Erik Gysels, le président du Brax et responsable, à l’ARBH, d’attirer des grands événements en Belgique, a suivi pas à pas l'immense chantier du Braxgata. Toutes les décisions passent par cet homme de pouvoir discret.

"Q uand vous êtes chargé d’organiser un tel événement, vous avez deux options. Si vous visez le minimum, vous ne rentrerez pas dans vos frais car des coûts fixes sont inévitables. Si vous voyez plus grand, vous attirez des investisseurs. Et ainsi de suite…"

Erik Gysels et les responsables du TriFinance ont clairement choisi l’option B. Les championnats d’Europe qui démarrent aujourd’hui dans les installations du Braxgata à Boom s’annoncent grandioses. Si certains s’offusquent devant de telles dépenses, Erik Gysels ne s’en formalise guère. Avec ses collègues et ses centaines de bénévoles, il est certain d’avoir réussi la première partie de son défi : organiser un Euro taille XXL pour conquérir le cœur de nouveaux membres. Le visage du hockey belge n’en ressortira pas indemne.

Cet homme d’affaires, qui assure les liens entre les instances officielles (ville, province…) et qui est le président du Brax, a retroussé ses manches pour faire sortir de terre ce projet colossal. Il fut déjà à l’Euro 2011 à Mönchengladbach avec le président Marc Coudron, le secrétaire général Jean-Christophe Capelle et encore le responsable du marketing Denis Van Damme afin de prendre des notes.

"Nous voulions organiser l’Euro 2011 car il était qualificatif pour les JO de Londres", reconnaît l’un des hommes les plus influents du milieu. Le coup est passé si près, en 2011, que les Belges étaient certains de recevoir ce grand événement deux ans plus tard. "Avec le recul, nous sommes ravis d’avoir reçu cet honneur en 2013", poursuit celui qui est chargé à l’ARBH d’attirer des grands événements. "Aujourd’hui, aucune grande compétition ne fera de l’ombre à notre tournoi."

Pierre par pierre, il a bâti cet édifice gigantesque. Entre le Hockey Park, le Plaza et le stadium de 8 400 places, son club est méconnaissable. L’homme discute avec tout le monde. Toutes les décisions passent par lui. Il ne feuillette plus ses dossiers car il les connaît à la virgule près. "Le coût avoisine les 2 millions, mais il faut relativiser le montant. Nous devions d’emblée lâcher 500 000 euros avant d’écrire les premières lignes du projet. La Fédération internationale prend 250 000€."

Les télévisions sont venues au secours de ses finances en achetant les droits de retransmission. L’homme nuance : "Nous payons 150 000 euros à Infrastrada qui capture les images. Les droits vendus à la RTBF et à Sporza ne compensent pas ces coûts. Nous saluons néanmoins l’intérêt des télévisions."

Ses carnets de compte semblent bien équilibrés. Pourtant, une inconnue subsiste : le ticketing. Pour l’heure, la moitié des 75 000 billets a déjà trouvé un acquéreur. "Nous avons, tous les jours, au minimum 3 000 places occupées. Jeudi, le jour des demi-finales dames, nous n’avons pas vendu énormément de tickets." Une qualification des Panthers changerait la donne. La vente de 10 000 sésames supplémentaires rapporterait 300 000 euros. Une somme qui serait investie judicieusement au Brax. "Dans ce cas, nous pourrions envisager de bâtir une tribune permanente de 2 000 places pour le championnat. Si nous reprenons les vieux bancs blancs, vous aurez compris que le ticketing n’a pas été à la hauteur", dit-il en rigolant.

L’homme d’affaires ne perd jamais le nord quand il s’agit de chiffres. Il a fait face à quelques mécontentements dans ses rangs. En effet, ses membres du Brax ont été relogés sur les terrains du Victory, du Beerschot et du Dragons. "Ca fait partie du jeu. Depuis un mois, les installations sont en chantier. Nous aurons encore besoin de deux semaines pour ranger le club et faire disparaître les stigmates de l’Euro."

Mais, au final, qu’en restera-t-il ? Le Brax ne gardera évidemment pas son village, ni le stadium. Encore moins les écrans géants. "En réalité, nous ne garderons que les goals et les nouveaux bancs de touche pour les joueurs que nous replacerons de l’autre côté du terrain."

Malgré les désagréments et la charge de travail, Erik Gysels ne regrette pas une seconde d’avoir déployé une telle énergie dans ce projet qui s’inscrit dans sa ligne de conduite pour le développement de son club.

Quand il a repris la présidence du Braxgata il y a 15 ans, le club végétait en Division 4 avec une centaine de membres. Aujourd’hui, son terrain fera le tour du continent.

"L’histoire est belle ! Quand nous avons construit ce terrain avant l’an 2000, j’avais gardé du recul derrière les barrières. Secrètement, j’avais le rêve un peu fou d’organiser un tel événement. Je ne l’ai jamais dit à personne."

Le club trentenaire du Braxgata, qui a découvert la Division Honneur il y a 4 ans, a mis 25 ans à sortir de sa crise d’adolescence. Avant d’atteindre l’âge de raison, le "Brax" a vu le jour au centre d’Anvers dans le complexe sportif de feu Monty, avant de transiter par le Bosuil - éjecté par le retour des footballeurs - et l’Héraklès. Après un passage au club de tennis de Klinkaert à Boom, les dirigeants ont enfin jeté leur dévolu sur le domaine provincial "De Schorre", à Boom.

Le chantier a donné naissance à un centre si perfectionné que la Fédération y a pris ses quartiers pour ses équipes nationales. Les deux équipes fanions du Braxgata montrent la voie à suivre aux 57 autres noyaux. Pourtant, le club n’a jamais participé au play-off. "C’est faux, coupe le président. Les filles ont déjà intégré le Top 4. Cinq de mes joueuses figurent en équipe nationale, dont 3 athlètes formées au club. Si elles sont épanouies, leurs frères suivront le pas. Dans quelques années, les messieurs joueront aussi les premiers rôles sur la scène nationale."

Fin stratège, il a attiré l’attaquant Jérôme Dekeyser et le défenseur Xavier Reckinger dans ses filets afin qu’ils partagent leur science du jeu avec ce jeune club sans tradition. Autour de ces deux piliers, les jeunes, issus de la première génération de l’école du Braxgata, fourbissent leurs armes. La sauce a bien pris. Les "premières" messieurs et dames se maintiennent en DH sans trop de difficulté.

A la base de ces réussites immobilière et sportive se dresse donc un homme, Erik Gysels, qui s’est entouré d’une bande de copains pour mener le projet à terme.

Défenseur central que l’on comparait volontiers à Eric... Gerets pour sa mentalité, il a découvert le hockey à 20 ans un peu par hasard. Il se cherchait un sport collectif. Le football de préférence, mais son ménisque en a décidé autrement. S’il n’a découvert cette discipline olympique qu’à 20 ans, il ne l’a plus jamais quittée. Président du Braxgata durant 15 saisons, il a insufflé à son enfant quelques concepts révolutionnaires.

Ce gestionnaire dévoile les deux secrets de sa réussite. Non seulement, il implique ses 850 membres en les nommant actionnaires à hauteur de 500 euros, mais, en plus, il accorde autant de crédit aux hockeyeuses qu’à leurs homologues masculins. "Certains affiliés, qui préfèrent rester anonymes, investissent jusqu’à 50 000 euros", confie ce quinquagénaire à multiples facettes. "J’ai aussi réuni hockey et famille. Si un club espère tendre vers les sommets, il doit attirer toute la famille : le papa et son fils, certes, mais aussi la maman et sa fille. La bonne santé sportive d’un club se lit à travers les résultats des équipes jeunes chez les filles."

Cette capacité d’analyse, Erik Gysels l’a développée à l’Université Saint-Ignace en droit et en sciences économiques. Il a par la suite consacré du temps à sa passion du hockey sans négliger sa profession principale. Après avoir travaillé pour Aro, une PME de 75 employés à Malle, cet infatigable travailleur a repris l’entreprise il y a trois ans.

En parallèle, il trouve encore un peu de temps pour assouvir une autre passion. Aux côtés de son épouse, il a acheté et renové plusieurs maisons d’hôtes. A l’heure actuelle, il possède trois hôtels en Belgique (Aartselaar, Anvers et Edegem), sans oublier un domaine à Saint-Rémy-de-Provence nommé les "Sources" où il a transformé la bâtisse en maison d’hôtes. Son hôtel "Ter Elst" accueille d’ailleurs les équipes nationales durant l’Euro. "J’ai d’abord refusé cette idée, mais les staffs ont insisté car l’hôtel est situé à proximité du Braxgata, les chambres sont grandes et la salle de fitness est adaptée à leurs besoins. Je comptais juste accueillir les officiels de la FEH. Je ne veux pas que les gens fassent d’amalgames simplistes."

Avant de mener à bien tous ses projets belges, le jeune universitaire a mûri aux quatre coins du monde. Employé à l’ambassade de Belgique au Brésil, il a sévi dans les milieux bancaires aux Etats-Unis et en Espagne.

A 33 ans, lorsqu’il décide de se marier, il pose ses valises en Belgique. "De mes parents, j’ai reçu une éducation, mais pas d’argent", souffle avec humilité le responsable marketing de la Fédération. "J’ai tout construit par mon travail. Je garde deux concepts clefs : être pro et simple. Quand des gens veulent inscrire leur enfant au Brax, je refuse qu’ils voient le club comme une garderie. Ils doivent s’investir à leur niveau. Si nous organisons une fête, tous doivent accepter de mettre la main à la pâte. Je veux qu’ils soient prêts à faire des frites ou à gérer un stand."

Le message est passé. Le club, qui a souffert d’une image de "nouveaux riches sans histoire", écrit son histoire à très grande vitesse.

Apaisé devant une telle réussite, l’homme a déjà annoncé la couleur. Il ne fera pas de vieux os au Braxgata. Héritier logique de Marc Coudron à la tête de l’ARBH, il vise un strapontin à la FEH. Il compte d’ailleurs sur la réussite de l’Euro pour déléguer de plus en plus ses responsabilités afin de se retirer en douceur en janvier 2014 et de consacrer plus de temps à son épouse et ses trois enfants (Maxime 13 ans, Julie 16 ans et Nicolas 18 ans).

Il se murmure même qu’il pourrait emmener dans son sillage les départs de deux piliers : Dekeyser et Reckinger, qui pourraient annoncer leur départ à la retraite au lendemain de l’Euro à condition que le résultat final soit à la hauteur de ces deux trentenaires.

Ces dossiers-là atterriront sur son bureau au lendemain de l’Euro. Le temps ne s’arrête jamais pour Erik Gysels qui se plaît à se réfugier à Saint-Rémy-de-Provence. Mais pas pour le moment !