McLaren avait désigné Alonso

S'il ne s'est strictement rien passé sur la piste du Grand Prix le plus huppé de l'année, on a déjà assisté, ce week-end, dans les coulisses de Monaco, à un tournant important de la saison 2007. Pour la première fois, l'écurie McLaren-Mercedes a, en effet, demandé au prodigieux débutant Lewis Hamilton, pourtant seul leader du championnat dimanche matin, de jouer son rôle de numéro 2.

McLaren avait désigné Alonso
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Olivier de wilde

Envoyé spécial à Monaco

S'il ne s'est strictement rien passé sur la piste du Grand Prix le plus huppé de l'année, on a déjà assisté, ce week-end, dans les coulisses de Monaco, à un tournant important de la saison 2007. Pour la première fois, l'écurie McLaren-Mercedes a, en effet, demandé au prodigieux débutant Lewis Hamilton, pourtant seul leader du championnat dimanche matin, de jouer son rôle de numéro 2.

Si les deux hommes ont quitté la Principauté à égalité de points après ce fantastique doublé, il semble qu'ils ne soient déjà plus sur le même pied au niveau de leur statut au sein d'une équipe protégeant, dimanche, Fernando Alonso d'une attaque possible de son équipier.

Pire, Ron Dennis l'a avoué : entre ses deux pilotes, la victoire s'est décidée lors du briefing de samedi. Une façon d'assurer un doublé médiatiquement et sportivement très important. Une manière aussi peut-être de préserver le jeune Hamilton des dérives possibles d'un succès trop rapide... Dès le départ, on comprit que le "rookie", juste chargé de bloquer un éventuel assaut de Massa au 1er freinage, ne tenterait pas d'attaquer son chef.

Seulement battu de deux dixièmes de seconde en qualification alors qu'il embarquait nettement plus de carburant (de quoi effectuer 5 tours de plus), le Britannique n'était visiblement pas autorisé à passer Fernando Alonso sur la piste. "Nous sommes en tête des deux championnats et il n'était pas question de tenter une quelconque manoeuvre sur Fernando, de risquer de se crasher", racontait un Hamilton offrant sur la ligne d'arrivée son trophée à son jeune frère Nicholas (15 ans) venu l'applaudir dans sa chaise roulante. "L'objectif était de réaliser le doublé. Mission accomplie. Je suis déjà heureux d'avoir réussi à suivre le rythme de Fernando."

Hamilton : "Je suis le n°2..."

Pour la première fois de la saison, on sentait un brin de déception, une certaine frustration dans le visage noir du petit Britannique, sur le podium pour la 5e fois en autant de courses. Car s'il ne pouvait pas doubler son équipier sur la piste, il espérait secrètement pouvoir inverser l'ordre établi lors du passage par la "pitlane". "J'aurais dû effectuer cinq tours de plus qu'Alonso lors du 1 er relais mais je suis rentré seulement trois boucles après lui. Je vais devoir demander à mes ingénieurs ce qui s'est passé..."

"C'est parce que j'ai économisé de l'essence", lui répondit un Alonso agacé qu'on puisse savoir qu'il avait été désigné comme vainqueur avant même le départ. Hamilton ne souhaitait pas perdre discrètement.

"J'ai essayé de lui mettre un maximum de pression mais il n'a pas craqué." Un débutant de 22 ans filant le train au double champion du monde, revenant jusqu'à moins d'une seconde à vingt tours de l'arrivée avant de devoir lever le pied. "On m'a demandé d'y aller doucement. De penser au championnat. Il faut dire que j'avais déjà tapé deux, trois fois le rail."

Des consignes déguisées contraignant Hamilton à s'avouer vaincu. "Je suis le numéro 2. C'est marqué sur ma voiture. Je peux déjà être heureux comme cela. Deuxième à Monaco, le rêve continue..." Enfin, façon de parler. Car cette course-là, le petit Lewis a longtemps espéré pouvoir la remporter.