Médaille, vide et injustice: les Red Panthers aux Mondiaux, une histoire complexe

L’histoire des Red Panthers avec le tournoi reste complexe. Récit.

Médaille, vide et injustice: les Red Panthers aux Mondiaux, une histoire complexe
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Sept participations en 15 éditions depuis 1974 avec un sommet en bronze en 1978 et une injustice en 2018 : les hockeyeuses belges entretiennent une relation complexe avec le Mondial. Récit avec quatre témoins : Brigitte Motte, Anne Decroly, Karin Coudron et Jill Boon.

1974 - Mandelieu (5es) : Un baptême réussi

Si la FIH a organisé en 1971 un tournoi, la première Coupe du monde officielle qui s’est tenue en 1974 à Mandelieu a souri aux Belges.

Brigitte Motte, présente cette semaine à Barcelone avec les Old Panthers, n'a rien oublié : "Le terrain de polo avait été aménagé pour le hockey, dit-elle. Nous rivalisions avec les meilleures nations. Le tournoi avait été génial. Nous avions terminé cinquièmes sur dix. Il régnait une belle ambiance. Notre niveau de jeu était vraiment bon. Avant de nous rendre à Mandelieu, nous nous entraînions deux fois par semaine. Je me souviens que nous n'avions pas dû payer pour disputer le tournoi. Mais j'avais dû prendre congé à mon boulot (réviseur d'entreprise). Le hockey féminin était totalement inconnu."

1976 - Berlin (4es) : Nous nous sentions des athlètes"

À Berlin, les Belges se hissent en demi-finales pour finir quatrièmes derrière l'Allemagne, l'Argentine et les Pays-Bas. Karin Coudron, internationale de 1975 à 1995, faisait partie des jeunes de l'équipe. "Nous avions déjà un niveau appréciable. Nous ne prenions pas des taules face aux Pays-Bas et contre l'Allemagne. Nous nous étions entraînées durant trois mois avant. Nous visions le top 5. Pour l'époque, nous avions une bonne condition physique. Nous nous sentions comme des athlètes."

1978 - Madrid (3es) : Le jour de gloire

Les filles de Michel Derweduwen marquent l'Histoire avec cette première médaille mondiale. Anne Decroly avait à peine 18 ans. La milieu droit, qui étudiait la kiné en même temps, n'a rien oublié de cette épopée madrilène. "Il y avait deux poules de cinq. Nous avions dû disputer un match de barrages pour nous départager avec l'Espagne. En demi-finales, les Pays-Bas étaient trop forts. Mais, en petite finale, nous avons résisté face aux Argentines. Après prolongations, le score affichait toujours 0-0. La séance de strokes a été interrompue par l'obscurité. Comme toutes les équipes repartaient le lendemain, nous avons toutes les deux fini le tournoi avec une médaille de bronze. Nous ne rêvions pas d'un tel exploit. Ce résultat était exceptionnel. Nous rivalisions avec les meilleures nations mondiales, mais nous n'avions aucun moyen mis à notre disposition. Nous nous étions entraînées entre six et huit semaines. Nous dormions à trois dans les chambres en Espagne. Moi, j'avais un lit d'appoint. Mais nous nous entraînions avec sérieux."

1981 - Buenos Aires (8es) : La dernière avant un vide de 33 ans

Le Mondial de 1981 se déroulait sous haute tension en Argentine, à l'époque en pleine dictature militaire. Anne Decroly n'a rien oublié : "Devant les portes, nous avions des militaires, mais nous pouvions nous promener librement dans la ville. Notre huitième place n'était pas brillante. Assurément pas un grand cru. Nous avions payé 5 000 francs belges pour le voyage."

Elle ignorait que les Red Panthers ne retrouveraient la Coupe du monde que 33 ans plus tard. "Nous manquions de moyens financiers. De plus en plus d'équipes jouaient. Nous n'étions pas pros. Si j'avais dû choisir entre le hockey et mes études, je n'aurais pas hésité : mes études."

2014 - La Haye (12es) : Participer suffisait à leur bonheur

Quatre défaites, un seul nul. Un niveau de jeu décevant et un retour sur le terrain en retard après la mi-temps contre la Corée du Sud : ce come-back sur la scène mondiale est un désastre qui se solde par une dernière place.

"Nous étions dans un processus de construction, tempère l'attaquante Jill Boon. À ce moment, nous étions déjà heureuses de participer. Bien sûr, nous avions des objectifs, mais on ne parlait pas de performance. Nous n'avons jamais été ridicules. À La Haye, nous avons créé une mentalité."

2018 - Londres (10es) : La terrible injustice

Avec une médaille d'argent en poche à l'Euro 2017, les Red Panthers attaquent le Mondial 2018 avec ambition. En phase de poule, elles ont battu le Japon (3-6), concédé un partage contre l'Australie (0-0) et perdu contre la Nouvelle-Zélande (2-4). En cross over, elles ont calé contre leur bête noire espagnole, qui les a privées des quarts de finale. Une séance de shoot-out qui n'est toujours pas digérée par la jeune retraitée Jill Boon. "Je garde un sentiment d'injustice à cause des deux erreurs de l'arbitre sur la séance de shoot-out. Nous méritions de battre l'Espagne. Nous avions bien presté en phase de poule car nous étions dans le groupe de la mort, se souvient l'attaquante. Nous aurions pu écrire une histoire plus belle."

Sans être un échec, ce Mondial n’a pas répondu totalement aux attentes belges. Niels Thijssen atteignait ses limites avec un groupe qui était devenu professionnel.