Décès de Georges Collignon, monstre sacré de l’arbitrage belge

Hockey Malade depuis des années, il symbolisait le mot "charisme" à lui tout seul pendant sa très longue carrière.

Décès de Georges Collignon, monstre sacré de l’arbitrage belge
©Demaret

"Dans ma famille, il y avait un beau et un gentil. Moi, j'étais le beau." Cette boutade de Georges Collignon, qui vient de s'éteindre à 75 ans après une longue maladie neurodégénérative, pouvait laisser croire qu'il était d'un caractère ombrageux. Mais aucun des nombreux jeunes qu'il a formés n'en dira un mot de travers. C'est un des tout grands arbitres belges qui vient de nous quitter, une personnalité éminemment populaire que tout le monde était ravi de voir débarquer à un match, car on savait dès ce moment qu'il allait être bien tenu.

Georges Collignon, né en 1946 dans une illustre famille hérakléenne (il est notamment l'oncle de Fred Collignon qui fut aussi champion avec le Dragons), vint assez tôt à l'arbitrage. "Je me souviens qu'il avait sifflé le match d'ouverture de la saison 1978-79, Uccle Sport-Merlo. C'était un de ses tout premiers matchs en D1", se rappelle l'ancien international Jean-Louis Maroye. Georges était parti pour une carrière d'une longévité exceptionnelle, puisqu'il ne rangea définitivement le sifflet qu'en 2004, à l'âge de 58 ans. Il est, au passage, l'arbitre qui a sifflé le plus de finales dans le championnat belge, depuis qu'elles sont apparues en 1993.

À l'heure où le chef des arbitres se plaint du manque de charisme de ses troupes, on se rappelle que Georges Collignon était, tout simplement, l'incarnation du charisme. Son coup de sifflet perçant, ses index dressés vers le fautif qui valaient bien mieux qu'un long discours, son honnêteté proverbiale aussi, tout concourait à faire de lui une figure de proue de l'arbitrage. "Les gars, j'ai pas vu, on joue !" avait-il coutume de s'exclamer lorsque des joueurs marquaient un temps d'arrêt après une faute qui lui avait échappé. Personne ne songeait à le contredire.

Négociateur hors norme

Georges Collignon avait du reste un art inné pour faire accepter ses décisions. Dans la vie de tous les jours, il était d'ailleurs négociateur pour Electrabel, chargé entre autres d'acheter des terrains. "On lui donnait un million de budget pour l'acheter, et il revenait avec le terrain et 900 000 euros", raconte un de ses proches. Revers de la médaille, ses activités professionnelles le limitèrent à 54 matchs internationaux.

Greg Uyttenhove, notre arbitre à la dernière Coupe du monde, fut l'un des arbitres de sa génération à être formé par Georges Collignon. Il se souvient de son premier match, un Baudouin-White Star de 1999. "Il est allé voir les deux coachs et leur a dit : 'Si vous avez un problème avec lui, vous avez un problème avec moi'. Du coup, tout s'est déroulé comme un tapis rouge. Il affichait toujours une grande bienveillance avec les arbitres qu'il formait. Il avait l'art de les mettre à l'aise."

Après la fin de sa carrière, Georges Collignon disparut quelque peu du monde du hockey. Atteint d’une paralysie progressive (et non de Parkinson comme certains l’ont cru) il perdit rapidement l’usage de la parole, même si son cerveau était toujours intact. Pour ce grand communicateur, l’épreuve de devoir passer les dix dernières années de sa vie en chaise roulante a dû être particulièrement pénible, même si grâce au dévouement de Marie-Claude Van Neer, sa complice de l’Herakles, il assista jusqu’à la saison dernière aux rencontres de son club de cœur. Salut l’artiste !