évocation

R ien n'a, sans doute, davantage bouleversé le jeu que l'apparition des terrains synthétiques à la fin des années 70. C'est en 1980 que les premiers "Astroturf" sont inaugurés dans notre pays, l'un à Auderghem (utilisé par la Rasante) et l'autre à Woluwe-Saint-Pierre, antre de l'Orée. Il faudra cependant attendre 1988 pour voir la Rasante en construire un troisième, rue Sombre. C'est peu dire que le jeu change, mais cela ne bouleverse pas immédiatement la hiérarchie du championnat belge. Le regretté Michel De Saedeleer a eu beau arrêter, c'est la génération des Stoupel, Moraux, Miserque, Maroye et autre Urbain qui continuera à tenir le dessus du pavé. Hélas, cette génération dorée n'a pas vu le temps passer et lorsqu'elle se séparera, après un dernier titre en 1987 acquis avec une équipe de 33 ans de moyenne (!) elle ne laissera que des ruines. Deux ans plus tard, Uccle Sport culbutait en D2.

C'est la fin de l'hégémonie d'un club sur notre championnat. Depuis lors, pas moins de huit clubs en vingt ans se sont partagé les lauriers nationaux. Le Léo en revendique toujours la part... léonine (7) mais on assiste à l'émergence des clubs anversois avec cinq titres pour le Dragon, entre 1997 et 2003, et un pour l'Héraklès (1998) et l'Antwerp (2007). Après une courte période de domination du Baudouin (1993-95), deux clubs inscrivent aussi leur nom pour la première fois au palmarès, le White Star (1996) et le Waterloo Ducks (2006). Enfin, la Rasante, avec une équipe de rêve, remporte un titre brillant en 1990, un an avant d'être sabordée par un président mégalomane.

Au niveau de l'équipe nationale, c'est la quête du Graal qui commence. Les campagnes olympiques se soldent toutes par un échec, parfois de justesse comme à Auckland en 1991 ou, pire encore, à Madrid (2004) où la Belgique laisse échapper sa qualification à quatorze secondes de la fin et rate ensuite un stroke décisif. Mais parfois aussi largement, comme en 1996 à Barcelone avec une équipe décimée par les blessures, ou minée par les tensions internes comme en 2000 à Osaka.

Deux fois, en revanche, la Belgique se qualifie pour la Coupe du monde : en 1993 à Poznan - ah ! ce bruit inoubliable du dernier stroke malaisien qui s'échoua sur le piquet... - et en 2001 à Edimbourg. Hélas, ce sera deux fois pour faire de la figuration, tant à Sydney en 1994 où certains firent autant de tourisme que de hockey, qu'en 2002 à Kuala Lumpur où le coach sud-africain des Diables, Giles Bonnet, avait décidé de rebâtir une équipe sans souci des résultats.

Champions d'Europe

L'une des plus grandes satisfactions sportives est et restera le titre de champion d'Europe des moins de 16 ans, conquis par une génération talentueuse et enthousiaste, en 2004 à Millfield (Angleterre).

Que de chemin parcouru depuis les premiers pas du signataire de cet article dans le monde du hockey ! En 1980, les joueurs ne portaient pas de numéro sur les maillots - pour quoi faire, pensait-on à l'époque, tout le monde se connaît ici ! -, l'informatique était inexistante (c'est un autre grand disparu, Jean-Claude Materne, qui l'implanta à la Fédération au milieu des années 90) et les règles du jeu étaient complètement différentes : arrêt de la main sur pc, arrêt possible de la balle en hauteur, recul obligatoire de la moitié de l'équipe derrière la ligne centrale sur long corner, passes aériennes dans le cercle, hors-jeu... On en passe !

En ce qui concerne les dirigeants fédéraux, la stabilité prévaut à nouveau avec quatre présidents : Raymond Distave (1982-85), Robert Lycke (1985-1994), Jean-Claude Leclef (1994-2005) et Marc Coudron jusqu'à nos jours. "Outre le changement de surface de jeu, notre sport a connu d'autres adaptations très positives, analyse ce dernier. La suppression du hors-jeu, l'introduction des changements permanents sauf sur pc pour éviter que des joueurs ne s'entraînent qu'à cela, ce qui dénature l'esprit du jeu, ont été deux grandes modifications qui ont fait progresser le jeu. Le jeu doit se transformer, mais prenons garde à ne pas le faire muter, résume le président actuel. Quand je vois que l'on va jouer quatre quart-temps d'un quart d'heure lors de l'Euro Hockey League, je suis méfiant. Il faut rendre le hockey télévisuel, mais il y a des limites à ne pas franchir."

Le rôle de la fédération, il peut forcément en parler, lui qui a été à la fois président et joueur de haut niveau. "Elle doit organiser les championnats correctement, préserver les valeurs du hockey et amener les équipes nationales à percer internationalement. En tant que joueur, je n'ai jamais eu à me plaindre. Tout peut toujours être amélioré mais je n'aime pas ceux qui critiquent pour le plaisir."

L'évolution ? Elle ne l'effraie pas mais il faut mettre certains garde-fous. "Aujourd'hui nous avons 20 000 membres. C'est un chiffre sympa mais ce n'est pas un objectif en soi. Si dans trois ans nous sommes 35 000, beaucoup de ces nouveaux membres viendront de l'extérieur et ne connaîtront pas les valeurs du hockey. Tout le monde a un gros travail à faire en ce sens, à commencer le long du terrain avec l'éducation des parents : "Ce n'est qu'un match de hockey !" Bien sûr, la société devient de plus en plus individualiste et violente, et le hockey est un reflet de la société, mais tant que je serai président, je me battrai pour cela."

Avec 20 000 membres au compteur, une diffusion de plus en plus large et des résultats en hausse, l'ARBH, une des dernières fédérations sportives à être restée unitaire - les clubs ont repoussé deux fois une proposition de scission - fête son centenaire dans la liesse. Rarement aura-t-on vu un centenaire aussi vert et rempli de joie de vivre. Bon anniversaire !