La mise en redressement judiciaire, prononcée jeudi à Versailles (banlieue parisienne), de l’écurie française de Formule 1 Prost Grand Prix, marque l’échec d’un des meilleurs pilotes de tous les temps, qui avait rêvé de remporter aussi le championnat du monde comme constructeur.

Alain Prost, quatre fois champion du monde des conducteurs en 1985, 1986, 1989 et 1993, lorsqu’il tenait la dragée haute aux Niki Lauda, Ayrton Senna et autres Nigel Mansell, n’a jamais caché sa fibre nationaliste et rêvait de faire triompher une équipe bleu-blanc-rouge, une voiture avec châssis, moteur, pilote et patron français.

Le 13 février 1997, à peine plus de trois ans après avoir pris sa retraite sportive, celui que l’on surnommait «le Professeur » sur les circuits se lançait dans l’aventure en rachetant l’écurie, française, Ligier et en signant avec le constructeur, français, Peugeot un accord de partenariat censé lui assurer pour trois ans la fourniture des moteurs.

Au volant, un pilote, français, Olivier Panis, auréolé d’un succès à Monaco en 1996 et qui, à bord de la Ligier, rivalisait alors aux avant-postes avec Jacques Villeneuve (Williams-Renault) et Michael Schumacher (Ferrari).

Gâchis

Une bonne voiture, un bon moteur, un bon pilote, un bon budget: les ingrédients du succès étaient réunis pour les «Bleus ».

Cinq saisons plus tard, le bilan est catastrophique: manque de résultats, graves difficultés financières et une équipe aux abois, dont le patron ne pouvait plus depuis de longs mois que se consacrer à la recherche de moyens d’assurer la survie.

Longtemps, Prost avait refusé de se rendre à l’évidence.

En 1997, Olivier Panis se blessait grièvement en juin lors du Grand Prix du Canada et le patron y voyait la raison d’une mauvaise saison, promettant que la suivante serait la bonne.

Prédiction sans lendemain car en 1998 et 1999, ce qui aurait dû être un formidable outil se transformait en un véritable gâchis.

Le championnat 2000 se terminait en déroute: aucun point marqué et dernière place du classement derrière la modeste équipe italienne Minardi.

2001 n’allait pas se boucler beaucoup mieux: une 9e place (sur 11) au championnat du monde des constructeurs avec 4 petits points. Tous marqués par le pilote, français, Jean Alesi... avec qui Prost se fâchait et qui le 8 août, rendait son volant pour aller terminer la saison à bord d’une Jordan.

Echecs

Une rupture houleuse qui, venant après bien d’autres, tendait à démontrer que le caractère souvent acrimonieux de Prost, s’il avait peut-être fait sa force comme pilote, était un handicap pour un chef d’entreprise.

Problèmes relationnels, manque de tact, déclarations assassines ont à plusieurs reprises provoqué des crises avec ses collaborateurs - techniciens, administratifs et pilotes - et ses partenaires financiers.

Tous allaient progressivement l’abandonner à ses sautes d’humeur. Peugeot comme Gauloises, l’ex-SEITA devenue Altadis, le parraineur historique de l’écurie.

La vente de parts (40%) au Brésilien Pedro Diniz avait donné à Prost une bouffée d’oxygène fin 2000 en lui permettant d’équiper ses voitures d’un moteur Ferrari. Il pouvait croire que les sponsors seraient séduits. Désillusion. Le budget de Prost Grand Prix se révélait squelettique en cette saison 2001.

Prost, le champion, est aujourd’hui un homme seul. Avec ses échecs, sportifs et humains.