Dimanche 29 août 2004. Kimi Raikkonen passe en vainqueur la ligne d'arrivée du Grand Prix de Belgique. Sur l'aileron arrière de sa monoplace s'affiche en lettres gigantesques le sponsor principal de son écurie, West, la marque de cigarettes phare du géant britannique Imperial Tobacco. Dans ses roues, Michael Schumacher file au volant de sa Ferrari rouge largement estampillée Marlboro, le label planétaire de l'américain Philip Morris. Un an plus tard, tout a changé. La McLaren du Finlandais affiche un large «Kimi» en lieu et place de la marque de cigarettes et la Ferrari ne conserve que la couleur de son célèbre mécène. Le tabac sur la piste, c'est fini. Du moins en Europe. L'entrée en vigueur le 31 juillet dernier de la directive européenne interdisant la publicité et le parrainage des manifestations sportives par les marques de tabac coupe désormais court à toutes les tentatives de dérogation des cigarettiers aux législations nationales.

Jugement à Monza

La semaine dernière à Monza, où s'est déroulé le Grand Prix d'Italie, l'écurie italienne comptait encore braver l'interdiction, espérant payer l'amende symbolique qui lui avait été imposée les années précédentes. Mais suite à une plainte d'un collectif d'associations italiennes de consommateurs fondée sur la récente entrée en vigueur de la directive, le tribunal de Monza a exigé que la Scuderia supprime toutes les références à Marlboro «sur les voitures et sur les supports officiels liés à toutes les composantes de l'écurie».

Ainsi se termine une saga entamée, en Belgique, en 1997, lorsque le Sénat vote une loi interdisant toute publicité pour le tabac à partir du 1er janvier 1999. Il s'agit alors d'anticiper cette future directive européenne prohibant la publicité pour le tabac, moyennant une période de transition de 8 ans. Pour s'assurer de la bonne marche du Grand Prix de Spa, le Parlement wallon adopte alors un décret sur mesure qui autorise le parrainage tabagique de manifestations se déroulant dans les infrastructures subsidiées en Wallonie, ce qui est le cas du circuit spadois. Un décret annulé en 2001 par la Cour d'arbitrage. Pour sauver l'édition 2003, il n'y alors plus d'autres solutions que de modifier la loi fédérale. Mais il y a un hic: la majorité s'est entretemps colorée des couleurs de l'arc-en-ciel. Et, au nom de la santé publique, les verts ne veulent pas entendre parler d'exception à la loi. Réaction cinglante de la Fédération internationale automobile: pas de publicité, pas de course. Le GP de Belgique n'aura pas lieu en 2003.

Les Verts s'en vont, le tabac revient

Le clan wallon pro-F 1 crie à la catastrophe économique, mais ne s'avoue pas pour autant vaincu. Mai 2003, les écologistes sont balayés de la majorité. Rien ou presque ne s'oppose alors à l'adoption, le 30 juillet 2003, d'une modification de la loi qui permet la publicité pour le tabac lors d'événements d'importance mondiale. Une dérogation qui ne vaudra que pour 2004. Aujourd'hui, il n'y a plus d'échappatoire. Et la F 1 a finalement appris à vivre sans tabac.

© La Libre Belgique 2005