Schumacher mérite bien un 9/10

Cette nouvelle victoire de Schumacher ne souffre aucune critique en tant que telle mais l'expression «no risk, no fun » a de quoi énerver les amateurs de spectacle. Et lorsqu'on lui demande quand il compte dépasser un adversaire sur la piste, le futur septuple champion du monde préfère faire semblant de ne pas comprendre la question. Dommage, il aurait pu tout simplement répondre que ce n'est pas lui qui fait le règlement et que celui-ci incite davantage à gagner grâce à ce genre de tactique que suite à une action osée sur la piste.

ENVOYÉ SPÉCIAL Stéphane Lémeret
Schumacher mérite bien un 9/10
©AP

Une fois de plus, ceux qui n'ont pas suivi la Formule 1 de près ce week-end concluront que Ferrari et Michael Schumacher dominent outrageusement la F 1. Avec neuf victoires sur dix Grands Prix, il y a de quoi être bluffé! Pourtant, il y eut une vraie bagarre dans la Nièvre, Fernando Alonso et Renault offrant une réplique convaincante. Parti en pole avec le sextuple champion du mon- de à ses côtés, l'Espagnol a gardé l'avantage au départ. Les choses semblaient très bien parties pour lui lorsqu'on vit Schumi s'arrêter le premier pour ravitailler, trois tours avant la Renault.

Avec quatre secondes d'avance après ces premiers arrêts, Alonso semblait bien parti pour l'emporter. C'est d'ailleurs ce que s'est dit la Scuderia Ferrari, qui changea de tactique en cours de route. Effectuant un second arrêt express, Schumacher put aligner des temps exceptionnels avec une voiture légère et des pneus neufs, tandis qu'Alonso se débattait avec des gommes usées. Trois tours qui suffirent à inverser la tendance, Schumacher prenant la tête après l'arrêt de la Renault. Mais la course était loin d'être jouée pour autant. Ce pitstop très court obligeait, en effet, le pilote Ferrari à s'arrêter encore deux fois, tandis qu'Alonso pouvait se contenter d'un seul passage supplémentaire par les stands. Mais la différence de vitesse entre une Renault fort chargée et une Ferrari légère comme le coeur des tifosi était telle que Schumacher parvint à se ménager une avance suffisante pour pouvoir s'arrêter quatre fois sans devoir laisser repasser Alonso.

Une superbe victoire tactique... qui laisse évidemment les amateurs de belles bagarres roues contre roues sur leur faim. Difficile, dès lors, de se réjouir avec le vainqueur lorsque celui-ci affirme fièrement: «Pas de risques, pas de plaisir!» Evidemment, s'il prend plus de plaisir à dépasser ses adversaires dans les stands que sur la piste, c'est son droit. Mais de là à affirmer qu'il a pris des risques avec cette tactique, c'est gonflé! D'autant plus que Rubens Barrichello a prouvé, en passant Trulli dans l'avant-dernier virage de la course, qu'une Ferrari était tout à fait capable de dépasser une Renault hier.

Cette nouvelle victoire de Schumacher ne souffre aucune critique en tant que telle mais l'expression «no risk, no fun » a de quoi énerver les amateurs de spectacle. Et lorsqu'on lui demande quand il compte dépasser un adversaire sur la piste, le futur septuple champion du monde préfère faire semblant de ne pas comprendre la question. Dommage, il aurait pu tout simplement répondre que ce n'est pas lui qui fait le règlement et que celui-ci incite davantage à gagner grâce à ce genre de tactique que suite à une action osée sur la piste. Sa brillante victoire n'en aurait pas eu moins d'impact. Que du contraire, même, au moment où la FIA est en train de réfléchir à la meilleure manière d'améliorer son show!

© Les Sports 2004