Il n'a jamais réellement tremblé. D'une solidité implacable, maîtrisant à la fois ses coups et le parcours, Phil Mickelson a remporté brillamment, dimanche, son deuxième Masters. Le génial gaucher américain compte désormais trois titres du Grand Chelem à son palmarès: deux Masters (2004 et 2006) et un USPGA (2005). Et il ne faut pas savoir lire dans une balle de golf pour deviner qu'il en ajoutera plein d'autres.

Phil Mickelson, 35 ans, est arrivé à pleine maturité. Durant de nombreuses années, malgré son immense talent, l'artiste de San Diego était souvent considéré comme un loser. Souvent placé, il ne parvenait pas à s'imposer dans les grandes occasions, lisez dans les Majors. Invariablement, il craquait lors du dernier tour, victime notamment d'un putting souvent hésitant.

Depuis son succès à Augusta en 2004, Mickelson a vaincu tous ses vieux démons et domine à la fois son sujet et ses sujets. Il l'a encore prouvé à l'occasion de ce Masters qu'il contrôla de bout en bout. Sur les 72 trous du tournoi, il signa 43 pars, 18 birdies et 11 bogeys. Du travail propre, sans faute. Du travail de champion. «Quand j'ai gagné ce tournoi en 2004, j'ai ressenti une grande sensation de soulagement. Cette fois, c'est un véritable sentiment de satisfaction et d'accomplissement après être sorti vainqueur face à une telle qualité de golfeurs», dit-il.

Et c'est vrai que ce Masters, cru 2006, fut exceptionnel. Malgré un parcours allongé (6 800 mètres) et la position dantesque de certains drapeaux, les joueurs élevèrent sans cesse leur niveau de jeu, signant des coups du bout du monde, des approches millimétrées et des putts d'école. Dimanche, à deux heures du dénouement, on recensait encore une douzaine de joueurs en l'espace de cinq coups, tous capables de s'imposer. Mais, un à un, tous les adversaires de Mickelson finirent par céder, piégés tantôt par l'Amen Corner (trous n°10, 11 et 12), tantôt par la pression.

On pensait Tiger Woods, en très bonne position d'attente après le troisième tour (il accusait seulement deux petits strokes de retard sur Mickelson), prêt à renverser la situation à son avantage. Mais, imprécis au putting, le n°1 mondial ne trouva pas la bonne dynamique et son réveil (birdies sur les trous n°13, 15, 16 et 18) fut trop tardif. Fred Couples, qui partageait la même partie que Mickelson, s'accrocha longtemps aux basques de son rival mais deux bogeys sur les trous n°11 et 14 (où il putta pour le birdie) anéantirent ses chances.

Vijay Singh, Chad Campbell et Retief Goosen résistèrent aussi le plus longtemps possible mais commirent, ça ou là, quelques fautes coûteuses. Et que dire de la mésaventure de Rocco Mediate qui mit dix coups pour rentrer sa balle sur le terrible trou n°12, un par 3 de 130 mètres!

Les Espagnols Miguel Angel Jimenez et, surtout, Jose-Maria Olazabal (auteur d'un fantastique 66) donnèrent un moment l'illusion de pouvoir troubler les cartes mais Mickelson ne lâcha rien. A l'arrivée, l'Américain s'imposa avec un score de 281 (7 coups sous le par) et deux coups d'avance sur l'étonnant Sud-Africain Tim Clark qui termina par un birdie sur le dix-huit en rentrant sa sortie de bunker!

Avec une deuxième veste verte dans sa garde-robe, Mickelson entre à son tour dans l'histoire et se positionne jusqu'à nouvel ordre comme le plus grand adversaire de Tiger Woods.

© Les Sports 2006