Leur stage à Mannheim devait durer deux à trois semaines. Puis il avait été décidé de le réduire à cinq jours avec trois matchs. Au final, contexte sanitaire oblige, les Red Panthers vont rester 46 heures en Allemagne avec à la clef deux rencontres.

Barbara Nelen ne fait pas partie du voyage. La véloce milieu de terrain n’est pas blessée mais a passé son tour afin de recharger ses batteries. Au soir du premier tour de Division d’Honneur, elle a pris un véritable break de deux mois sans sport. "J’en avais besoin , confie-t-elle. Je ne me suis pas rendue au stage en Espagne en décembre. Je n’irai pas non plus en Allemagne. Mais, je suis de retour dans l’équipe et surtout heureuse d’être là."

Depuis 2010, elle est montée en grade au point d’être l’une des joueuses les plus influentes chez les Reds du XXIe siècle. Elle n’avait que 19 ans lors de son premier tournoi, un qualificatif à San Diego pour la Coupe du monde de 2010. L’équipe avait bien presté, mais n’avait pas validé son ticket. En une décennie, elle a été la témoin direct de grandes révolutions avec son lot de joie et de détresse.

Aujourd’hui, le Néerlandais Raoul Ehren a repris en main ce noyau pétri de talent mais torpillé par un manque de régularité. À nouveau à la croisée des chemins, l’équipe n’a plus le droit à l’erreur en 2021. Les échecs de 2019 (Euro et qualificatif olympique) ainsi que la mise en veille de 2020 n’ont pas desservi leurs intérêts. La milieu gantoise fait l’état des lieux des Panthers.

1. Physique : un monde d’écart

Il existe plusieurs mondes d’écart entre 2010 et 2021.

"Chaque année, nous progressons avec constance. Pascal Kina - avec Mika Van Cutsem - a joué un grand rôle. Les deux situations ne sont pas comparables. Toutes les nations ont progressé vers plus de professionnalisme. À mes débuts, nous nous entraînions que les mardi et jeudi matin. Désormais, j’en suis à quatre entraînements par semaine, plus les trois sessions de fitness et la charge en club. Nous sommes plus endurantes et explosives. Notre jeu est plus gourmand aussi. Nous tenons la distance."

2. Tactique : de solides avancées

Là aussi, l’écart est vertigineux. Le catenaccio a été abandonné depuis quelques années. "Avant, nous nous contentions de défendre car, physiquement, nous ne pouvions pas faire plus. Nous n’avions pas la capacité de jouer vers l’avant et de revenir en cas de perte de balle. Désormais, notre jeu est plus rapide et vertical. La finale de la Coupe d’Europe en 2017 a boosté l’équipe. La World League à la Rasante a aussi été positive. Nous développons une culture de l’audace. Nous osons jouer collectivement vers l’avant."

3. Technique : un talent inné

Le talent a toujours été présent dans le groupe.

"Depuis que je suis là, j’ai toujours joué avec des filles fortes sur un plan technique. Charlotte De Vos, Gaëlle Valcke, Anouk Raes et beaucoup d’autres ont toujours été habiles avec la balle. Le stopping et le dribble sont maîtrisés."

4. Mental : l’éternelle faiblesse

L’éternel souci de l’équipe touche l’invisible. Capables d’une finale à l’Euro, elles peuvent ensuite rater une qualification olympique qui leur tendait les bras à Changzhou. "C’est difficile d’analyser le mental. Il dépend des personnalités. Les De Vos, De Groof, Valcke étaient des battantes à 100 %. De nos jours, les filles sont plus introverties. Le doute s’installe très vite. Souvent, l’équipe se reposait sur les plus âgées. Les jeunes se cachaient. Pour moi, le doute s’installe vite avec cette peur de mal faire. Je me repasse parfois les mauvais scénarios du passé. Depuis peu, les jeunes ont pris plus de poids. Elles assument. Toutes les filles doivent jouer leur rôle. Il n’y a plus vraiment un groupe de leaders car il ne reste plus beaucoup de joueuses âgées."

En 2021, le droit à l’erreur n’existe plus. Elles doivent réussir leur Euro en juin. "Le groupe a engrangé de l’expérience en deux ans. Tout le monde bosse. Je suis confiante."