée aux membres du club et que le lauréat précédent est tenu de lui passer lors d’une cérémonie protocolaire qui n’a pas changé en près d’un siècle. Ainsi soit-il.

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