Depuis les années 1970, l’Association royale belge de hockey a toujours résisté aux poussées centrifuges des idéologues politiciens qui estiment que le sport national n’a pas de raison d’être et qu’il sera mieux géré par les régions. Une idéologie sur laquelle on pourrait indéfiniment s’asseoir (pour rester poli) si elle n’était assortie d’une fameuse carotte au bout du bâton : la promesse de subsides pour les fédérations scindées, et le refus des administrations sportives d’accorder le moindre euro à celles qui ne le sont pas.

Dans la grande famille du hockey pullulent les parfaits bilingues hostiles aux clivages linguistiques. C’est donc la mort dans l’âme (à en juger par les très nombreuses réactions négatives, entre autres sur les réseaux sociaux) que le hockey belge va "s’aligner sur la réalité institutionnelle", comme on dit pi(t)eusement. Il est vrai que deux équipes nationales performantes, ça a un coût et que le COIB ne peut continuer à injecter des sous à jet continu sans que l’ARBH elle-même cherche des moyens de financement alternatifs. Ceux-ci sont tout trouvés.

C’est l’ancien président fédéral Jean-Claude Leclef qui a été choisi pour faire atterrir cette quatrième tentative de scission. Nous l’avons interrogé.

L’ARBH est une fédération en plein essor, qui fonctionne bien en étant restée unitaire. Pourquoi se scinder dès lors ?

C’est une question très simple : si on veut continuer à croître, nous avons besoin de plus en plus de moyens. Le COIB n’est plus en mesure d’accentuer son effort, que du contraire, et pousse donc à la charrette. Il y a d’autres solutions mais elles ne sont guère plus réjouissantes : doubler les cotisations ou abandonner une équipe nationale à son triste sort Je doute que ces solutions plaisent davantage.

De quelles sommes parle-t-on exactement ?

On estime généralement que globalement, le hockey belge y récolterait entre un million et un million et demi, déduction faite des frais de fonctionnement des nouvelles entités fédérées. Cela permettra en outre de créer un peu d’emploi autour du hockey.

Le fait que la scission ait déjà été repoussée trois fois montre à tout le moins que le monde du hockey n’est pas très chaud…

Une première discussion avait eu lieu en 1979 sous l’ère de Maurice Fraikin. La question est revenue sur le tapis en 2000 et 2004. La dernière fois, il y avait 63 % de votes positifs, 3 % de trop peu (il faut les deux tiers). Curieusement, à l’époque, c’étaient les clubs anversois et néerlandophones qui avaient voté contre. Mais différents contacts avec les clubs me disent aujourd’hui que les mentalités ont évolué. Entre autres, les clubs flamands qui désirent recevoir des subsides pour bâtir un deuxième terrain doivent faire partie d’une fédération linguistique

Qu’est-ce qui va se passer concrètement au niveau des championnats ?

Rien de très spécial. Seule la D3 sera régionalisée en championnat, et pour les jeunes on va garder une ou deux divisions nationales. Les clubs choisiront samedi.

Quid des clubs bruxellois ?

Comme dans toute fédération sportive scindée, ils auront le choix. Cependant je ne crois pas que beaucoup choisiront le côté flamand, cela entraînerait beaucoup de chambardements dans leur administration : traduction des statuts, des communications officielles, du journal du club

Que vont devenir les clubs de la périphérie bruxelloise ?

Les deux clubs à problèmes (Baudouin et Linkebeek) ont la possibilité d’adhérer à la ligue francophone sans y être affiliés. Ils ne pourront seulement pas être membres effectifs, ce qui les privera du droit de vote aux assemblées générales.