Avec une Flèche dans le dos

Question à deux cents: devinez qui a remporté, ce dimanche, le GP d'Angleterre, 11e manche du Championnat du Mon- de de Formule 1 ? Facile. Michael Schumacher, bien sûr ! Gagné, même si cela ne vous rapportera pas grand-chose auprès des bookmakers britanniques. Une 80e victoire, la 10e en 11 courses cette saison, lui permettant de déjà atteindre les 100 points. Un brillant succès une fois encore très stratégique.

O. d.W.
Avec une Flèche dans le dos
©AP

Question à deux cents: devinez qui a remporté, ce dimanche, le GP d'Angleterre, 11e manche du Championnat du Mon- de de Formule 1 ? Facile. Michael Schumacher, bien sûr ! Gagné, même si cela ne vous rapportera pas grand-chose auprès des bookmakers britanniques. Une 80e victoire, la 10e en 11 courses cette saison, lui permettant de déjà atteindre les 100 points. Un brillant succès une fois encore très stratégique. A Magny-Cours voici une semaine, l'Allemand s'était imposé en effectuant un arrêt de plus que tout le monde. Ce coup-ci, le pilote Ferrari a réédité cet exploit en ravitaillant une fois de moins que ses principaux rivaux. Du grand art même si, comme le rappelait David Coulthard, il est aisé de toujours opter pour la bonne tactique quand votre monoplace est aussi supérieure à la concurrence.

«C'est vraiment phénoménal», s'exclamait le Baron rouge après avoir franchi un pas supplémentaire dans la conquête de son 7e titre mondial. «Notre plan a fonctionné mieux que prévu. En fait, je ne pensais pas me retrouver en tête aussi tôt.»

Quatrième sur la grille et lors des premières boucles, l'incontestable n°1 de la discipline hérita du leadership au 11e tour, au moment où le poleman Kimi Raikkonen dut rentrer pour son premier pit-stop. Et le trafic rencontré par le Finlandais, bloqué derrière deux Minardi et surtout la BAR-Honda de Sato, facilita la tâche du ténor de la Scuderia conservant l'avantage après son 1er ravitaillement. «Une fois mes pneus Bridgestone à bonne température, le comportement de ma monoplace était idéal. J'ai ainsi pu aligner trois super- tours avant de rentrer au stand. Mais je ne m'attendais néanmoins pas à rester devant.»

«La chance que Da Matta

et Klien aient fait tampons»

On pensa la messe dite en ne voyant rentrer la Ferrari de pointe qu'à l'issue du 37e tour, soit neuf rondes après la McLaren-Mercedes de Raikkonen. A ce moment, on comprit que la lutte se déroulant sous nos yeux n'était que virtuelle. Séparés à cet instant par moins d'une seconde, toujours à l'avantage du pilote de la Scuderia, les deux hommes étaient, en effet, sur deux stratégies différentes. Plus léger, le Finlandais devait encore s'arrêter une fois, tandis que Schumi, le réservoir bien chargé, pouvait aller jusqu'au bout sans s'inquiéter.

Mais la violente sortie de Trulli entraînant l'entrée en piste au 40e tour de la voiture de sécurité relança quelque peu le suspense en autorisant tous les poursuivants à ravitailler sans perdre de temps. «C'est la course, estimait Michael. Cet incident a joué en faveur de mes adversaires même si j'ai eu de la chance que deux monoplaces fassent tampons entre Kimi et moi. La safety car roulait tellement lentement que je n'ai pu bien chauffer mes pneus et au moment de la relance heureusement que j'avais quelques longueurs d'avance pour résister au retour de la McLaren car vous avez pu voir lors du départ comme les Michelin étaient plus performants sur le premier tour.»

Mais finalement, malgré le départ en flèche de Raikkonen et le retour dans son dos d'une cavalerie d'Indiens relancés par le scalp de Trulli, Buffalo Schumacher, encore une fois le mieux armé et le plus fin stratège, a encore gagné la bataille sur la plaine de Silverstone. Et, à moins d'être fait prisonnier, il remportera bientôt la guerre de 2004. Tant qu'à faire (et affaires!), à Francorchamps, ce serait parfait... N'est-ce pas monsieur Defourny?

© Les Sports 2004


Bravo Michael! Depuis qu'il a été sifflé et hué à l'issue de son succès volé au GP d'Autriche 2002, Michael Schumacher n'aime plus trop venir en conférence de presse après une cour- se. Car le sextuple champion du monde sait qu'il n'entendra des applaudissements nourris que s'il est battu. Ses succès ont tendance à lasser. La loi du plus fort agace et tue le suspense. Le silence suivant l'entrée du grand vainqueur, hier, dans la salle d'interview avait cependant quelque chose d'injuste. Une frustration se lisant sur le visage de Schumi. Hormis son tête-à-queue volontaire de la veille (lire ci-contre), on ne pouvait rien lui reprocher. Même s'il n'a doublé personne en piste, sa tactique comme sa prestation en course furent une nouvelle fois parfaites. Et sans les interventions de Trulli et de la voiture de sécurité, il se serait encore imposé avec un boulevard d'avance. Chapeau bas donc monsieur Schumacher. Un sans- faute pour une 80e victoire à 100 points. A ce rythme-là, le pilote Ferrari sera virtuellement champion en Hongrie, dès que Jenson Button, déjà 47 points derrière, ne pourra plus le rattraper. Et mathématiquement un peu plus tard. Car, au vu de ce qu'il s'est encore passé ce week-end avec un Rubens Barrichello (relégué à 27 unités) optant encore pour la mauvaise stratégie, il ne fait plus aucun doute qu'il n'y aura pas match entre les deux pilotes Ferrari.