Le décès de Léopold Lippens laisse le golf belge orphelin de l’une de ses personnalités les plus fortes. Le bourgmestre de Knokke-Heist était, en effet, un passionné du sport de St.Andrews. Un vrai.

Le Royal Zoute Golf Club, dont il était le Président emblématique, était l’une de ses plus grandes fiertés. Il en parlait avec des étincelles dans les yeux.

Sa philosophie golfique était aussi carrée que la balle est ronde : jouer sérieusement dans se prendre au sérieux. « Pour moi, le golf est à la fois un sport et un plaisir. J’ai horreur de ces parties qui s’éternisent durant des heures et où les joueurs lisent les lignes comme s’ils étaient en Ryder Cup » souriait-il.

Il avait cédé à la tentation des greens assez tard, vers l’âge de 35 ans. Il avait vite progressé, devenant même single Handicap. Aux beaux jours, il participait volontiers aux compétitions du week-end. Mais il jouait aussi avec ses fidèles amis et même souvent seul, pour se ressurcer et apprécier pleinement la nature, le chant des oiseaux et, accessoirement, des birdies.

Mais son vrai défi a toujours été de faire du Royal Zoute une vraie référence. « La » référence. Et, là encore, il releva le challenge. Historiquement considéré comme l’un des clubs les plus prestigieux de Belgique, le RZGC avait, au fil des ans, conquis ses galons au niveau international en accueillant de nombreuses grandes compétitions. Avec son ami John Goossens, le Comte Lippens avait notamment été à la base de la naissance du Belgacom Open, tournoi de l’European Tour qui accueillit à la fin des années nonante quelques une des meilleurs joueurs du monde, parmi lesquels Nick Faldo, Jose-Maria Olazabal, Lee Westwood ou, bien sûr, Severiano Ballesteros. Lippens était d’ailleurs devenu un ami de "Seve". Tous ces champions étaient, en tout cas, ravis de venir au Zoute, sur le parcours manucuré du « roi Léo ».

Club privé par excellence, traditionnellement très francophone, réservé à ses membres triés sur le volet (avec la bénédiction du président, évidemment), le RZGC a toujours occupé une place à part dans le paysage golfique national. On l’a souvent dit élitiste. De fait, autour du 15 août, on croisait souvent sur la terrasse du Club House les grands manitous du Bel 20. Ils refaisaient à la fois leur carte de score et le monde autour des fabuleuses croquettes maison. Mais Léopold Lippens veillait aussi, parallèlement, à rendre son parcours accessible – à des conditions très favorables - aux habitants de sa commune grâce au « club des artisans ».

Au vrai, Léopold Lippens était au golf comme dans la vie. Naturel, passionné, déroutant parfois. Sa personnalité surréaliste dérangeait aussi sur les greens. Mais il s’en moquait comme de son premier « air shot ». Fidèle à ses idées.