Piégé par la voiture de sécurité

Quel Grand Prix à nouveau ! Trois semaines après la course de folie de Budapest et le premier succès de Jenson Button, les ténors de la F1 nous ont encore offert du très grand spectacle hier à Istanbul. Avec cette fois une première victoire à la clé pour le jeune et sympathique Felipe Massa. Un grand jour pour le petit Brésilien déjà auteur samedi de sa première pole.

Olivier de Wilde

Les classements

ISTANBUL Tout avait pourtant parfaitement bien commencé pour les Rouges, en première ligne avec, pour la toute première fois, le jeune Felipe Massa devant son chef de file Michael Schumacher. Même si elles s'élançaient juste derrière, les Renault étaient loin. A une seconde environ sur un tour rapide. La faute à des Michelin appréciant toujours un peu moins les fortes chaleurs (plus de 50 degrés sur la piste) mais aussi à l'absence sur les R26 de ces fameux absorbeurs de vibrations dont l'interdiction a été confirmée par la FIA.

En embarquant moins de carburant que leurs principaux rivaux lors de la qualification, Fernando Alonso et Giancarlo Fisichella avaient réussi à bien limiter les dégâts mais qu'en serait-il en course ? Pour ne pas laisser les 248 F1, le champion du mon-de en titre savait qu'il devait surprendre Schumi au départ. A l'extinction des feux rouges, le diable espagnol bondissait de la 2e ligne et doublait un instant un Allemand patinant sur la partie la plus sale de la piste. Mais le Kaiser sachant très bien que l'issue du Grand Prix pouvait déjà se jouer là nous gratifia d'un freinage très limite pour plonger à la corde dans le sillage d'un Massa parti comme un boulet de canon. Pour éviter l'accrochage, le pilote Renault n'avait d'autre choix que de casser sa trajectoire en donnant un coup de volant vers la droite, tandis que son équipier Fisico semait la pagaille dans le peloton en partant en tête-à-queue pour ne pas risquer de l'accrocher. Dans la foulée, Il Nano tenta encore de répliquer dans les quelques courbes suivantes, en vain.

On pensait dès lors que le match était gagné pour Ferrari filant vers un doublé facile. Il restait juste à Jean Todt à imaginer le scénario le plus plausible pour inverser les rôles et l'ordre de ses deux pilotes sans évoquer clairement le mot consigne.

C'était sans compter sur le tête-à-queue au 13e tour de Vitantonio Liuzzi, immobilisant son Toro Rosso à la sortie du premier virage. L'intervention de la voiture de sécurité était inévitable et allait réduire à néant l'avantage des bolides rouges, Massa possédant à ce moment près de quatre secondes d'avance sur son équipier et plus du double sur Alonso.

La sortie de la safety car allait triplement faire le jeu de l'Ibère. Tout d'abord en réduisant son retard sur les Ferrari, ensuite en lui permettant de ravitailler en même temps qu'eux et donc d'annihiler le handicap d'une stratégie qui l'aurait obligé à rentrer plus tôt. Mieux encore, Fernando profita de l'occasion pour doubler Michael Schumacher, bloqué quelques secondes à la pompe derrière son équipier Massa, logiquement rentré avant lui.

Le vrai tournant du Grand Prix (et peut-être du championnat) venait d'avoir lieu. Reparti en tête, Felipe Massa se remit à creuser l'écart. Ses poursuivants ne le reverront que sur le podium sur la plus haute marche duquel il monta pour la première fois. Un week-end de gloire bien mérité pour le petit Brésilien de 25 ans. Le principal intérêt du Grand Prix résida alors dans la course-poursuite lancée par Schumi pour revenir sur Alonso. Une formalité ? Pas du tout !

Flanqué d'un mauvais 2e set de pneus, Schumi perdit d'abord du temps sur son rival. Enervé par la situation, il fut même l'auteur d'une grosse faute (encore !) en quittant la piste un instant dans le quadruple gauche. De quoi porter son retard à 8 secondes sur sa proie. En se ressaisissant bien par la suite et surtout en s'arrêtant une deuxième fois quatre tours après l'Espagnol, le Baron Rouge revint dans son sillage à quinze tours de l'arrivée. De quoi nous offrir un superbe final. Mais malgré de gros efforts, les tentatives du pilote Ferrari de récupérer sa 2e place restèrent vaines, Schumi échouant finalement à moins d'un dixième d'un Fernando Alonso qui n'a pas gagné la course mais peut-être son 2e titre mondial dimanche à Istanbul. Les quatre points perdus hier par son rival risquent, en effet, de peser lourd au décompte final. © La Dernière Heure 2006


Quel duel Quel Grand Prix à nouveau ! Trois semaines après la course de folie de Budapest et le premier succès de Jenson Button, les ténors de la F1 nous ont encore offert du très grand spectacle hier à Istanbul. Avec cette fois une première victoire à la clé pour le jeune et sympathique Felipe Massa. Un grand jour pour le petit Brésilien déjà auteur samedi de sa première pole. On ne peut pas en dire au- tant de son équipier Michael Schumacher qui a perdu une partie importante dans le duel de plus en plus intense que l'Allemand livre à un Fernando Alonso dont on disait la Renault diminuée suite à l'absence de ces fameux absorbeurs de vibrations. Au vu de la supériorité affichée par les Ferrari en qualifications, l'écart entre Schumi et son rival l'Espagnol aurait logiquement dû être réduit aujourd'hui à six unités. L'intervention de la voiture de sécurité réduisant à néant la première envolée des monoplaces rouges, une nouvelle faute d'un Michael Schumacher résistant moins bien à la pression que son jeune adversaire et, surtout, la combativité d'Alonso font qu'au- jourd'hui la différence est du double : douze unités. A quatre Grands Prix du terme du championnat, le septuple champion du monde a perdu en Turquie une bataille importan- te. Mathématiquement mais aussi psychologiquement. En résistant durant quinze tours au retour du Baron Rouge, sans commettre le moindre faux pas, le roi Fernando a clairement démontré qu'il vendrait chèrement sa peau. Voilà en tout cas qui augure une superbe fin de championnat. En espérant pour les derniers rendez-vous que rien ne vienne plus fausser les débats entre les deux candidats au titre.

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