Portrait

Il y a un peu plus d’un an, Colin Batch était brutalement sorti de l’ombre en remplaçant au pied levé son mentor, Adam Commens, à la tête de l’équipe nationale. Intronisé en décembre 2010, il avait pris ses fonctions lors du stage en Nouvelle-Zélande en février. Douze mois plus tard, il a non seulement qualifié les Red Lions pour les JO de Londres, mais, en plus, il a offert un premier titre aux Belges lors du Champions Challenge, une compétition mondiale qui réunit les nations classées entre les 9e et 16e places. Un exploit historique pour les Red.

"Je ne partais pas de zéro", avance avec humilité l’Australien. "Assistant d’Adam durant 24 mois, je connaissais les coulisses de l’équipe. J’avais pris une part active dans la construction du noyau."

Dans une spirale positive depuis un an, les Red Lions tenteront surtout de ne pas en sortir. Stoïque, Colin Batch présente toutes les qualités humaines pour maintenir son groupe sous contrôle. "Il nous reste six mois jusqu’aux Jeux de Londres. Et, de par mon expérience passée, je suis bien conscient que tout peut changer très rapidement durant cette courte période. Des équipes peuvent progresser très rapidement tout comme certains joueurs. Mais il faut également être conscient que les blessures pourront jouer un rôle déterminant durant la préparation olympique. Voilà pourquoi les joueurs ne devront jamais renoncer à leur ambition de faire partie de cette équipe qui sera alignée à Londres." Il a ainsi embarqué 25 joueurs lors du stage à Valence qui s’est conclu sur une victoire face à l’Irlande.

D’un calme olympien, le T1 australien de l’équipe belge ne cherche pas à faire de vagues ou à tirer la couverture vers lui. Il refuse de placer la barre trop haut car l’idée de mentir à ses joueurs l’insupporte. L’homme est ambitieux. Il place un cadre strict à ses rêves. Ses récents succès lors de l’Euro et du Champions Challenge ne lui montent pas à la tête. Son palmarès, qui a déjà fait l’objet de discours plus dithyrambiques les uns que les autres, lui offrent un recul critique par rapport à n’importe quelle situation.

"Lors des Jeux, nous tâcherons d’intégrer le Top 8 dans un premier temps. Ensuite, nous évaluerons la situation en fonction des paramètres inhérents à la compétition."

Entre les lignes, il ne peut cacher son ambition car il connaît à la perfection les détails qui séparent ses Lions du "Top 5" mondial. "Nous devons encore être plus réguliers sur l’ensemble d’un tournoi. Lorsque nous affrontons les meilleures nations mondiales, nous connaissons des baisses de régime. Ces dernières années, nous multiplions les rencontres face à ces top teams. C’est la seule manière de progresser. Ce groupe est talentueux. Il doit apprendre à encore mieux gérer la pression."

Concrètement, il travaille sur les passes basiques avant d’élaborer ses schémas tactiques. Grâce à son excellente lecture du jeu, il est capable d’influencer la dynamique d’un groupe afin de le hisser plus haut. "J’ai une totale confiance dans la qualité du travail de mes assistants. Enfin, grâce à mon parcours, j’ai le respect de mes gars. Pendant une rencontre, je reste très calme. J’essaie d’insuffler cet état d’esprit à mes joueurs. Je ne montre jamais mes émotions. Bien sûr que je vis un match à 100 %. Si j’extériorisais mes sentiments, cela aurait un impact négatif sur le groupe. Je suis patient et empathique."

Derrière sa barbe, l’entraîneur à succès du Dragons cache un homme de défis qui s’est toujours laissé porter par les challenges. "Je ne regarde pas beaucoup dans le passé. Je ne suis pas du genre à regretter. J’ai vécu de belles émotions au Dragons. Je ne pouvais pas poursuivre mes missions de T1 de l’équipe nationale et du club champion de Belgique."

Choisir, c’est renoncer. L’homme, avec son staff, se rapproche inexorablement de son pire jour de l’année, celui du choix de ses 16+2 Olympiens. Il brisera donc le rêve de Jeux de sept internationaux. Le travail de l’ARBH porte tant ses fruits que la concurrence pour chaque poste est sévère. C’est la rançon de la gloire.

Gloire, un terme qui revient de manière cyclique lorsqu’on découvre la biographie de Colin Batch. Si la carrière d’un joueur professionnel oscille entre deux pôles extrêmes, celle de l’Australien s’est plus souvent arrêtée au sommet (de la gloire) qu’au tréfonds.

Le jeune Colin a découvert sa passion pour le hockey en s’amusant avec ses trois frères et son papa dans le petit jardin derrière la maison.

A 5 ans, il rejoint ses proches au Waverley à Melbourne à l’âge d’or du club. S’il tâtait du stick par plaisir, il a très vite développé un goût pour la compétition. "Je me souviens que le club a remporté son premier titre en League", confie-t-il. "En cinq ans, nous avons gagné trois championnats et avons même intégré l’équipe de notre Etat pour nous mesurer aux meilleurs hockeyeurs australiens."

Pays où la concurrence est féroce, l’Australie lui ouvre alors les portes de son National Squad de 1979 à 1990. Il s’adjuge à quatre reprises le prestigieux Champions Trophy et touche l’or lors de la Coupe du Monde en 1986. Non rassasié par tant d’honneurs en tant que joueur, il s’attaque au coaching avec une même réussite. Après avoir fait le tour des postes d’entraîneur les plus convoités de son pays, il décide de relever un nouveau challenge de taille.

"J’ai accompli un cycle complet de huit ans en tant que coach assistant de l’équipe messieurs de mon pays (2001-2008) avec, en point d’orgue, la médaille d’or lors des Jeux Olympiques d’Athènes en 2004."

En quête d’un défi à la hauteur de son C. V., il a reçu l’opportunité de diriger le Dragons tout en devenant T2 de son compatriote Commens. A nouveau, il transforme ce coup d’essai en coup de maître vu que les Anversois deviennent champions de Belgique en 2009-2010.

Initialement prévu sur quatre ans, il envisage de poursuivre son bail dans le plat pays. "Quand j’aurai rempli mon contrat, peut-être aurai-je d’excellentes raisons de rester en Belgique", lance-t-il mystérieusement.

Lorsqu’il a débarqué à Zaventem en 2008, accompagné de son épouse, il a éprouvé quelques difficultés à s’adapter à cette nouvelle culture tout en ressentant le mal du pays. L’éloignement de sa famille et de ses amis a pesé dans un premier temps sur son moral.

Aujourd’hui, il se réjouit de ses nombreux voyages à travers l’Europe et de sa réussite professionnelle. Installé à Anvers avec sa compagne tandis que ses enfants (Lauren, 24 ans et Lucas, 20 ans) sont restés au pays, il a conscience de l’ampleur de la tâche qui l’attend ces prochains mois. "Il faut arrêter de penser, en Belgique, que nous pouvons nous contenter d’une préparation à mi-temps. Le hockey international nécessite un investissement maximal de tous les joueurs et du staff."

Il sait de quoi il parle vu qu’il avait, l’an passé, porté deux casquettes : T1 des Lions et du Dragons. Malgré cette concession, la Fédération avait opté pour le meilleur profil comme le démontre son bilan.

Fin connaisseur du jeu moderne, l’Australien a longtemps observé le travail d’Adam Commens avant de voler de ses propres ailes.

Il a préparé le terrain durant un an. A lui maintenant de cueillir les fruits semés à Londres en juillet-août et en Australie en décembre. Il écrirait encore de nouvelles lignes d’or sur un C. V. déjà magique.