Alonso, le roi devenu prince

Fernando Alonso est un champion du grand monde. Deux semaines après avoir été félicité par le roi d'Espagne sur la plus haute marche du podium de Barcelone, le Matador a reçu hier la coupe du vainqueur des mains de son altesse sérénissime le prince Albert de Monaco. Grand-Prix de Monaco

Olivier de Wilde

ENVOYÉ SPÉCIAL EN PRINCIPAUTÉ OLIVIER de WILDE

Fernando Alonso est un champion du grand monde. Deux semaines après avoir été félicité par le roi d'Espagne sur la plus haute marche du podium de Barcelone, le Matador a reçu hier la coupe du vainqueur des mains de son altesse sérénissime le prince Albert de Monaco. Un moment d'autant plus émouvant pour le jeune pilote Renault que ce 12 éme succès était son premier en Principauté. Et qu'il le dédia à Edouard Michelin, décédé vendredi dernier suite au naufrage de son bateau de pêche au large des côtes de Bretagne. Une cérémonie d'arrivée sobre. Sans effusion de joie ni de champagne. Pour le leader du Mondial rejoint dans la loge princière par un Briatore nettement moins réservé, le bonheur était intérieur. Il l'exprima quelques minutes plus tard. «Il est difficile pour moi d'être plus heureux que lors de ma victoire chez moi, voici quinze jours devant les aficionados,» avoua le jeune homme aux gros sourcils foncés. «Mais un succès à Monaco, la course la plus populaire au monde, représente aussi quelque chose de très spécial que je mettrai sans doute un peu plus longtemps à savourer, à juger la portée.» Les commissaires sportifs lui rendant très tard samedi la pole honteusement volée par son rival Schumacher, le Matador s'élança pour la 12 éme fois de sa carrière devant toute la meute. «Un avantage évident sur ce circuit où il est quasi impossible de dépasser,» confirmait un Nano qui donna longtemps l'impression de bouchonner Raikkonen auteur dans le 2 éme tour d'un superbe dépassement sur l'Australien Webber. «Kimi a maintenu la pression jusqu'à son abandon. Ce fut une belle bataille même si je ne poussais pas trop fort en fait. Après la mésaventure de l'an dernier, j'avais décidé de préserver mes pneus arrière, surtout en début de relais car nous étions moins à l'aise que nos concurrents à ce niveau-là. Je voulais garder de la gomme pour les moments décisifs, lors des phases de ravitaillements.»

La bonne fée d'Alonso

Un premier arrêt plus court de deux secondes lui permit de conserver un mince avantage sur le Finlandais. On pouvait toutefois s'inquiéter pour son sort lors du 2 éme arrêt, sans doute avant la McLaren plus chargée en carburant, lorsque la bonne fée veillant sur un Ibère décidément aussi chanceux qu'audacieux fit disparaître d'un coup de baguette magique ses deux principaux rivaux en l'absence d'un Schumi puni pour sa pitoyable mise en scène de la veille. Entrée en piste au 48e tour pour dégager la Williams en feu d'un Webber poussant peut-être un peu trop sur son champignon Cosworth, la voiture de sécurité fit parfaitement le jeu de l'Espagnol, les deux leaders étant dès lors contraints de repasser en même temps par la pitlane. Puis, deux tours plus tard, la McLaren-Mercedes d'un Raikkonen bien maudit partait à nouveau en fumée. «Avec quelques attardés que je remercie entre ma monoplace et la voiture de Montoya, je me suis dès lors retrouvé avec une avance d'une dizaine de secondes dès la relance. Je n'avais plus qu'à gérer tranquillement cela.» Tout cela sans jamais devoir se soucier du retour d'un Michael Schumacher parti depuis les stands: «Je ne m'intéressais pas plus à ses chronos qu'à ceux de Monteiro ou d'Albers,» lança-t-il. «S'il est remonté 5 éme c'est uniquement grâce à de nombreux abandons.» Et toc! Fernando considère-t-il que la sanction infligée à son principal rival au championnat était justifiée? «Je préfère n'émettre aucun commentaire à ce propos. J'ai mon opinion et je préfère ne pas la donner ici...» Une preuve supplémentaire que même s'il n'aura jamais le palmarès de Schumacher, Alonso peut devenir un plus grand champion que l'Allemand.

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