Michelin-Bridgestone: la guerre des gommes

La Formule 1 attendait cet instant depuis que Goodyear a tiré sa révérence fin 1998. Deux manufacturiers de pneumatiques, Michelin et Bridgestone, vont se retrouver face à face cette saison dans le Championnat du monde qui débute cette fin de semaine à Melbourne

La Formule 1 attendait cet instant depuis que Goodyear a tiré sa révérence fin 1998. Deux manufacturiers de pneumatiques, Michelin et Bridgestone, vont se retrouver face à face cette saison dans le Championnat du monde qui débute cette fin de semaine à Melbourne.

Avec l’arrivée de la firme de Clermont-Ferrand, un retour après un dernier titre mondial en 1984, la guerre des gommes va reprendre. Les performances des monoplaces y gagner. L’intérêt des courses aussi. Car des surprises sont attendues, tout du moins espérées.

Les interrogations vont également se multiplier au soir des qualifications, avant le départ de chaque Grand Prix, contrairement aux deux années précédentes, quand toutes les équipes étant fournies par le manufacturier japonais, les incertitudes se limitaient simplement à un choix, gommes tendres ou dures.

Ainsi, chacun dans le camp Bridgestone s’attend à voir les adversaires chaussés par Michelin, Williams-BMW notamment, mais aussi pourquoi pas Benetton-Renault, Jaguar et Prost, réussir cette année des «coups» sur certains circuits, dans certaines conditions. Comme en 1997 avec l’apparition de Bridgestone face à Goodyear, comme dans les années 1980 quand Pirelli était opposé à la firme américaine.

Pourtant, Pierre Dupasquier, directeur de la compétition de Michelin, se veut prudent, ne cachant pas la difficulté de la tâche de sa marque, un handicap important face à l’expérience de Bridgestone. Dimensions différentes, rainures, les pneus d’aujourd’hui n’ont plus rien à voir avec les Michelin qui régnaient lors de la saison 1984. «Notre pneumatique de 2000, avec les voitures de l’an passé, était moyen, de l’ordre de 1 sec à 1 sec 5 moins rapide que Ferrari, constate le technicien français. Aujourd’hui avec des voitures de 2001 que l’on ne connaît pas vraiment, des moteurs fragiles comme du verre lors des essais, on ne sait pas très bien où on se situe par rapport à notre concurrent».

«Néanmoins, on sera prêt à Melbourne... sur un terrain que l’on ne connaît pas», s’empresse d’ajouter Dupasquier. Durant les essais hivernaux, les pilotes utilisant les Michelin n’ont pas tari d’éloges sur les produits de la firme française. «Les pneus sont plus constants que les Bridgestone», remarquaient-ils. "Tout dépend des voitures,rectifie Pierre Dupasquier. Si l’aérodynamique de la voiture est bonne, le pneu fonctionnera, sera bon, performant. Et pour l’instant on ne sait pas vraiment».

«Comme on nous dit bons sous la pluie. Il faut relativiser,reprend-il. Oui, on n’est pas mal. Mais mieux que Bridgestone? Je ne sais pas. Il faut comparer dans des conditions semblables».

Au-delà de l’intérêt au niveau de la performance, la bataille des manufacturiers fait également peser une lourde incertitude au plan réglementaire. La Fédération internationale (FIA) exige que les rainures restent apparentes sur les pneus à l’arrivée. Combien de fois ont-ils été lisses l’an passé? Rien pour l’instant n’a encore été solutionné. Le flou demeure.

«Il y a eu une rencontre avec Bridgestone et Max Mosley à Monaco pour parler du règlement, savoir si vraiment les rainures doivent être encore présentes à l’arrivée sur les pneus. Cela fait déjà un long moment, dit Dupasquier. On nous a demandé de faire des propositions. Ce que l’on a fait. Et depuis, pas de réponse, plus rien. Ron Dennis a demandé des clarifications. Aujourd’hui, chacun s’interroge. On verra bien».

Le technicien fixe au 3e ou 4e Grand Prix européen pour savoir vraiment où se situe Michelin. «Nous et nos équipes», précise Dupasquier qui attend l’an prochain pour que les pneus français puissent exprimer totalement leurs qualités, après une saison d’apprentissage. Il se murmure cependant que Bridgestone pourrait décider d’arrêter rapidement la F1. Peut-être même dès la fin de 2001. «Si Bridgestone part à la fin de la saison, on sera désolé car nous n’aurons alors pas eu le temps de montrer nos compétences face à notre concurrent. Et ce serait dommage, répond Pierre Dupasquier. Je considèrerais alors que Bridgestone a préféré fuir, éviter la bataille. Toutefois, nous serions prêts à équiper tout le plateau la saison suivante».

(AFP)