Quel Fangio, ce Schumacher!

Cette fois, il n'a pas fondu en larmes devant le monde entier, comme à l'issue du Grand Prix d'Italie 2000, lorsqu'il avait égalé le nombre de victoires de Senna. L'émotion était pourtant perceptible dans les yeux du champion, qui voyait défiler ses quatre titres mondiaux précédents, ses 60 premières victoires et tous les autres moments forts, positifs ou négatifs, vécus en onze ans de F 1

St. L.
Quel Fangio, ce Schumacher!
©EPA

ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE STÉPHANE LÉMERET

MAGNY-COURS Cette fois, il n'a pas fondu en larmes devant le monde entier, comme à l'issue du Grand Prix d'Italie 2000, lorsqu'il avait égalé le nombre de victoires de Senna. L'émotion était pourtant perceptible dans les yeux du champion, qui voyait défiler ses quatre titres mondiaux précédents, ses 60 premières victoires et tous les autres moments forts, positifs ou négatifs, vécus en onze ans de F 1.

`Si j'ai pleuré sous mon casque? J'étais excité et ému ´, se contentera-t-il de dire, les yeux encore rougis par une joie profonde. `Désolé, je n'ai jamais été très fort pour exprimer ce que je ressens, ne m'en veuillez pas. Mais je pense que pour comprendre mon sentiment, qui est vraiment indescriptible, vous n'avez qu'à regarder la manière dont j'ai éclaté de joie une fois la ligne d'arrivée franchie.´

Balançant sa voiture dans tous les sens, exultant en levant les bras au ciel durant tout son tour d'honneur, escaladant sa monoplace pour mieux voir et se faire voir de sa cour... Ce titre, obtenu si tôt dans la saison (un nouveau record !), lui fait apparemment encore plus plaisir que les précédents. `On ne peut pas comparer, coupe-t-il tout de suite. Chaque titre est différent.´

Mais la question est sur toutes les lèvres: le fait d'égaler le légendaire record de Juan-Manuel Fangio lui apporte certainement une joie supplémentaire... `C'est un plus, bien sûr, répond-il en prenant l'air presque gêné. Mais je ne me sens pas très concerné par ce qu'à fait Fangio. Nos époques ne sont pas du tout les mêmes et je pense qu'il n'est pas approprié de comparer nos palmarès. Les choses sont tellement différentes aujourd'hui!´

L'autre grande question est bien sûr de savoir si Schumacher n'est pas lassé par toutes ces années au sommet. Aura-t-il encore la même motivation à l'avenir, maintenant qu'il a égalé le record le plus prestigieux de la Formule 1 ?

`Quand j'en aurai assez, je vous le dirai´, répond-il du tac au tac, un petit sourire narquois dans les yeux. `Maintenant, je vais vraiment pouvoir rouler pour le plaisir. Je l'avais déjà dit après mon titre 2000 mais tant que vous devez vous battre pour un championnat, vous ne pouvez profiter des plaisirs simples du pilotage et de la course. Dès le week-end prochain, en Allemagne, je ne serai là que pour me faire plaisir.´

Pourtant, le quintuple champion du monde (c'est la première fois que nous pouvons l'écrire sans les habituelles précautions d'usage!) avoue avoir déjà passé un week- end nivernais sans stress particulier.

`En fait, j'étais très relax car je ne pensais pas être titré ici et je n'ai donc pas pensé au championnat. J'ai juste fait une minuscule faute en mordant un peu trop la ligne blanche en sortant des stands, ce qui m'a valu une pénalité et obligé à me battre avec Kimi Raikkonen en fin de course. Honnêtement, je ne pensais pas pouvoir le dépasser. Mais en lui mettant la pression, j'espérais qu'il fasse une erreur... qui est survenue, même si ce n'est pas de sa faute. Il a fait une course fantastique: on ne pouvait pas voir l'huile sur la piste.´

Schumacher, une fois de plus, a donc été chanceux. Assurément la marque des plus grands champions de l'histoire!

© Les Sports 2002


Une course à son imahe Quelle course aurait pu mieux résumer les onze ans de carrière de Michael Schumacher, ses 5 titres mondiaux et ses 61 victoires? Ayant laissé une 5e pole d'affilée à Montoya pour 23 millièmes (Schumi devrait pourtant encore en décrocher 19 pour égaler Senna !), le `plus grand champion automobile de tous les temps´ (?) a réussi à prendre la tête une première fois en ravitaillant un peu plus tard que le Colombien. Mais les commissaires sportifs ont a nouveau `cherché la petite bête´ en lui imposant de repasser par les stands pour avoir mordu la ligne blanche à la sortie de ceux- ci. Une vacherie de plus dans la carrière de Schumacher, qui en a connu d'autres. C'est bien connu, en sport, on n'aime pas ceux qui dominent trop outrageusement! Pourtant, à la force du poignet, le pilote vedette de la Scuderia est parvenu à redépasser Montoya, avant de buter sur un Raikkonen en grande forme. Comme souvent, Schumacher a alors reçu un coup de pouce du destin et a su en profiter, à la manière forte! Glissant sur l'huile laissée par le moteur de la Toyota de McNish, Raik- konen ne put, en effet, prendre le virage d'Adélaïde correctement et Schumi en profita pour reprendre la tête, en dépit des drapeaux jaunes agités. Une manoeuvre limite réglementairement mais qui résume à merveille le style culotté qu'il a su imposer en F 1. Est-ce un bien, un mal? C'est ainsi! © Les Sports 2002

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