ENVOYÉ SPÉCIAL À MONZA

Après cinq jours de tests ici même la semaine dernière, quel intérêt pouvait donc revêtir pour les pilotes et les teams la journée d'essais libres d'hier à Monza? Aucun. Pas plus que le crédit à accorder aux meilleurs chronos très prévisibles des habituels «polemen» du vendredi, Pedro de La Rosa (McLaren-Mercedes) et Ricardo Zonta (Toyota), une seconde plus rapides que leurs proches poursuivants, l'Espagnol bouclant son meilleur tour à plus de 260km/h de moyenne avant d'abandonner sa monoplace en bord de piste sur bris de transmission. Pas de quoi vraiment rassurer le staff de Ron Dennis.

Tout juste les tifosi accablés par une forte chaleur (45 degrés dans les tribunes non couvertes) frissonnèrent-ils un peu en voyant la Ferrari de Michael Schumacher heurter les pneus après un tête-à-queue dans la «Curva grande». «Voilà ce qui arrive lorsque vous n'êtes pas compétitif et que vous essayez de trouver des solutions pour améliorer votre monoplace. Heureusement, ce fut une sortie sans lourdes conséquences, commenta un «Schumi» résigné. S'il ne pleut pas, on peut oublier la victoire ici et à Spa.»

Voilà qui ne devrait pas arranger les organisateurs italiens et belges...

Dans le camp Renault, le leader du Mondial Fernando Alonso appréhendait aussi le rendez-vous avec un tracé où le Matador n'a jamais terminé mieux que 8e. «Je n'aime pas cet Autodromo, avoua le natif d'Oviedo. A 350km/h, avec très peu d'appui, je ne sens pas bien ma monoplace. J'ai l'impression de voler et je n'aime pas trop cette sensation.»

Néanmoins, le «nain» comme le surnomment gentiment les aficionados compte bien sortir un peu plus de l'ombre et se rapprocher nettement des McLaren-Mercedes cet après-midi. «J'espère que le public me soutiendra, car je sais m'exprimer un peu en italien. Raikkonen c'est à peine s'il parle anglais...»

Pas de doute: s'ils se respectent en tant que pilotes, Kimi et Fernando ne sont pas franchement bons amis. Certainement pas au moment de démarrer une petite guerre psychologique: «Que ferais-je si je devais expliquer à un enfant pourquoi je mérite plus le titre 2005 que Raikkonen?, s'exclama le latin aux gros sourcils noirs. Je l'inviterais à assister attentivement aux dernières courses de la saison. C'est là que je vais démontrer être un digne champion.»

«Kimi est très fort»

C'est clair, Alonso ne veut pas d'un titre d'épicier. Malgré 24 unités d'avance l'Asturien ne dosera pas son effort pour tenter de déventer les Flèches d'argent.

Mais il en faudrait plus, beaucoup plus pour déstabiliser le glaçon finlandais, impassible même lorsqu'on évoque son possible transfert chez la Scuderia Ferrari en 2007. «J'ignore si je dois commenter ces ragots de paddock. Pour l'instant, je préfère me concentrer sur le concret, sur ma lutte pour le titre avec Alonso que j'espère battre à nouveau 10-0 dimanche, comme en Hongrie, lança avec une froideur à gripper un dragon un «Iceman» fidèle à sa réputation. Pourquoi quitterais-je une équipe avec laquelle je gagne? C'est vrai que je suis libre de tout contrat pour 2007. Je ne me déciderai toutefois pas avant fin de cette année, voire courant de la saison prochaine.»

Pour la petite histoire, on raconte néanmoins en coulisses que Kimi posséderait bien une option avec Ferrari pour 2007. Mais que celle-ci remonterait à l'hiver dernier, lorsque, craignant d'être mis à pied par l'ex-président de Mercedes suite à ses frasques nocturnes dans une boîte londonienne, le Nordique signa par sécurité un précontrat avec les Rouges. Mais que celui ne l'engagerait strictement à rien. On murmurait aussi à Monza que l'arrivée possible de Valentino Rossi en 2007 chez Ferrari - une rumeur récurrente en Italie - ne servirait que d'appât pour ferrer le Finlandais, ex-motocycliste et grand fan du champion MotoGP. Une admiration semble-t-il réciproque. «Je suis fan de Raikkonen, a récemment confié «Il Dottore». Il est très fort. Sur la piste mais aussi au bar...»

Comme Rossi visiblement, accroc au champagne. Mais est-ce réellement suffisant pour en faire des équipiers?

© Les Sports 2005