«Je continue à gagner... du plaisir!»

Même s'il les a presque tous battus, Michael Schumacher ne continue pas à rouler pour établir de nouveaux records. De toute façon, ce n'est pas demain la veille qu'un autre pilote de F 1 décrochera sept titres mondiaux.

Olivier de Wilde

Même s'il les a presque tous battus, Michael Schumacher ne continue pas à rouler pour établir de nouveaux records. De toute façon, ce n'est pas demain la veille qu'un autre pilote de F 1 décrochera sept titres mondiaux. Même si son manager prétend qu'il connaît l'état de ses comptes en banque à un euro près, le multi-millionnaire allemand ne court plus non plus après l'argent. Il en a déjà gagné assez pour multiplier les chèques aux oeuvres caritatives et assurer l'avenir doré de sa famille pendant plusieurs générations. Mais alors qu'à 36 ans il est devenu le doyen de la F 1, qu'est-ce qui le fait encore risquer sa vie aujourd'hui un week-end sur deux? Pourquoi ne pas se retirer tant qu'il est au sommet de sa gloire? Pourquoi, après avoir tout prouvé, continuer à rouler à plus de 300 km/h?

«Pourquoi pas? s'exclame Schumi. Simplement parce que c'est ce que je préfère dans la vie. Je me sens bien avec quatre roues autour de moi, lancé à pleine vitesse sur un circuit. En outre, j'adore la compétition. Est-ce que le type qui a réussi dans les affaires, a monté sa société et empoché des millions devrait arrêter à 36 ans parce qu'il n'a plus rien à gagner? Il y a toujours au moins du plaisir à gagner.»

Statistiquement, vous allez bientôt perdre...

Arrêtez! D'abord, ma motivation n'est pas directement liée au succès. Bien sûr, il est agréable de savourer une victoire, mais ce qui m'attire par dessus tout dans ce sport, ce sont les duels. J'ai eu la chance tout au long de ma carrière d'avoir les moyens matériels de me battre avec les meilleurs. Dans ce cas-là, vous pouvez accepter plus facilement la défaite. Quand je suis battu, je ne rumine jamais. J'essaye de comprendre pourquoi, d'en tirer du positif pour encore m'améliorer. La course suivante est toujours pour moi la plus importante.

Vous ne raccrocherez donc pas le jour où vous ne gagnerez plus?

Vous semblez oublier que par le passé, entre 1996 et 2000, j'ai dû accepter la loi de Villeneuve et de Hakkinen. J'ai souvent été battu et je ne me suis pas découragé pour autant.

Quelle est la recette pour arriver au top et y rester aussi longtemps?

Il faut du talent, c'est évident. C'est le cas dans tous les sports. Mais ce n'est pas tout. Deux autres éléments capitaux sont nécessaires: il faut se consacrer à 100pc à son sport et avoir une discipline et une hygiène de vie exemplaires. Depuis plus de 20 ans, je pense tous les jours au sport auto, même quand je ne suis pas dans une monoplace. Et ce n'est pas une corvée. Je le fais volontiers. Généralement, quand vous aimez votre travail, vous le faites bien. Enfin, il faut aussi une dose de chance. Mais la chance, cela se provoque.

Votre famille joue aussi un rôle important dans votre équilibre et votre succès?

Tout à fait! Je pense même que la plupart sous-estiment l'importance de la famille dans notre métier. Il est primordial d'avoir un environnement où vous pouvez retrouver la quiétude après un week-end de course, où vous pouvez être vous-même dans les moments difficiles, sans caméra ni micro. Corinna et les enfants m'entourent parfaitement et me donnent toute l'énergie dont j'ai besoin. Dès qu'ils sentent que je vais trop loin, ils tirent la sonnette d'alarme.

Comment appréhendez-vous cette saison 2005 qui démarre?

McLaren et Renault seront forts.

Et Ferrari?

Nous devrions toujours nous battre devant. Peut-être pas tout à fait devant, mais pas loin. La saison sera longue. Il faudra être fiable et régulier.

Fernando Alonso a déclaré qu'il tenait absolument à devenir champion du monde tant que vous étiez encore là. Ce genre de déclaration est-elle de nature à vous motiver plus encore?

Non. Je considère cela plutôt comme un compliment mais je n'ai pas besoin des discours des autres pour me motiver.

Finalement, les changements de règlements sont-ils favorables ou non à votre écurie?

Le règlement est le même pour tout le monde. Il n'y a pas de règles pour ou contre Ferrari. On pourrait bien sûr penser qu'une redistribution des cartes est destinée à enrayer la domination d'un seul team. Ce sera peut-être le cas même si, pour moi, les meilleurs resteront toujours les meilleurs, quel que soit le règlement. A mon avis, la saison s'annonce effectivement plus difficile que les précédentes, mais ce nouveau challenge m'excite. En fait, j'adore les nouveaux défis.

Les nouvelles règles rendent les monoplaces plus lentes. Cela ne doit pas être gai pour un pilote de F 1 dont le but est d'aller le plus vite possible...

Si, justement. Notre but est d'aller le plus vite possible compte tenu d'un certain règlement, pas en vitesse absolue car sinon on ferait du dragster ou j'irais au Mans où l'on flirte avec les 400 km/h en ligne droite. Avec l'ancien règlement, nous avions tellement d'appui et de «grip» que nous pouvions passer les virages rapides pied au plancher en fermant les yeux. Désormais, il faudra les garder bien ouverts. Le pilotage va reprendre ses droits, les meilleurs vont de nouveau faire la différence car il va falloir doser. Pour moi, plus c'est compliqué, mieux c'est...

© Les Sports 2005