Michelin a dégommé la Formule 1

Malgré les nombreuses réunions de crise menées jusque sur la grille de départ de ce 10e rendez-vous de la saison de F 1, aucune solution, aucun compromis de dernière minute n'a pu être trouvé dans la malheureuse affaire Michelin: Et l'inimaginable s'est produit. L'annulation du Grand Prix ? Non, pas du tout, elle aurait pénalisé Ferrari et les deux autres écuries chaussées par Bridgestone proposant des gommes adaptées aux exigences du circuit américain.Toute la F1 sur lalibre.be

Michelin a dégommé la Formule 1
©AP
O. d.W.

Malgré les nombreuses réunions de crise menées jusque sur la grille de départ de ce 10e rendez-vous de la saison de F 1, aucune solution, aucun compromis de dernière minute n'a pu être trouvé dans la malheureuse affaire Michelin: Et l'inimaginable s'est produit. L'annulation du Grand Prix ? Non, pas du tout, elle aurait pénalisé Ferrari et les deux autres écuries chaussées par Bridgestone proposant des gommes adaptées aux exigences du circuit américain.

Non, c'est un scénario beaucoup plus inédit et grotesque que la F 1 nous a proposé hier soir avec les 14 pilotes chaussés de dangereux pneus Michelin (le manufacturier français avait lui-même déconseillé à ses clients de prendre le départ du Grand Prix) se présentant avec un peu de retard sur la grille pour ne finalement effectuer que le tour de formation.

C'est ainsi qu'on vit les Toyota, pour la première fois en pole avec Trulli, mais aussi McLaren, Renault, BAR, Red Bull, Williams et Sauber rentrer toutes ensemble dans la pitlane pour abandonner. Ordre de la direction répondit-on aux plus intrépides qui, à l'instar de David Coulthard ou Kimi Raikkonen, auraient souhaité prendre le risque d'imiter Ralf Schumacher, percutant le mur vendredi à près de 300 km/h suite à l'explosion d'un pneumatique français dans le banking.

«Bien sûr que c'est désolant, regrettait Flavio Briatore, directeur sportif de Renault. Mais la sécurité de mes pilotes passe avant tout. A partir du moment où Michelin ne nous garantissait pas de rouler sans risque d'explosion et nous recommandait même de ne pas nous aligner, je n'ai pas hésité une seconde. Je refuse de prendre une telle responsabilité.»

Des images surréalistes pour un Grand Prix vraiment ridicule au départ duquel on retrouva donc seulement les deux Ferrari ainsi que les deux autres représentants de Bridgestone, Jordan et Minardi, abonnées aux fonds de grille.

Sous les huées du public

Déjà floué voici deux ans par la victoire chiquée de Rubens Barrichello maladroitement offerte à même la ligne par son équipier Michael Schumacher, le public américain habitué à voir les pilotes prendre beaucoup de risques et pas franchement averti de la situation se demandait vraiment à quel mauvais film il était venu assister. Les huées de 100.000 fans déjà peu convaincus à l'origine de la course à l'européenne couvraient le bruit des six V 10. Pouces vers le bas, sifflements, mines déconfites, les spectateurs quittèrent le temple d'Indy, la plupart prématurément, fortement déçus, certains, très fâchés, jetant même des bouteilles sur la piste.

On ne les y reprendra plus. Et l'on peut franchement douter du retour de la F 1 en 2006 à Indianapolis...

Chez nous, la plupart des amateurs de Formule 1 ont aussi zappé très tôt, l'inévitable doublé Ferrari n'ayant plus aucun intérêt. Tout ce gâchis alors que la F 1 regagnait justement en crédibilité et que la lutte entre Alonso et Raikkonen commençait à passionner de plus en plus de monde. Pas de doute, l'erreur incommensurable de Michelin a porté un énorme préjudice à la formule reine.

Seul point positif, ce déplorable épisode aura au moins permis à Michael Schumacher et Ferrari de se relancer quelque peu dans la course aux titres. Mais même Bridgestone n'espérait sans doute pas prendre une aussi cruelle revanche face à Michelin.

© La Libre Belgique 2005