Mattia Binotto: avec Sainz, Ferrari n’a plus voulu d’un pantin comme de Barrichello avec Schumacher

Moqué depuis dimanche, le patron sportif de la Scuderia, Mattia Binotto, n’a pas souhaité rouvrir le triste chapitre Barrichello-Schumi.

AUT0-F1-AUT-FINISHLINE
©AFP

Malgré la victoire dimanche dernier en Angleterre, la troisième d’une F1-75 en dix courses, Ferrari s’est fait incendier dans la presse. Ridiculisé sur les réseaux sociaux, où on l’a traité de clown ou d’écervelé, le directeur sportif Mattia Binotto a été cloué au pilori pour cette stratégie encore foireuse ayant coûté une nouvelle victoire à Charles Leclerc.

Quand ce n’est pas la mécanique qui s’enraye, ce sont les tacticiens qui se plantent complètement. Comme à Monaco, les ingénieurs de la Scuderia ont donc réussi à transformer un succès facile en quatrième place. En deux courses, cela fait 26 points jetés à la poubelle pour le Monégasque, qui commence à en avoir ras la casquette des bourdes de son équipe. L’ex-confortable leader du championnat a vu la perspective d’un premier titre cette année s’envoler au fil des six derniers Grands Prix tournant quasiment tous au désastre pour lui. Une véritable malédiction.

Mais attention, il ne faut pas tout mélanger non plus. Si les Rouges se sont clairement trompés sur la stratégie à Silverstone, il n'y avait aucune intention de privilégier Carlos Sainz. D'ailleurs, quand l'Espagnol s'est retrouvé deuxième derrière son équipier sous voiture de sécurité, on lui a demandé de laisser l'écart maximal autorisé de dix F1 entre le leader et lui. Mais il a refusé. "Ne me demandez pas cela, non, n'inventez rien. Je suis sous pression moi aussi. J'ai Hamilton derrière moi", a crié le Matador.

Et s’il avait laissé l’espace souhaité par son ingénieur, il n’aurait pas bénéficié de l’aspiration et se serait fait manger tout cru par la Mercedes. Sainz a donc joué sa carte personnelle en refusant à ce moment d’obéir à la consigne et il a eu bien raison, car sinon on aurait assisté à une victoire de… Mercedes !

Mais revenons un instant sur l'absence de consigne. "Vous êtes libres de vous battre", a-t-on entendu.

La Scuderia a donné la chance, durant 30 tours, à Sainz d’aller chercher son premier succès, quitte à ralentir quelque peu son équipier sentant la menace grandissante d’Hamilton.

Sainz n’a pas signé un contrat de numéro 2

Mais pourquoi ne pas avoir privilégié directement Leclerc, mieux placé au championnat ? Il y a sans doute plusieurs bonnes raisons. La première est que Sainz n’a pas signé un contrat de deuxième pilote, qu’on n’est pas encore à la moitié du championnat et que son retard n’est pas trop conséquent. Gageons que son influent papa, ami du roi Carlos Ier, double champion du monde des rallyes, l’a déjà rappelé à Binotto. L’Italien sait aussi que l’an dernier l’Ibère a fini avec plus de points. Qu’il a eu un début de saison difficile, quelques difficultés à s’adapter à la F1-75 nouvelle génération. Et qu’une première victoire pourrait lui servir de déclic.

Binotto préfère voir deux pilotes se battre aux avant-postes et capables de gagner des GP plutôt qu'un seul candidat au titre et un deuxième pilote dans l'ombre. Il y avait donc dans l'absence d'ordre en début de course une certaine gestion humaine, de la loyauté et de la sportivité. Ceux qui critiquent violemment aujourd'hui Binotto et sa philosophie du "que le meilleur gagne" n'étaient-ils pas aussi ceux qui ont descendu Jean Todt protégeant toujours le roi Schumi et ayant fait des Irvine, Barrichello et Massa des porteurs d'eau ? La F1 est-elle soudainement devenue un sport d'équipe et non pas d'individus ? Voulez-vous éventuellement revivre dimanche au Red Bull Ring le triste épisode d'il y a vingt ans durant lequel Rubinho s'arrêtait avant la ligne pour laisser la victoire à Schumacher ? Nous pas. On aime le sport, pas la politique. Alors, oui, tant qu'ils ont encore leurs chances, qu'on les laisse se battre chez Red Bull, Mercedes et Ferrari. Et qu'on ait à chaque fois six candidats pour la gagne et non pas trois.