Le verdict, dur et sans appel, est donc tombé hier quelques secondes à peine après l'arrivée de ce Grand Prix d'Italie. Et même si l'on s'y préparait depuis quelques jours déjà, l'officialisation de la prochaine retraite de Schumi a néanmoins encore causé un gros choc aux 80.000 tifosi venus assister à sa dernière course et à sa dernière victoire en F1 sur le sol européen.

Ce 10 septembre 2006 fera date dans l'histoire d'une discipline qui, en quelques mois à peine, aura perdu trois de ses figures les plus emblématiques : Juan-Pablo Montoya, Jacques Villeneuve et maintenant Michael Schumacher, le plus grand champion de tous les temps, le n°1, la référence absolue.

Un pilote qui, en quinze années, aura écrit quelques-unes des plus belles pages de la formule reine. Et battu quasi tous les records : 7 titres mondiaux, 90 victoires, 68 poles, 1.354 points marqués, les chiffres du cannibale donnent le tournis. S'il n'effectue jamais un come-back à la Prost, il n'aura échoué qu'à 7 Grands Prix du record de 256 départs de Ricardo Patrese.

Prêt à tout pour vaincre, quitte à bafouer certaines règles élémentaires de sportivité, n'appréciant le combat que lorsqu'il l'emporte, cet homme à l'instinct de prédateur, cette machine à gagner devenue aussi l'une des plus grandes machines à sous de la planète, n'a rien du parfait gentleman qu'était Juan Manuel Fangio. Et ne sera jamais aussi adulé et respecté que le dieu Ayrton Senna, mort en héros. Question de personnalité.

Champion des palmarès, le Kaiser n'aura jamais été le champion des coeurs. Trop de controverses, de gestes malheureux, de coups fourrés auront entaché son superbe parcours. N'empêche, que l'on apprécie ou pas le monsieur, on s'incline devant le génie du pilotage et du sens tactique, un vrai athlète, travailleur et perfectionniste. Un pilote qui n'aura pas marqué que sa génération ou son époque mais bien son siècle, voire son millénaire.

Il a rendu des couleursà Ferrari

Si nos parents roulaient parfois comme des Fangio, nos enfants se prendront pour Schumacher. Un des plus riches mais aussi des plus grands sportifs sur cette terre. Le talent qui, après avoir su bien s'entourer, a rendu des couleurs au rouge Ferrari en lui offrant quelques nouveaux titres de noblesse.

Deux mythes dont les pistes communes durant onze ans se séparent aujourd'hui. Pour entretenir la légende, la Scuderia a aujourd'hui choisi le sang neuf et glacé d'Iceman. Pour la première fois depuis 1996, le Messie ayant refait du cheval cabré un véritable pur-sang n'a plus eu la priorité. À 37 ans, toujours aussi combatif et compétitif, prenant toujours autant de plaisir à piloter, Schumi se voyait sans doute bien encore rempiler pour un an ou deux.

Même s'il ne l'avouera jamais, le redoutable Kimi Raikkonen mais surtout Luca di Montezemolo ne lui en ont pas vraiment laissé le choix en misant résolument sur l'avenir à long terme.

En ne lui proposant qu'une ultime alliance suicidaire avec le diable. Une rivalité interne contraire à ses principes. Michael a toujours voulu être le numéro 1, le privilégié. Pas sûr qu'au moment de ranger casque et combinaison au soir du prochain GP du Brésil, Michael ne garde pas un petit goût amer de la manière dont il a été poussé à la retraite.

Pas sûr qu'il s'agissait réellement de sa dernière volonté et qu'il a agi, comme il le dit, pour laisser la place au méritant Massa. C'est plutôt la hantise de la saison de trop qui a forcé la décision la plus difficile de sa vie. Non, il ne sera pas l'équipier en 2007 de Kimi Raikkonen.

Pour vraiment réussir sa sortie, pour ne pas rater l'ultime tournant de son immense carrière et se retirer en pleine gloire, il doit maintenant absolument décrocher ce huitième titre face au jeune Alonso. En évitant lors de ses trois derniers Grands Prix tout dérapage façon Adélaïde 1994, Jerez 1997, Zeltweg 2002 ou Monaco 2006, des pages souillées dans le grand livre historique et fantastique de Michael. Son départ marquera assurément la fin d'une ère.

Après Zinedine Zidane et Andre Agassi, une autre icône du sport a décidé de s'en aller. Schumi laissera un grand vide en F1. Le plus béant depuis la disparition d'Ayrton Senna. Mais il sera comblé.

Puisse Michael en être autant avec sa nouvelle vie de famille...