Plongée au cœur d’une école de hockey dans la capitale indienne.

Il est huit heures du matin. Les chaussées de New Delhi ne sont pas encore congestionnées et le socle brumeux étouffe encore le quartier de Chakyapuri à l’ouest de la seconde ville la plus peuplée du monde (plus de 22 millions d’habitants). Derrière une pompe à essence se dessine un énorme terrain vague où cinq gamins manient des sticks en bois usés.

"Nous ne disposons pas de club house et tout le matériel nous est fourni par Mahesh", raconte Krishna, 17 ans. Le voilà justement qui accourt. Mahesh Dayal, fondateur de la Faith Hockey Club, entraîneur et éternel amoureux de la petite balle blanche.

"Nous avons peu de moyens, ne recevons quasi aucun subside. Depuis plus de 10 ans, je me bats pour faire vivre ce club avec mon enthousiasme mais surtout ma foi", clame ce membre du comité organisateur des compétitions domestiques.

Ancien joueur de haut niveau, Dayal n’a pourtant jamais pu s’imposer en sélection nationale. "C’est dommage, mais cela a surtout été une grande perte pour le hockey indien", blague cet inspecteur du ministère des Finances.

En désuétude

Sur le terrain d’à côté une vingtaine de jeunes gens courent derrière un ballon… de football, et une bonne dizaine s’entraînent au cricket un peu plus loin. "C’est triste, notre sport national tombe en désuétude, il n’a plus la cote auprès des jeunes. Le hockey n’est tout simplement plus à la mode", explique le trentenaire avec un regard consterné.

Pour expliquer ce fléchissement, un argument sociologique est avancé : "On assiste à une dissolution des classes moyennes. Les gens sont soit très riches, soit très pauvres. Or, l’équipement coûte très cher et se révèle impayable pour les plus démunis. Et les plus riches préfèrent, eux, majoritairement s’essayer à d’autres sports plus en vue comme le cricket, le badminton ou le tennis", poursuit celui qui se considère avant tout comme un éducateur.

Mais heureusement, il reste de jeunes passionnés pour le pratiquer. Ravi, Krishna ou encore Aadesh le chantent en cœur : "On préfère le hockey car c’est un sport international. Le cricket a beau être le sport numéo 1, il n’est pratiqué que dans quelques pays seulement."

Et pour certains d’entre eux, les entraînements portent leurs fruits. Deux parmi la petite troupe défendent les couleurs de l’Inde en équipes d’âges. Ravi et Lakhender jouent en U17 et U16 et leur rêve, "c’est d’un jour participer à la World League ou la Coupe du monde mais pas en tant que volontaire ou ball boys", sourient-ils. Car tous les jeunes qui déambulent dans les installations du Dhyan Chand Stadium les jours de match se trouvent être des protégés de Mahesh Dayal.

"Ne nous méprenons pas, aujourd’hui il n’y a pas grand monde à l’entraînement mais le dimanche nous sommes parfois 150", explique le boss en bombant le torse. Avant d’ajouter : "Ma motivation première, c’est de partager du temps avec ces gosses qui ne viennent pas de castes aisées. Au sein de mon club, il n’y a aucune obligation et tout est gratuit. Les adolescents viennent quand ils veulent."

De par sa double casquette : membre de la fédération indienne de hockey et animateur sur le terrain, Dayal pose un regard sévère, mais lucide sur le fonctionnement des hautes instances de son sport de prédilection. "Désormais, je suis assez satisfait de l’organisation interne, mais pendant trop longtemps j’ai pu voir au sein de la fédération des petits arrangements entre amis, des personnes incompétentes nommées à des postes clés, ou encore des budgets repartis inéquitablement. Tout cela a gangrené notre sport", siffle-t-il.

Mais loin de ces problématiques, Mahesh se focalise surtout sur une chose : "partager ma connaissance du jeu".

Et jusqu’ici, ça ne lui a pas trop mal réussi…