A presque pile poil 33 ans (il les aura ce mardi), Vincent Deneumostier a joué son dernier match de division d'Honneur ce dimanche. Après 11 ans au plus haut niveau du hockey belge, dont 120 capes récoltées en 6 ans d'équipe nationale (1996-2002), il estime que la boucle est bouclée.

Quels sont vos sentiments au moment de mettre le point final ?

Je termine avec des sentiments un peu confus. A la fois un soulagement certain, car ça devenait de plus en plus dur et depuis mon arrêt de l'équipe nationale, je m'entraîne de moins en moins. Même si on ne demande physiquement pas la lune aux gardiens de but, ça devient de plus en plus difficile de faire le grand écart. Mais en même temps, difficile d'échapper à une certaine nostalgie. J'ai beaucoup aimé ma carrière, le hockey aussi et j'y ai passé des moments fantastiques. La compétition va certainement me manquer. Mais j'ai deux enfants qui demandent à leur père d'être plus présent, et le boulot me prend beaucoup de temps aussi, même si je viens d'en changer.

Ce n'est pas un peu tôt pour arrêter ?

Je ne pense pas arrêter trop tôt. L'an dernier j'y avais déjà pensé, mais j'avais encore été élu meilleur gardien de la Coupe des champions, j'avais réussi une bonne finale, c'était prématuré. Mais je sens que mon niveau baisse et il faudrait faire trop d'efforts pour le maintenir.

Quel est votre meilleur et votre moins bon souvenir ?

Deux tournois me laissent un peu sur ma faim : le préolympique d'Osaka, en 2000, où je n'ai pas commencé le tournoi et où nous avons terminé derniers de la poule; et la Coupe du monde 2002 à Kuala Lumpur, où j'ai pris trop de pc de manière incompréhensible alors que tout se passait bien aux entraînements; dans l'autre sens il y a eu l'immense joie de la qualification en Coupe du monde quelques mois plus tôt à Edimbourg en 2001. Un peu de chance, la formule qui nous a avantagés et un bon coach qui faisait confiance aux jeunes, tels ont été les ingrédients du succès.

L'avis de Deneu sur...

1. L'Orée. "J'ai vécu 5 années très chouettes là-bas, mais je n'y croyais plus au moment de partir. Plusieurs anciens avec lesquels j'avais plaisir à jouer arrêtaient et j'ai besoin de m'amuser pour jouer. L'attitude de certains quand je suis parti m'a déçu. C'est vrai que le club m'a offert des facilités mais à mon sens, je le lui ai bien rendu. A l'Orée, la direction a souvent manqué de vision sportive à long terme, voire de vision sportive tout court."

2. Le Wellington. "Content de voir qu'ils remontent en DH. Pendant des années ils ont adopté une politique contraire à leurs habitudes, avec pour résultat l'exode de beaucoup de jeunes. Ils ont eu du mal à se maintenir, jusqu'à descendre en D1 mais pour un an seulement."

3. Le Léopold. "A mes yeux le plus grand club belge, à tout point de vue; celui où j'ai préféré jouer. Un seul regret : ça m'a coûté l'amitié de Big One (Xavier Peeters, NdlR), que j'ai évincé à ce moment-là et avec lequel je m'entendais très bien. Le Léo est un des rares clubs avec Uccle qui arrive à faire des résultats avec des joueurs belges, de très bons jeunes du cru et d'autres qui s'intègrent dans l'esprit du club."

4. Giles Bonnet. "Un très grand tacticien, un professionnel à part entière, mais beaucoup trop carré par rapport à la réalité du hockey belge. Son approche des matches est impressionnante. Mais au point de vue de la gestion des ressources humaines d'un groupe, et notamment au niveau de la communication, il a encore beaucoup de choses à apprendre. Il est pro mais oublie que ses joueurs ne le sont pas. Et il ne sait pas qui est en forme, car il a une méconnaissance totale du hockey belge."

5. Cédric De Greve. "Je l'ai côtoyé à Edimbourg où je l'avais trouvé humble et prompt à se remettre en question. C'est certainement un garçon intelligent, mais le fait de jouer dans l'équipe championne ne l'a pas fait évoluer dans le bon sens. Par rapport à Stéphane Moraux, pour moi le meilleur gardien belge, qui laisse parler son talent sur le terrain, je trouve qu'il fait beaucoup d'esbroufe. Il se la joue un peu vedette alors qu'il sait bien qu'il est là par défaut."

6. Jean Willems (réfléchit) : "Un meneur d'hommes, mais quelqu'un de lunatique. Il a été le premier après Kuala Lumpur 97 à me féliciter pour mon bon tournoi. Très sympa. Quinze jours plus tard, c'est tout juste s'il m'a adressé la parole. Il a été un grand joueur, mais il a cochonné sa fin de carrière."

7. Alain Geens. "Un des personnages que j'apprécie le plus au hockey. Il m'a mis le pied à l'étrier et a lancé ma carrière - même si je suis aussi reconnaissant à Michel Van Strydonck et Christian Vander Gracht au Well. J'ai toujours plaisir à le revoir. Il a fait énormément pour le hockey belge avec les moyens du bord. C'est un grand monsieur du hockey belge."

8. Les Diables Rouges. "Aujourd'hui si on n'est pas prêt à s'entraîner tous les jours, on est en marge de l'équipe nationale. L'avantage est que celle-ci est composée de joueurs motivés à 100 pc. L'inconvénient est que ceux qui jouent ne sont pas forcément les meilleurs Belges. Dans un grand tournoi c'est un handicap certain. Cela dit, ceux qui y sont ont du mérite par la qualité de leurs entraînements, mais les résultats ne sont pas en ligne avec les investissements. Ils sont quasi les mêmes qu'il y a 5 ou 6 ans. Ca n'augure rien de bon pour Manchester."

9. Le fair-play. "Le hockey reste une fête mais ce n'est plus le cas partout. Il y a quelques semaines, suite à l'affaire du forfait avec l'Antwerp, on s'est fait insulter 70 minutes par le public du Dragons. Le Delta Lloyd Fair-play Trophy, ça me fait bien rigoler, c'est une façade. Je ne veux pas revenir sur cette histoire de forfait, mais une chose est certaine, le Léo n'a rien à se reprocher là-dedans. Quand on voit les réactions sur certains forums, on reste sidéré par ce qui est écrit."

10. Marc Coudron. "Un très grand joueur, quelqu'un avec lequel en tant que jeune il y avait moyen de discuter. Très soft en dehors du terrain et en tant que joueur, il aimait être bien en Cour. Comme président il a ses convictions sur l'avenir du hockey mais le hockey belge, trop conservateur, n'était pas encore mûr pour un passage à 10 équipes en Honneur."

11. Philippe Vanhemelen. "Si j'ai été à l'Orée c'était avant tout pour jouer avec lui. Un grand monsieur, accessible, facile à vivre, un joueur très intelligent, un coach qui peut apporter beaucoup à un club. Il l'a prouvé à l'Orée les saisons précédentes."

12. Patrick Pille. "Encore quelqu'un que j'ai appris à connaître en équipe nationale, avec lequel j'aimais jouer et discuter après les matches. J'estime que c'est mon meilleur ami, il est parrain de ma fille. Ce n'est sans doute pas le meilleur technicien du hockey, il était très fort... du pied ! Mais c'est un grand travailleur et un meneur d'hommes, à la fois festif et fort appliqué quand il faut l'être."