A l’heure du petit-déjeuner, les traits étaient tirés, contrastant admirablement avec les larges sourires esquissés par la plupart des Red Panthers qui étaient déjà attablées à 7h30-8h00. Pourtant, la fête battait son plein dimanche soir dans l’immense tente du Beerschot. Les gros baffles résonnaient encore au loin aux petites heures du jour. "A vrai dire, je ne sais pas très bien à quelle heure on est rentré", soufflait avec une voix du matin encore mal réveillée Stéphanie De Groof.

La tour de la défense, 20 ans à peine, peinait à remettre en place le scénario de la seconde partie de journée. "Je me souviens de ces 10 dernières minutes de la finale. Nous étions en train de devenir folles sur le terrain. Le score était acquis; la victoire en poche. J’étais très émue en regardant mes coéquipières directes dont Barabara (Nelen). Lors des dernières minutes, j’ai enfin profité de tout le bruit provenant des tribunes. Avant ? Je n’avais pas trop remarqué tant j’étais concentrée sur la finale."

Au coup de sifflet final, les Red ont été prises dans un tourbillon d’émotions qui les a dépassées. "J’ai vécu le moment le plus intense de ma vie", poursuit la joueuse du Dragons. "Ensuite, nous nous sommes dispersées avec nos familles et amis. Nous nous sommes regroupées en fin de soirée avant de nous rendre à l’hôtel."

Quelques heures de sommeil n’ont pas suffi à amortir leur bonne humeur. Hier matin, elles ont encore savouré ces moments magiques. Aucun décrassage ni séances mentales n’étaient au menu. Les troupes se sont dispersées en début d’après-midi.

Les retrouvailles avec leur vie professionnelle s’annoncent encore floues. Stéphanie De Groof, étudiante en deuxième année de criminologie à Anvers, ignorait encore le jour de sa rentrée derrière les bancs. A vrai dire, elle devra réorganiser son agenda de fin d’année. Entre autres sacrifices, elle a mis entre parenthèses ses études depuis le mois de janvier. "Je devrai contacter mes professeurs afin d’aménager un dispositif."

Sa voix ne trahit aucun regret. La jeune femme est ressortie transformée de cette aventure humaine qui dure depuis sa première sélection avec l’équipe nationale en 2010 en match amical au Pingouin contre l’Irlande. "J’y ai appris la discipline. Je carbure à la confiance. Comme je me sens bien dans ce groupe, je suis capable de lui offrir le meilleur de mon jeu."

Après avoir vécu un cycle intense de trois mois, elle relâche la pression des dernières semaines avant de remettre le couvert dès la mi-mai. "Parfois, il faut se laisser aller. Nous avons consenti à de grands sacrifices ces derniers mois. Maintenant, nous retrouvons une vie plus classique. Personne ne peut mener une existence stricte en permanence. J’aime combiner ces deux modes de vie."

Considérée comme la "music girl" du groupe, celle qu’on surnomme "Steph" n’est pas la dernière à l’heure de mettre l’ambiance au sein de l’équipe. Elle nous coupe avec humilité en rappelant que "toutes les joueuses participent à l’ambiance d’équipe."

Mais elle joue un rôle central en prenant des quantités de clichés, de vidéos ou en postant perpétuellement des messages sur les réseaux sociaux. Elle répare même les ordinateurs de ses amies. "J’amène juste mes baffles car je déteste un mauvais son, précise-t-elle. Il est vrai que j’adore les technologies. La musique ne me quitte jamais. Par contre, j’en avais marre en fin de semaine de Facebook ou autres. Je désirais enfin voir les gens avec qui je communiquais depuis une semaine via Internet."

Que ce soit via courriel, sms ou Facebook, elle n’a pas fini de lire la myriade d’encouragements et de félicitations. "Les appareils ont tous bien chauffé. C’est dingue ! Lors du tournoi, on lisait les coupures de presse. On mesurait un peu l’ampleur de l’événement. Mais, en fait, on était à côté de la plaque. Personnellement, je n’avais jamais imaginé un tel engouement. Entre tous mes messages, j’ai été touchée par celui de mon professeur d’économie de cinquième humanité. Il n’appartient pas du tout aux milieux du hockey. Il a suivi nos rencontres. Encore maintenant, je ne réalise pas encore très bien tout ce qui nous arrive."

Et à 20 ans, le meilleur reste à venir pour cet élément essentiel de l’axe défensif de Kina qui a démontré toute sa vista dans ses relances, toute sa puissance sur pc, tout son calme lors des matches à enjeu et toute sa joie de vivre lors des moments passés à l’hôtel.