Certains l’avaient quasiment enterré et en parlaient déjà au passé. De fait, Phil Mickelson, 50 ans, venait de quitter, pour la première fois depuis 28 ans, le Top 100. Et ses prestations régulières sur le Senior Tour laissaient présager une tendance à la retraite anticipée.

Mais, en golf, l’art du swing ne se perd jamais. Guidé par une bonne étoile, « Lefty » a donc fait taire toutes les mauvaises langues en s’adjugeant le sixième tournoi du Grand Chelem de sa carrière lors du PGA Championship qui s’est disputé sur le terrible parcours Ocean Course de Kiawah Island (Caroline du Sud). Il s’agit d’un exploit considérable que l’on peut comparer, quelque part, à la victoire de Tiger Woods lors du Masters d’Augusta en 2019. « Je ne sais pas exprimer mon émotion. C’est le moment le plus fort de ma carrière » confiait le vainqueur en recevant son trophée.

Déjà en tête lors du premier tour, Mickelson a résisté jusqu’au bout à la meute de poursuivants lancés à ses trousses. Sans jamais perdre pied. On pensait que son duel final tournerait à l’avantage de Brooks Koepka, de 20 ans son cadet. Mais c’est exactement le contraire qui s’est produit. Maître de ses nerfs, au sommet de son art, le gaucher californien a fini par user son rival. A l’arrivée, il remporte le tournoi à 6 sous le par avec deux coups d’avance.

Ce sacre est historique. Sur le plan des chiffres, d’abord. Mickelson devient en effet le joueur le plus âgé de l’histoire (50 ans et 11mois) à remporter un tournoi du Grand Chelem. Le précédent record était détenu par Julius Boros, vainqueur de ce même PGA en 1968 à 48 ans. C’est aussi son sixième titre lors d’un Major (3 Masters, 2 PGA, 1 British Open) et sa 45ème victoire sur le PGA Tour (comme Ben Hogan). Il a remporté son premier trophée professionnel en 1993 et fait donc partie, avec Tiger Woods, des rares champions à avoir gagné un titre lors de quatre décennies différentes. Voilà qui en dit long sur sa formidable régularité au sommet.

Mais c’est peut-être par son côté symbolique que le triomphe de Mickelson est le plus impressionnant. Il tombe en effet à un moment où le golf mondial ne jure plus que par la puissance physique et les drives supersoniques de la nouvelle génération, emmenée par Bryson DeChambeau. En dominant tous ces jeunes premiers, le vieux Phil a rappelé combien le golf était aussi un sport où l’expérience, la stratégie et le talent naturel jouaient un rôle essentiel. Quelque part, c’est un peu comme si Roger Federer remportait un nouveau Grand Chelem à 39 ans.

Pour que la fête soit complète, il ne reste plus à l’enfant chéri de l’Amérique qu’à s’adjuger, en juin prochain, l’US Open, le seul Major qui manque à son palmarès. Jusqu’ici, il a terminé six fois à la deuxième place. Mais l’édition de cette année se joue à Torrey Pines, dans sa ville natale de San Diego, à deux pas de sa maison familiale !

En attendant, même Tiger a été bouleversé. « C’est une source d’inspiration de voir Phil le faire à 50 ans. Félicitations ! » a-t-il tweeté.