Le 15 juin se tiendra une assemblée générale pour élire, notamment, le successeur de Marc Coudron à la tête de l’ARBH. Il ne règne pas encore un parfum de campagne électorale. Les éventuels candidats disposent encore de 3 mois pour coucher leur nom sur les listes. Ces dernières années, le président avait clamé sur tous les toits qu’il ne briguerait pas de troisième mandat. Sous son règne, les Red Lions ont retrouvé leur place aux Jeux olympiques, les Red Panthers ont découvert le gratin mondial à l’occasion des JO de Londres et la Fédération s’est scindée en deux entités. Cet ancien pilier de l’équipe nationale a longtemps réfléchi avant de prendre une grande décision. "Je reconnais que, depuis 6 mois, j’envisage de rempiler pour un troisième mandat." S’il laisse des "sans doute" ou "plus que probablement" dans ses phrases en évoquant ce volte-face, il ne fait aucun doute que Marc Coudron rêve de prolonger son bail à la tête de l’ARBH.

Marc Coudron, pourquoi êtes-vous revenu sur votre décision ?

Je n’ai pas encore officialisé ma décision. Je me représenterai sans doute en juin. A priori, les chances sont grandes. Nous avons livré un travail de grande qualité ces dernières années. Les enjeux ne cessent de croître. Un à un, nous avons relevé de gros défis. Vu la qualité de l’équipe qui m’entoure, je suis prêt à repartir pour 4 ans. En plus, j’aimerais consolider un peu plus les deux ligues. La scission n’a été votée qu’il y a 9 mois.

Quels seront les axes de votre prochain mandat ?

Nous ne révolutionnerons pas le hockey en Belgique. Nous avons déjà des bases saines. Il faudra poursuivre l’effort des deux ligues et améliorer les infrastructures. Nous avons besoin de 20 nouveaux terrains par an pour accueillir les nouveaux membres. Après la réussite de nos équipes nationales aux Championnats d’Europe à Boom, nous devrons faire face à de nombreuses demandes d’inscription. Nous maintiendrons le même cap avec les équipes nationales de tous âges.

Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis 2005 lorsque vous avez troqué votre maillot de Red Lion pour le costume de jeune président. Comment s’était déroulée votre reconversion ?

En mars 2004, après le préolympique de Madrid, j’avais mis un terme à mon parcours en équipe nationale. Giles Bonnet et Jacques Lechat voulaient me garder dans le giron du groupe. Sans jouer un rôle défini, j’ai apporté un coup de main. Tandis que je bouclais ma carrière de joueur lors de la saison en salle où j’ai fêté mon dernier titre, j’ai eu une discussion avec Jan Segers, jadis vice-président de l’ARBH. Il m’a suggéré de me présenter comme président de la Fédération.

Quelle fut votre réaction ?

Je l’ai regardé avec des yeux de merlan frit. Je n’avais jamais occupé la moindre fonction dans un comité de club. A 35 ans, je me considérais comme trop jeune pour cette tâche. Il m’a pris au dépourvu. J’ai discuté avec des personnes de confiance comme Philippe Vanhemelen et Pierre-Olivier Beckers. Aucun défi ne m’a jamais effrayé. Ensuite, j’ai contacté Jean-Claude Leclef, mon prédécesseur.

Malgré votre inexpérience, vous avez d’emblée pris vos repères…

Bert Wentink m’a énormément aidé. Nous avons discuté durant des heures. Expert en matière sportive, il était à l’époque coach du Dragons. Il a alors rejoint mon équipe. Robert Lycke, qui connaissait tous les rouages du métier, m’a fait gagner cinq ans d’expérience. Durant la première année, j’ai régulièrement appelé Jean-Claude Leclef. Je l’appelais au moins chaque semaine.

Quelle était la situation lors de votre prise de pouvoir il y a 8 ans ?

J’ai hérité d’une situation saine. Les Red Lions tournaient dans le bon sens même s’ils manquaient de justesse les qualifications pour les JO. Les jeunes annonçaient des lendemains radieux. Les U16 venaient d’être champions d’Europe. Seules les dames avaient été mises de côté. Les finances restaient dans le vert.

Vous êtes considéré comme le président des équipes nationales. Quel fut votre plan d’action ?

J’ai souvent entendu que je m’occupais que des élites. C’est faux. J’ai soutenu le ‘corporate hockey’ou ‘hockey together’. J’ai essayé de faire évoluer le hockey à tous les niveaux. Sans chercher de révolutions, j’ai apporté des petites évolutions sans toucher aux valeurs.

Quand on évoque certains chiffres, on pense quand même qu’on vivait au Moyen Age en 2005. En huit ans, l’ARBH est passé de 16 000 membres à plus de 30 000 aujourd’hui. Son budget sponsoring a explosé, passant de 65 000 à 450 000 euros…

Ces chiffres sont le résultat d’une politique ambitieuse.

Votre deuxième mandat a déplacé l’axe de gravité du hockey. Vous avez tout misé sur les dames…

Nous avons effectivement accordé notre priorité aux dames car les messieurs tournaient à plein régime. La réussite des Red Panthers restera comme ma plus grande fierté. En 2005, personne n’aurait misé un euro sur le hockey féminin en Belgique. En 2008, elles ont frôlé leur qualification pour les JO de Pékin. Ce jour-là, nous avons compris que la progression pourrait être fulgurante. Le futur nous a donné raison. Elles ont perdu cette habitude de prendre des raclées face aux meilleures nations du continent. En 2011, elles sont passées de l’autre côté. Lors de l’Euro à Mönchengladbach en 2011, elles ont confirmé leur potentiel.

Pourquoi ce challenge vous tenait-il si particulièrement à cœur?

Il a braqué les projecteurs sur la moitié de nos membres. Les jeunes filles et femmes ont senti cette reconnaissance. Leurs homologues masculins ont pris conscience de la valeur du hockey féminin. Peu de sports se déclinent tant au masculin qu’au féminin.

Il reste encore 5 mois avant la fin de votre mandat. Quels sont les chantiers en cours ?

Nous organiserons l’Euro au Braxgata. Ces Championnats seront les plus beaux jamais organisés. Nous poursuivrons notre travail avec les deux ligues. Tout se passe idéalement. Le Nord et le Sud marchent dans le même sens car les deux entités poursuivent un même but. Les deux ligues échangent leurs idées. Si je puis dire, l’union fait la force.

Assumez-vous l’étiquette d’être le président de la scission ?

Tout le monde sait que cette séparation intervenait pour des raisons financières. Aucun souci linguistique n’a pollué les débats. Je ne résumerais pas ces 4 dernières années à la scission. Nous avons boosté le nombre d’affiliés. Nos clubs jouent un rôle majeur en EHL. Les équipes nationales volent vers les sommets.

Quelle a été votre plus grande déception ?

Même si le hockey est relativement épargné, je déteste encore des injures de parents en bord de terrain. J’entends souvent des gens regretter les temps anciens. Il ne faut pas croire qu’avant les insultes ne provenaient pas des bords de terrain.

Quelle a été votre plus belle rencontre dans le milieu ?

Durant les JO, j’ai assisté à la rencontre contre la Nouvelle-Zélande au côté de Jacques Rogge. Je l’avais prévenu que je vivais intensément les matches. Lors du but, j’ai laissé exploser ma joie avant de me rasseoir tout penaud. Il m’a rassuré tout de suite en me disant que mon comportement n’avait rien de dérangeant. J’ai aussi été marqué par Pierre-Olivier Beckers. J’éprouve une grande admiration pour cet homme que j’ai souvent croisé.

Vu le développement exceptionnel du stick en Belgique, ne faut-il pas craindre que le hockey ne vende son âme au diable ?

Non, nous sommes les garants de nos valeurs ancestrales.

Mais l’argent débarque de plus en plus massivement…

Certains joueurs sont professionnels et rémunérés. Ils ne perçoivent pas assez d’argent pour assurer leur survie au lendemain de leur carrière. Leurs salaires peuvent être comparés à ceux d’une rémunération moyenne d’un jeune employé.

Avez-vous eu peur quand le fisc a frappé à la porte des clubs ?

Nous avions prévenu chaque club de respecter les lois en vigueur. L’argent n’est pas un tabou. Je n’ai entendu aucun problème lié à la venue du fisc.

En 2017, serez-vous arrivé à bon port ?

Non, je ne serai pas encore arrivé où je voulais. Il ne faut jamais se reposer sur ses lauriers. Je serai fier du boulot accompli le jour où je serai mort, mais je ne suis pas pressé.