Portrait

Nicolas Colsaerts est véritablement en train d’exploser au faîte de la hiérarchie mondiale. Vainqueur l’an dernier de l’Open de Chine, il a franchi un cap supplémentaire dans sa carrière en remportant le Volvo World Match Play Championship, épreuve réunissant 24 joueurs du Top mondial.

Une belle consécration pour ce champion hors norme, qui ne compte cependant pas s’arrêter là ! A 29 ans, le jeune Bruxellois n’est en effet qu’à l’aube d’une grande carrière, alors que l’on atteint généralement sa pleine maturité en golf entre 30 et 40 ans. Cela fait pourtant déjà plus de 10 ans que Colsaerts, du haut de son mètre 85 pour 75 kilos, écume le circuit européen. Il a entamé sa carrière dès le 14 novembre 2000, le jour de ses 18 ans, en devenant le plus jeune joueur à gagner sa carte en finale de la Qualifying School.

Après avoir débuté le golf à Boitsfort à l’âge de cinq ans, puis à Rigenée et enfin au Royal Waterloo, le protégé de Michel Vanmeerbeek, "scratch" entre 13 et 14 ans, avait très vite démontré l’étendue de son talent au niveau belge, remportant tous les titres dans les catégories d’âge puis sur le Federal Tour. Au niveau international, il a obtenu, à 17 ans, une place dans l’équipe européenne de Ryder Cup Junior.

"Colsaerts ? This guy is good !" ("Colsaerts ? Ce gars est bon !"), se serait exclamé Tiger Woods himself, en mai 2001, lors de l’Open d’Europe à Hambourg. Le n°1 mondial de l’époque cherchait à savoir qui était ce joueur qui se trouvait juste devant lui au practice et qui frappait des drives millimétrés à plus de 300 mètres, avec une aisance et une pureté naturelles.

Mais le "ketje" a vite appris à ses dépens que le talent inné ne suffisait pas pour réussir une carrière pro digne de ce nom. Après une mauvaise première saison, où, lâché quasiment seul sur le circuit, il manquait cruellement de repères, Colsaerts a parfaitement remonté la pente dès 2002, en décrochant à nouveau une carte européenne via cette fois une dixième place sur le Challenge Tour. Il conserva sa carte en 2003 grâce notamment à une 5e place au Trophée Lancôme.

Trop sûr de son coup, Colsaerts relâcha ensuite la pression. Ayant perdu sa carte complète en 2004, le jeune Bruxellois s’était remis dans le rythme au début de la saison 2005 (7 cuts sur 8 et succès sur l’Alsptour à Bordeaux, son deuxième succès pro après l’Omnium de Belgique en 2003). Avant de goûter de nouveau, en août à Gleneagles (Ecosse), aux joies d’une partie de tête le dernier jour, pour réussir finalement, via une deuxième place dans ce tournoi richement doté, le meilleur résultat de sa jeune carrière.

Ses vieux démons le rattrapèrent alors, sous la forme d’une vie extra-sportive assez dissolue, ou du moins incompatible avec la vie d’un sportif de haut niveau. Ce qui est, hélas, souvent le cas lorsque l’on est (trop) gâté par la vie, à tous les niveaux. Et il finit par le payer cash, sur le terrain, sous la forme de mauvaises décisions. En août 2006, son quadruple bogey commis sur le trou n°13 du Masters de Scandinavie, alors qu’il était encore en position de gagner, lui fera très mal. Mentalement, mais aussi sportivement, puisqu’il finira par perdre sa carte pour les différents circuits européens fin 2007.

Mais, tel le phénix, Colsaerts va renaître de ses cendres. Le déclic se produit fin 2008 lorsque, après une année de divagation, il est parti trois mois se ressourcer en Australie, dans l’Académie Agame dirigée par Ken Berndt, l’un des meilleurs coachs australiens, spécialiste du petit jeu. Colsaerts-le-doué y a appris à travailler son jeu, inlassablement, mais aussi à se remettre en question. Ce qui a porté ses fruits, sous la forme notamment de deux succès sur le Challenge Tour 2009 (Finlande et Pays-Bas), lui permettant de revenir sur l’European Tour.

Plus mûr mentalement, Colsaerts enchaîne désormais les prestations de haut niveau, comprenant cinq Top 10 en 2010, lui permettant de terminer 67e de la Race to Dubaï. Il a poursuivi sur sa lancée l’an dernier, avec cinq nouveaux Top 10 à son actif (dont son succès à l’Open de Chine) pour grimper cette fois à la 20e place de la Race to Dubaï (classement final du circuit européen).

Colsarts est désormais bien encadré au niveau sportif, avec l’apport du caddie australien expérimenté Brian Nilsson, mais aussi de Mark Roe (coach spécialisé dans le petit jeu) et Dave Stockton (coach américain spécialiste du putting), mais aussi au niveau physique (avec Richard Vanmeerbeek et son physiothérapeute Blaise Erpicum), tandis que ses consultations auprès du coach mental américain Bob Rotella semble aussi avoir porté ses fruits. Si le golf est avant tout un sport individuel, le succès de Colsaerts, c’est aussi celui de toute une équipe...