Ralf n'est pas né sous la même étoile

Pourquoi donc la bonne fée ne s'est-elle penchée que sur le berceau de Michael? Déjà jaloux de son grand frère alors qu'il était enfant, Ralf doit être encore plus envieux aujourd'hui en regardant le glorieux palmarès en F 1 de son frangin à qui tout réussi.

Olivier de Wilde

Pourquoi donc la bonne fée ne s'est-elle penchée que sur le berceau de Michael? Déjà jaloux de son grand frère alors qu'il était enfant, Ralf doit être encore plus envieux aujourd'hui en regardant le glorieux palmarès en F 1 de son frangin à qui tout réussi. Pas facile d'être au guichet quand celui qui partageait votre chambre est directeur de la banque, ou d'être croupier au casino quand celui qui a longtemps été votre exemple décroche le jackpot tous les quinze jours; des situations vécues dans des millions de familles, mais, quand votre frère est six fois champion du monde, que vous faites le même métier que lui, que vous partagez la même passion et que c'est lui qui vous bat régulièrement, le manque de succès (six seulement en 7 saisons et demi) doit être plus dur encore à digérer.

Dans la famille Schumacher, il y a donc Michael, le champion, le souriant, le pilote Ferrari, le sportif le mieux payé du monde, mari fidèle et bon père de deux enfants et puis il y a le petit Ralf, le vilain petit canard qui a suivi la trajectoire de son grand frère et qui dut sans doute plus au départ son ascension en F 1 à son nom qu'à son palmarès. Moins doué déjà que Fisichella chez Jordan, il a néanmoins suscité l'intérêt de Williams; enfin, plutôt du motoriste allemand BMW dans l'incapacité de se payer Michael. Mais, aujourd'hui, son écurie n'est plus satisfaite des résultats en dents de scie de Monsieur Frère qui, depuis son accident lors d'essais à Monza en septembre dernier, n'a plus ramené que 17 points à son team pour plus du triple à son équipier et ennemi juré, Montoya, ne ratant pas une occasion de le diminuer. Dès lors, le manager familial Willie Weber lui aurait arrangé un bon repli chez Toyota. Une écurie plus allemande que japonaise où il risque de gagner beaucoup de sous, mais peu de GP même si Mike Gascoygne (ex-Renault) devra bientôt justifier un salaire de plus de 25000 euros par jour.

Mais en attendant, Schumi II, qui ne sera sans doute jamais champion du monde et est de plus en plus souvent montré du doigt (rappelez-vous les accrochages de Bahreïn et de Monaco), espère encore glaner l'une ou l'autre victoire. En pole dimanche dernier, il pensait enfin vaincre le signe canadien et ne voyait pas du tout son frère gagner depuis la 6e place sur la grille. Et pourtant, Ralf a reçu une nouvelle gifle. Une double paire de baffes même puisqu'après avoir vu monter sur la plus haute marche du podium un parent avec lequel il ne s'entend plus, il a été disqualifié et a perdu sa 2e place pour non conformité de ses écopes de freins.

«Je n'étais déjà pas franchement heureux en descendant du podium, mais, là, ce fut le bouquet ! Frank (Williams) m'a téléphoné pour s'excuser, raconte un Ralf bougon. C'était bien la moindre des choses. Après un début de saison catastrophique où j'ai subi la méchanceté de certains, la pression d'autres et pris pas mal de coups sur la tête, je pensais enfin voir la lueur au bout du tunnel. Et voilà maintenant qu'il y a cette infraction. Qu'ai-je fait pour mériter cela? Enfin, ce mauvais épisode est derrière nous. Je vais essayer de soulager cette douleur au plus vite, même si Indianapolis m'a rarement porté chance.»

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