portrait

envoyé spécial à Bloemendaal

Il a perdu les jolies boucles blondes qui lui donnaient pendant tant d'années un air de chérubin et faisaient craquer toutes les hockeyettes, mais son talent demeure intact. A 31 ans, Teun de Nooijer n'a cependant pas disputé la finale de la Coupe des champions que son club de toujours, Bloemendaal, a organisé (à la perfection) pendant le week-end de Pentecôte. Il s'en est pour cela fallu de 7 secondes et d'un but encaissé de la part de Santi Freixa, l'autre vedette adulée de ce tournoi. Ce ne sont cependant pas les trophées qui manquent à son palmarès déjà bien garni, qui comprend six titres de champion de Hollande, 350 sélections en équipe néerlandaise (ce n'est juste pas un record, Jeroen Delmee, également toujours en activité, tient la corde avec 10 capes de plus), une participation à quatre Coupes du monde (dont une victoire à Utrecht en 1998, c'est d'ailleurs lui qui avait marqué le but en or décisif dans les prolongations), et à cinq championnats d'Europe, 14 saisons en Hoofdklasse néerlandaise... et trois titres de meilleur joueur du monde. Exc usez du peu.

Pourtant, Teun de Nooijer ne se donne nullement des allures de vedette. "Teun" dit-il, à la hollandaise, en nous serrant la main pour se présenter. Naturellement que nous le connaissons depuis le temps, mais bizarrement, de conférence de presse en match international, nous n'avions jamais eu l'occasion de le rencontrer entre quatre yeux. Accessible et souriant, à mille lieues du Hollandais arrogant et hautain qui fait parfois office de stéréotype en Belgique, il a pris tout son temps pour nous raconter sa carrière.

Histoire de strokes

"J'ai débuté en équipe de Hollande fin 1993, à 17ans. C'était super de fréquenter des stars mondiales comme van den Honert ou Bovelander. Juste un an plus tard, je disputais ma première Coupe du monde, à Sydney. Nous avons joué un tournoi fantastique, mais le Pakistan nous a battus en finale, aux strokes. Jeroen Delmee avait raté le sien. Cela l'a motivé à ne plus jamais le faire et lorsque nous avons gagné les Jeux d'Atlanta, il était bien là pour marquer" se souvient-il.

Quatorze ans au plus haut niveau néerlandais, pendant lesquels il a marqué bon an mal an quinze buts chaque saison. Faites le compte, cela fait un peu plus de 200 buts. "Mais pour l'instant, je joue surtout dans l'entrejeu, c'est ma place préférée. Je ne suis pas à proprement parler un attaquant de pointe. Et puis, c'est tout de même important dans le hockey moderne, je ne tire pas les pc !"

C'est vrai, pour cela à Bloemendaal il y a l'Allemand Christopher Zeller, l'un des meilleurs spécialistes mondiaux de la discipline, même s'il n'en a passé... qu'1 sur 9 à Cédric De Greve lors du match d'ouverture. Il a fait mieux depuis en surprenant... cinq fois le gardien français Julien Thamin le lendemain ! Et il a aussi été couronné meilleur buteur du championnat hollandais avec 47 roses, même s'il a décidé d'exercer son talent en D2 allemande la saison prochaine, à Cologne...

"J'ai encore un contrat jusqu'en 2010" nous rappelle ce garçon qui gagne chaque saison, selon les estimations, entre 80000 et 100 000 euros en pratiquant son sport favori - c'est un des secrets les mieux gardés de Hollande. "Après, on verra comment se sent mon corps. Je me sens toujours bien, j'ai juste eu un petit bobo cette saison qui m'a fait rater deux rencontres, mais cela peut évidemment arriver à tout le monde. Et puis, je me soigne aussi, sans que cela me pèse exagérément. Pour ce qui est de l'équipe nationale, le prochain objectif est évidemment les JO de Pékin en 2008. Je suis conscient que cela pourrait être mon dernier grand tournoi en équipe hollandaise, car je ne suis pas éternel, mais là non plus rien n'est encore décidé."

Teun de Nooijer est assez enthousiaste (comme beaucoup de monde, d'ailleurs !) à l'idée de la nouvelle formule de Coupe d'Europe concoctée par la FEH. "C'est une très bonne idée. Au lieu d'avoir un instantané qui récompense l'équipe en forme d'un week-end, la compétition s'étale désormais sur toute une saison et récompensera vraiment le meilleur. Et puis, nous ne serons plus obligés de jouer 4 matches en 4 jours, ce qui est tout de même éreintant. Sans compter que la télé va suivre les rencontres... C'est une amélioration à tous les points de vue."

Le paradis sur terre

Cela fait maintenant un quart de siècle environ que Teun de Nooijer fréquente les travées ombragées de Bloemendaal, le seul club qu'il ait jamais connu, au point de s'identifier littéralement à lui. Quand nous lui avons demandé ce qui le retenait ici, il nous a montré l'ensemble de la propriété d'un large geste de la main : "Regardez cet environnement. Il y a ici un bon joueur pour chaque poste, nous jouons le titre chaque année, l'ambiance du club est terrible, vous verrez cela quand les tribunes seront remplies tous les jours (et de fait ! Elles peuvent héberger 7 000 spectateurs), la nature est belle, il n'y a que de la verdure ici, où pourrait-on être mieux ?" La messe est dite, Bloemendaal c'est un peu le paradis des hockeyeurs. 11 titres nationaux en 22 ans, évidemment personne ne dit mieux. Qui aurait envie d'aller voir ailleurs ?

Nous avons demandé à Teun de Nooijer quel jour de sa vie de hockeyeur il choisirait de revivre s'il le pouvait. Il a réfléchi une trentaine de secondes. "Ca dépend si je pouvais simplement le revivre ou changer le scénario. Dans le premier cas, je choisirais le jour où nous avons gagné la Coupe du monde, à Utrecht en 1998. Dans le cas contraire, je reviendrais au dernier championnat d'Europe (Leipzig, 2005), l'un des plus sombres souvenirs de ma carrière. Nous étions champions à quatre minutes de la fin avant d'encaisser trois buts dans les dernières minutes contre les Espagnols." Comme quoi l'histoire repasse parfois les plats...

A son grand regret, Teun de Nooijer ne connaît pas bien le hockey belge. "Mais dites-moi, avouez qu'il est plus facile pour un Belge de suivre la compétition hollandaise à la télé que le contraire !" se défend-il à bon droit. "J'en ai des échos grâce aux Hollandais qui évoluent en Belgique, notamment mon ami Piet-Hein Geeris qui vient d'être champion avec l'Antwerp pour sa première année de coaching. Mais je n'ai pas le souvenir d'avoir un jour fait autre chose que gagner contre un club belge." Pari encore tenu cette année, même si ce ne fut que par le plus petit écart...

Quant au prochain championnat d'Europe, Teun de Nooijer n'y voit pas les Belges jouer les rôles principaux : "En dehors de la trilogie inévitable Allemagne-Espagne-Hollande, il faudra aussi compter avec les Anglais qui joueront à domicile. Ils seront très difficiles à battre" pronostique-t-il. "Il va falloir lutter sérieusement pour les trois places qualificatives aux JO."

Si non e vero...