Dans un club qui a longtemps interdit aux joueurs noirs de franchir ses portes, le symbole était fort. Très fort. C’est Lee Elder, âgé désormais de 86 ans, qui a donné, hier, le coup d’envoi honorifique de l’édition 2021 du Masters. Le premier joueur afro-américain à avoir disputé l’épreuve – c’était en 1975 – était visiblement très ému de se retrouver sur le tee n° 1 de l’Augusta National aux côtés des légendes Jack Nicklaus et Gary Player pour cette traditionnelle cérémonie d’ouverture.

À l’heure où le racisme attise tant de tensions aux États-Unis et génère tant de réactions dans le monde du sport US, le club géorgien, si souvent montré du doigt pour sa politique de ségrégation, a voulu montrer l’exemple. “Et cette démarche en appelle d’autres”, a déclaré Fred Riley, le président d’Augusta.

Des paroles inédites qui ont sûrement été droit au cœur de Tiger Woods, grand absent du tournoi mais qui, sur son lit de convalescence, a sûrement apprécié.

Comme prévu, il faisait grand soleil pour cette journée inaugurale du premier Grand Chelem de l’année. Et le « championship course » cher à Bobby Jones avait revêtu son costume d’apparat avec un environnement manucuré digne du plus beau jardin botanique. Rien à voir avec les paramètres de l’édition 2020 qui, rappelons-le, s’était déroulée en novembre dernier dans un décor automnal. Cette fois, “le plus beau parcours du monde” avait notamment retrouvé ses greens illisibles comme le hiéroglyphe, rapides comme un circuit Indy et fermes comme un tambour !

À l’instar du premier col de l’étape reine du Tour de France, le premier tour du Masters représente un vrai test où certains favoris peuvent déjà perdre les pédales. Ce fut encore le cas ce jeudi où plusieurs ténors ont, d’entrée, mis un genou à terre. Certes, rien n’est encore scellé dans le marbre mais on voit mal, par exemple, Rory McIlroy combler le retard déjà concédé. Le Nord-Irlandais n’a jamais gagné à Augusta et ce ne sera sans doute pas pour cette année. Toujours aussi irrégulier au drive, il a rentré une première carte de 76 qui en dit long sur ses soucis du moment.

Bryson DeChambeau a également souffert le martyr, signant le même score de +4. A force d’user son driver sur ce parcours de métronome, le colosse californien s’est brûlé les ailes. Lee Westwood (+6), Jason Day (+5) et Sergio Garcia (+4) sont également dans les cordes.

Tout le contraire de Justin Rose. Le vétéran anglais était en état de grâce ce jeudi et a ramené au Club House une carte exceptionnelle de 65 (sept birdies, un eagle et deux bogeys). Même s’il ne s’y est jamais imposé, Rose adore Augusta, un terrain cousu sur mesure pour son talent. Le chemin est encore très long vers la green jacket mais Il compte déjà quatre coups d’avance sur le Japonais Hideki Matsuyama et l’Américain Brian Harman, ses plus proches poursuivants.

Mais, répétons-le, rien n’est dit. Des orages et de la pluie sont annoncés dans les prochaines heures. Des renversements de situation sont possibles, voire probables. Patric Reed (-2), Jordan Spieth et Tyrell Hatton (-1) et Jon Rahm (dans le par) sont en embuscade. Et on se gardera d’enterrer trop tôt le tenant du titre Dustin Johnson (+2) ou le magicien Tommy Fleetwood (+2), autour d’un hole in one sur le trou n°16.