A la veille du Grand Prix de Formule 1 prévu ce dimanche sur le mythique circuit de Spa-Francorchamps rebondit le fumeux dossier de la publicité sur le tabac qui faisait planer une épée de Damoclès sur l'édition 2003. En effet, le 30 septembre 1999, la Cour d'arbitrage avait rendu un arrêt annulant l'article prévoyant l'entrée en vigueur de la loi fédérale du 10 décembre 1997 interdisant toute publicité sur le tabac en tant qu'il s'applique aux événements et activités organisées au niveau mondial avant le 31 juillet 2003. Elle avait considéré qu'il y avait une disproportion entre les moyens et le but visé.

L'initiative de la loi fédérale venait de parlementaires flamands soutenus par des élus francophones. La conséquence directe est que le vote du texte entraînait la mort du GP de Spa-Francorchamps au profit d'autres pays européens à l'affût. D'autant plus qu'une directive européenne - annulée pour cause de mauvaise base - ne prévoit la disparition de la pub sur le tabac qu'en 2006. Par son arrêt, la Cour d'arbitrage accordait donc un sursis au GP de Belgique. Déjà en 1999, le GP avait été sauvé grâce à un décret wallon.

Aujourd'hui, la compétition de 2003 est menacée suite aux déclarations du grand patron de la F 1, Bernie Ecclestone émettant de sérieux doutes sur sa tenue si la loi interdisant toute publicité pour le tabac entrait effectivement en vigueur après le 31 juillet 2003. «Si nous poursuivons dans la voie de l'intransigeance, nous perdrons le GP de Belgique après 2003, alors que la Région wallonne investit des millions sur le site pour en faire un outil économique et que des zonings se développent aux alentours», concède Serge Kubla, ministre wallon de l'Économie, en charge du dossier.

Et d'entrevoir deux solutions pour sortir du blocage. «A l'époque, on avait pensé que les constructeurs renonceraient à la publicité sur le tabac au nom de l'éthique et de l'image en misant sur la nouvelle économie et la téléphonie, mais ces dernières ont des difficultés. Reste deux voies: lors de la renégociation des accords de la Concorde (NdlR: ils régissent les relations entre le pouvoir sportif, la fédération internationale de l'automobile et les constructeurs), on pourrait faire en sorte que la Belgique figure sur la liste des rares pays où le GP se dispute sans tabac (Allemagne, France, Grande-Bretagne), mais ce n'est pas sûr. Ces pays sont incontournables (présence de constructeurs automobiles, de fabricants de pneus, etc.) et les dérogations sont difficiles à obtenir vu le manque à gagner pour les cigarettiers», dit-il, précisant qu'il ne reste que la voie d'une initiative parlementaire, «une solution juridique via une appréciation raisonnable», pour postposer l'entrée en vigueur de la loi anti-tabac à 2006. Par ailleurs, d'après le ministre Kubla, si l'on considère que la publicité sur le tabac relève de la prévention, on peut à ce moment confier la matière à la Communauté française. «On peut aussi profiter de la présidence belge de l'Union européenne pour faire avancer les choses, mais il faut faire vite...»

© La Libre Belgique 2001