Si la Belgique a vibré au rythme des coups de raquette de Justine et Kim ou des envolées de Tia, elle n’a d’yeux que pour les hommes dès qu’il s’agit de sport collectif. Combien d’amateurs connaissent le nom d’une footballeuse ou d’une hockeyeuse belge ? La part minime de visibilité dans les médias de ces dames, qui, tous les week-ends, se battent pour elles-mêmes d’abord, mais également pour faire évoluer leur discipline, est à la base d’un cercle vicieux.

"Cela s’explique par le manque de résultats , analyse Anne-Sophie Van Regemortel, hockeyeuse à l’Antwerp. Même s’il augmente, notre niveau sur la scène internationale n’est pas à la hauteur de celui des hommes. Donc il y a moins de public qui vient aux matches et moins de demande de la part du public pour retrouver le sport dans les médias. Quand nous réaliserons des performances de taille, j’espère que les médias seront plus derrière nous et que le public suivra. "

Même son de cloche de la part d’Audrey Demoustier, meilleure buteuse en division 1 de football sous la vareuse du Standard Femina. La joueuse insiste également sur le fait que son sport a beaucoup évolué et qu’il est souvent victime de la méconnaissance des gens et des préjugés : "Les gens se disent que regarder des filles jouer au football n’a pas d’intérêt. Mais ceux qui viennent nous voir pour la première fois sont à chaque fois très étonnés du niveau. Lors de notre dernière rencontre face à Anderlecht, Robert Waseige, qui était dans les tribunes, est venu nous trouver après le match. Il nous a confié qu’il ne s’attendait pas à nous voir jouer aussi bien. Même les médias ne connaissent pas vraiment notre niveau mais s’ils nous accordaient plus d’espace le public se déplacerait et constaterait que c’est du beau spectacle."

Ce manque de visibilité induit une certaine frustration chez les sportives. Mais si l’ego est en partie touché, c’est avant tout le tort fait à leur discipline qui exacerbe leur désappointement. "C’est vrai que c’est frustrant de voir toutes les semaines qu’il y a des pages entières consacrées aux matches des hommes alors que les fois où l’on parle de nous, cela prend trois lignes, déplore Anne-Sophie. On consent énormément d’efforts et c’est vrai que lorsqu’un reportage ou un article paraît, cela représente une énorme "boost" pour les joueuses. D’un point de vue personnel, ça motive mais on joue au hockey avant tout par amour. C’est surtout un "boost" pour tout notre sport. Le fait d’être plus exposé permet de voir plus de jeunes s’inscrire et donc contribuer au développement de notre discipline."

Si, en comparaison avec les hommes, l’assistance dans les rencontres féminines se révèle bien pauvre, là aussi, les sportives constatent une réelle évolution. "J’ai connu une époque où on jouait devant une vingtaine de spectateurs, alors que, cette année, nous avons atteint les 500 personnes lors du match face à Anderlecht." Audrey Demoustier tient également à pointer les efforts de la fédération, qui est allée s’inspirer du modèle suédois, pour élever le niveau national. L’idée d’une création d’une division d’élite, avec les six clubs majeurs de notre territoire, est d’ailleurs en gestation.

A bon entendeur