Les pneus, encore les pneus

Devinez quel était le principal sujet de conversation, hier, dans le paddock de Montréal? Les pneumatiques, évidemment. Ici plus qu'ailleurs, au-delà de la bagarre entre Bridgestone, toujours à la traîne sur un tour de qualification, et Michelin, le choix des gommes s'avérera déterminant. Et sans doute cornélien en raison du «réasphaltage» complet de la piste, ce qui n'avait plus été fait depuis dix ans.

Les pneus, encore les pneus
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OLIVIER DE WILDE

ENVOYÉ SPÉCIAL à MONTRÉAL

Devinez quel était le principal sujet de conversation, hier, dans le paddock de Montréal? Les pneumatiques, évidemment. Ici plus qu'ailleurs, au-delà de la bagarre entre Bridgestone, toujours à la traîne sur un tour de qualification, et Michelin, le choix des gommes s'avérera déterminant. Et sans doute cornélien en raison du «réasphaltage» complet de la piste, ce qui n'avait plus été fait depuis dix ans. Tout essai étant interdit et impossible sur ce tracé urbain, pilotes et manufacturiers vont se lancer dans l'inconnu ce matin (cet après-midi pour vous avec les six heures de décalage) : «Nous pourrions être confrontés à des situations très étranges, avec une surface très glissante, car il n'y a pas eu de circulation sur le circuit depuis son «resurfaçage» hormis à vélo, en patins ou en bus,» expliquait hier Pierre Dupasquier, responsable de la compétition chez Michelin.

«Une vraie patinoire»

«Ça va être une sacrée patinoire,» se marrait d'avance l'équilibriste Jacques Villeneuve, se souvenant sans doute des glissades dignes d'un rallyman effectuées ici par la Ferrari de son père Gilles, l'homme ayant donné son nom à ce circuit. «Il risque d'y avoir des surprises. A Barcelone, cet hiver, ils ont changé l'asphalte et le premier jour on tournait à 20 secondes des temps.»

A priori, pas franchement une bonne nouvelle pour les «Bridg» de Michael Schumacher dont les gommes ont déjà pas mal de difficultés à monter en température. Ni pour le public, déjà très nombreux hier, qui devra sans doute attendre que les sans-grades nettoient la trajectoire avant de voir les cadors.

Mais si on parlait beaucoup de pneus au Canada, c'est aussi en raison du bris de suspension (consécutif à un plat) ayant coûté la victoire à Kimi Raikkonen voici deux semaines au Nürburgring. Un sérieux accident à l'issue duquel la FIA a rappelé dans un communiqué que les pilotes pouvaient et devaient changer de pneus si l'un d'entre eux était crevé ou présentait une usure anormale pouvant causer un danger.

Mais où mettre la limite et comment éviter les abus? A partir de quel moment pénaliser un pilote qui désormais effectuera un changement de roue après un plat? Et si l'on autorise cela, comment ne pas tenter certains petits malins de contourner le règlement en effectuant volontairement de trop gros freinages afin de disposer de nouvelles gommes? Fidèle à ses habitudes, Paul Stoddart en a en tout cas profité pour jeter un nouveau pavé dans la mare: «Ce qui s'est passé au Nürburgring était tout à fait prévisible. Il n'y a pas eu de mort ou de blessé cette fois-ci, mais si cela arrive, la FIA devra en assumer l'entière responsabilité», a indiqué l'Australien qui, rappelons-le, est équipé de... Bridgestone handicapés par la nouvelle donne. «Que la FIA prétende que la nouvelle réglementation sur les pneus augmente la sécurité est un non-sens. Il faut changer ce règlement.»

Manufacturier unique?

Ce n'est toutefois pas l'avis de tout le monde: «On n'éliminera jamais totalement le danger de la course auto,» résumait Pat Symonds, directeur technique de Renault. «Heureusement, car il constitue, il faut bien l'avouer, une part de son attrait.»

Le mot de la fin et la solution étant proposés par Flavio Briatore: «On parle beaucoup trop de pneus cette année et pas assez de voitures. Je trouve que la FIA devrait imposer un manufacturier unique. Cela réglerait tous les problèmes de sécurité, de coûts, d'usure.»

Et de non-compétitivité des Ferrari dont Bridgestone possède toutefois -tout comme Michelin- des engagements à long terme en F 1. Et on voit mal comment Max Mosley et la FIA pourraient passer outre. Même dans l'intérêt du sport...

© Les Sports 2005